08-12-2005, 16:10
Tardivement...<p>Sur l'importance des représentations que l'on a de la campagne pour ressentir la Comté comme un chez-soi, j'ai le même sentiment que Dragon Sacquet - ça vaut mieux de toute façon de ne pas offusquer les dragons :) Je ressens cette familiarité parce que j'y associe, je crois, des images de petits bouts de Perche et de Normandie...<p>Sinon... il y a quelque chose qui n'a pas encore été cité et qui joue en faveur du maintien tel quel au moins de "smial" : le fait qu'y soit donné une étymologie fictive en vieil-anglais, <i>smygel</i> - basée sur la même racine que Sméagol et (en norrois) Smaug. Mais il est vrai qu'il n'est pas possible de rendre toutes les associations en traduction ; et en particulier, toutes celles entre les différentes branches du germanique -anglais, vieil anglais, norrois, gotique - sont vouées à un décalage irrémédiable dans une langue qui n'est pas germanique elle-même. Même si le français n'est pas le plus mal placé, en ce qu'il a néanmoins subi des influences germaniques substantielles - les affres des traducteurs russes ou japonais doivent être autrement pires !<p>Le "smial" toutefois, s'il fait curieux, ne donne pas à mon avis le même sentiment d'étranger que le "mathom" - je pense que c'est le th qui doit être rédhibitoire. D'ailleurs je trouve que si l'on y substitue, par exemple, un d, ce qui donne "madom", l'effet s'atténue.<p>Dans cette voie, il est possible de se lancer dans des adaptations linguistiquement sophistiquées. Le français, comme je l'ai dit, comporte une part non négligeable d'éléments germaniques, et c'était encore plus vrai de l'ancien français (nombre de ces éléments, touchant souvent à la guerre ou l'oganisation sociale, sont tombés en désuétude après la période médiévale du fait de l'évolution de ces domaines). C'est cela qui a permi à Francis Ledoux de dénicher un providentiel "Brandevin" pour traduire le "Brandywine" de Tolkien. Alors... pourquoi ne pas imaginer pour traduire "mathom" la forme que ce mot germanique aurait revêtue en ancien français ? Le vieil anglais <i>máðum</i> est comparé dans le dictionnaire Bosworth & Toller avec le gotique <i>maiþms</i> et les pluriels vieux-saxon <i>méðmós</i> et islandais <i>meiðmar</i> ; à partir de ces formes on peut restituer un prototype germanique commun <i>*maiþmaz</i>. Je ne connais pas assez en détail la phonologie historique du français pour savoir quel aurait été le résultat en francique puis en ancien français, mais j'aimerais bien voir. Et je gage que notre cher professeur aurait pu goûter pareil chemin :)<p>B.

