24-06-2005, 02:19
<table style="background:#CCCCFF;font-size:10px;width:100%;border:solid #4444FF;border-width:1px;border-collapse:collapse;text-align:justify"><br><tr style="background:#AAAACC;color:red;"><td>Benilbo</td></tr><br><tr><td>Un point que nous avions un peu laissé de côté; si <i>Sarn Gebir</i> devait être considéré comme un pluriel, et dans l'hypothèse qu'il ne fût pas ce que j'ai appelé une "forme figée" (i.e. exempt d'article, après perte de la compréhension du sens du toponyme par les locuteurs), dans ce cas l'anglais n'imposerait-il pas _obligatoirement_ l'emploi de l'article défini </td></tr><br></table><br>Mon but n'était pas de commenter la détermination des toponymes en anglais qui n'est sans doute pas la même qu'en français (j'avoue ne pas m'être renseigné à ce sujet).<p>Mais l'exemple de <i>Brocéliande</i> est intéressant en ce qui concerne le français. Ce nom dérive, apparemment, du nom d'un ancien établissement celtique, nommé <i>Brecilien</i> de nos jours (voir <a href='http://marikavel.org/broceliande/broceliande-v.htm'>ici</a>). Il s'agirait donc d'un nom de lieu artificiel, et donc logiquement indéterminé.<p>En ce qui concerne le processus de "figement" des toponymes (antonomase), Marc Wilmet se penche, dans la section 3.7 du chapitre 2 (<i>Nom commun et nom propre</i>), sur la délimitation, souvent très délicate, entre noms communs et noms propres en français (une problématique qui touche évidemment les noms de lieux). Les premiers peuvent évoluer en noms propres par antonomase (<i>le havre</i> > <i>Le Havre</i> ; <i>le fébure</i> (a-fr."forgeron") > <i>Lefébure</i>, <i>Lefèbvre</i>), les seconds peuvent être employés comme des noms communs par métaphore (<i>un Waterloo</i> = "une défaite") ou par métonymie. Le linguiste belge distingue ainsi des noms communs et propres <i>essentiels</i> (dont la signification permanente, ou essentielle, relève du système de la <i>langue</i>, envisagée comme convention sociale) et <i>accidentels</i> (qui relèvent de la <i>parole</i>, la mise en oeuvre individuelle du système). Le passage d'un catégorie à l'autre (du noms commun au nom propre, et vice-versa) est le fait de la parole individuelle.<p>N'importe quel mot se change en nom propre accidentel dès que l'application à un référent occulte sa <i>signification</i> permanente au profit d'un <i>sens</i> momentané (<i>le Chariot</i>, <i>la Grande Ourse</i>...). Ce processus est attesté à date historique dans une foule de patronymes et toponymes (<i>Les Pays Bas</i>, <i>Le Havre</i>...). Bien que l'étymologie fasse remonter certains noms propres essentiels à des noms communes (<i>Angleterre</i> "Pays des Angles"), le caractère accidentel de ceux-ci échappe bien souvent aux locuteurs actuels.<p>Les noms de lieux sont typiquement à la fontière entre noms propres et communs, du fait même de leur origine (des noms communs qui acquièrent un statut de noms propres de façon "accidentelle"), mais également parce que, de par la publicité de leur dénomination, leur ancienneté et leur quasi-irréversibilité, ils tendent à s'éloigner des noms propres et à se rapprocher des noms communs dans la conscience linguistique, et cela est plus particulièrement vrai des toponymes dits naturels. D'où le besoin ressenti par les locuteurs du français d'employer un déterminant pour ceux-ci, alors que les noms artificiels s'apparentent plus à des noms propres. Une preuve de cette polarisation des toponymes (artificiels vers les noms propres, naturels vers les noms communs), est que seuls les premiers acceptent le prolongement d'un surnom (<i>Bruges la Morte</i> comme <i>Yvan le Terrible</i> vs. *<i>la France la douce</i> à l'instar de *<i>le pays le doux</i>). Cette tendance des noms de lieux naturels à évoluer vers les noms communs (dont la détermination est la marque la plus évidente) provient sans doute de leur origine première : des locutions figées (noms communs) qui deviennent des noms propres accidentels par antonomase (mais sont actualisés ou déterminés comme des noms communs), toujours compris dans un premier temps, puis osbcurcis par l'évolution phonétique, mais la détermination se maintient (ou est restituée lorsqu'elle n'est plus reconnue comme telle, cf. l'exemple du toponyme breton cité plus haut).<br><table style="background:#CCCCFF;font-size:10px;width:100%;border:solid #4444FF;border-width:1px;border-collapse:collapse;text-align:justify"><br><tr style="background:#AAAACC;color:red;"><td>Benilbo</td></tr><br><tr><td>Il me semble que ceci doit être pris avec plus de précaution par rapport à l'oeuvre de Tokien; ce que tu donnes est en effet l'usage courant dans la grammaire _moderne_ du français. Or, il me semble que les nombreux usages archaïques fait par Ledoux par exemple, et qui vont à l'encontre de ces règles, sont plutôt légitimes et même fort judicieux ! </td></tr><br></table><br>C'est pour ça que j'ai employé le conditionnel (<i>on devrait avoir...</i>) ! <i>Lais <b>de</b> Beleriand</i> sonne bien mieux à mes oreilles que <i>Lais <b>du</b> Beleriand</i>.<br><table style="background:#CCCCFF;font-size:10px;width:100%;border:solid #4444FF;border-width:1px;border-collapse:collapse;text-align:justify"><br><tr style="background:#AAAACC;color:red;"><td>Benilbo</td></tr><br><tr><td>Un exemple d'emploi de <i>en</i> avec un article défini féminin, glâné sur le net (ici), issu d'une gazette du 17è siècle s'appelant <i>Mercure François</i><br>[...]<br>De même, un usage archaïque permet l'utilisation de <i>en</i> avec un nom masculin. <br></td></tr><br></table><br>Très intéressant ! Je me demandais justement, en relisant mon dernier message, si les emplois de <i>en</i> au lieu de <i>au</i> correspondaient réellement à des archaïsmes ou à une tendance analogique moderne, en direction des toponymes naturels féminins (en Angleterre) et des toponymes artificiels à initiale vocalique (en Avignon). Voir par exemple <i>Les Espagnols <u>en</u> Danemark</i>, titre d'une pièce de Mérimée. <p>Sébastien, <br><small>qui pique ses tableaux à Ben ! ;)</small>

