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traduire un nom de lieu (sarn gebir)
#26
> dit-on Ered Luin, les Ered Luin, l'Ered Luin ???<br>> dit-on la Moria, en Moria, en la Moria ??<p>Dans sa <i>Grammaire critique du français</i>, Marc Wilmet montre que notre langue fait une différence entre les toponymes <i>naturels</i> (ressentis comme uniques : nom de pays, régions, fleuves, montagnes, ...) et <i>artificiels</i> (noms de ville, "multipliables" : Paris, Paris Texas...) : les premiers sont déterminés (la France, la Bretagne, le Rhône, les Alpes), les seconds ne le sont pas (Paris, Bruxelles, ...). Les noms d'îles se conforment à l'une ou l'autre catégorie (Chypre, Malte, mais la Corse, la Sardaigne).<p>Dans le cas de noms étrangers (i.e. dans une langue étrangère aux locuteurs), l'usage du déterminant pose le problème du choix du genre et du nombre du toponyme (si le genre n'est pas distingué en anglais, et dans de nombreuses langues, il est obligatoire en français ; de même, l'article <i>the</i> n'a pas de marque morphologique du nombre : devant un toponyme il peut être aussi bien singulier que pluriel), et de l'accord de l'article, choix qui dépend en grande partie de la compréhension ou non du sens du toponyme chez les locuteurs.<p>Un toponyme dont le sens est encore accessible aux locuteurs aura tendance à être accompagné de l'article accordé en nombre (<i><u>les</u> Ered Luin</i>, où le nom est clairement compris comme pluriel), alors que lorsque le sens n'est plus compris, les locuteurs auront tendance à ne plus employer l'article (ou avec un nombre différent) ou à recourir à une périphrase (<i>Ered Luin</i>, <i><u>l'</u>Ered Luin</i>, <i>les montagnes d'Ered Luin</i>).<br>Dans beaucoup de toponymes bretons, l'article original a été conservé lors de l'antonomase (passage d'un nom commun, <i>ar goët</i> "la forêt", à un nom propre, <i>Argoat</i> "Laforêt"). Lorsque les locuteurs n'ont plus été capables de "comprendre" ces toponymes, un article français a souvent été rajouté au composé celtique originel dejà déterminé mais plus reconnu comme tel par les locuteurs (<i>l'Argoat</i>).<p>En conséquence, on devrait avoir <i>les</i> Ered Luin ou <i>l'</i>Ered Luin, les montagnes <i>de l'</i>Ered Luin ou <i>des</i> Ered Luin (et non pas *<i>d'</i>Ered Luin) (cf. les Alpes, l'Himalaya, les montagnes des Alpes, les sommets de l'Himalaya) ; <i>le</i> ou <i>les</i> Sarn Gebir, les rapides <i>du</i> ou <i>des</i> Sarn Gebir (et non pas *<i>de</i> Sarn Gebir) (cf. la Seine, les ponts de la Seine, mais Paris, les ponts de Paris)... Pour Moria, on pourrait aussi bien avoir <i>la</i> Moria (et mines <i>de la</i> Moria), que Moria (et mines <i>de</i> Moria), selon que l'on considère que le toponyme est naturel ou artificiel.<p>Ledoux a fait le choix de donner un genre féminin à <i>Moria</i>, évidemment influencé par la terminaison vocalique ressentie comme féminine, mais on pourrait aussi bien dire <i><u>le</u> Moria</i>, sachant qu'une traduction possible en français pourrait être "le gouffre noir".<p>Par contre, en utilisation locative, seul <i><u>en</u> Moria</i> est normalement possible, si le toponyme est féminin. S'il était considéré comme masculin, ce serait <i>au</i>, qui vient étymologiquement de <i>en</i> + <i>le</i>, <i>les</i> (> a-fr. <i>au</i>, <i>es</i>), ultérieurement confondu avec le produit de <i>à</i> + <i>le</i> (d'où en Angleterre, en Picardie, mais au Danemark).<p>Sébastien
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