03-02-2003, 03:45
Il y a dans ce [emphase]« beyond hope »[/emphase] une allusion certaine au nom elfique d'Aragorn et une probable clef pour l'interpréter. Cette clef, je pense, doit également être cherchée dans le texte biblique. Pour cela, il faut faire intervenir un autre texte qui fait écho à celui que nous avons lu sur plusieurs points : Aragorn en est la figure centrale, les Orcs sont à nouveau les ennemis (qu'il faut poursuivre désormais) :
[citation=[405]{451}]Quickly they searched the bodies of the <B>Orcs</B>, gathering their swords and cloven helms and shields into a heap. 'See!' cried <B>Aragorn</B>. 'Here we find tokens!' He picked out from the pile of grim weapons two knives, leaf-bladed, damasked <B><FONT COLOR="#800000">in gold</font></B> and red; and searching further he found also the sheaths, black, set with small red gems. 'No <B>orc-tools</B> these!' he said. 'They were borne by the hobbits. Doubtless the <B>Orcs</B> despoiled them, but feared to keep the knives, knowing them for what they are: work of Westernesse, wound about with spells for the bane of Mordor. Well, now, <FONT COLOR="#0000ff">if they still live</FONT>, our friends are weaponless. <B>I will take these things, <FONT COLOR="#0000ff">hoping against hope</FONT>, to give them back.</B>'[/citation]
Relevons tout d'abord un parallèlle mineur :
[citation=Job 31:24]If I have made <B><FONT COLOR="#800000">gold</font></B> <B><FONT COLOR="#0000ff">my hope</font></B>, or have said to <B><FONT COLOR="#800000">the fine gold</font></B>, Thou art <B><FONT COLOR="#0000ff">my confidence</font></B>;[/citation]
Mineur parce que le verset de Job n'est pas un conseil à suivre ; Aragorn d'ailleurs ne place pas son espérance en l'or, mais cet or, [emphase]« work of Westernesse »[/emphase], éveille en lui une lueur d'espoir : si les armes de Pippin et Merry sont là, mais que leurs corps sont absents, c'est qu'ils sont peut-être encore en vie!
[emphase]« If they still live »[/emphase] ...
Le voilà l'objet de l'espérance d'Aragorn : la vie en laquelle il place toute son espérance. Alors que tout devrait le faire désespérer : devant [emphase]« les corps des Orques »[/emphase], devant la mort donc, comment croire que deux petits être sont encore en vie ? Mais Aragorn tient cette parole de vie contre son cœur [emphase]« s'ils sont encore vivants »[/emphase], [emphase]« espèrant contre tout espoir »[/emphase] ... [emphase]« hoping against hope »[/emphase] (formule qu'on retrouve presque en [1036-7] avec [emphase]« hope beyond hope »[/emphase]).
Incroyable espérance ! incroyable formule ! ...qui n'est pas du tout tolkienienne, mais bien biblique, encore une fois. Cette formule se retrouve dans la belle description que Paul fait d'Abraham, le père de la foi et de l'espérance en <i>Romains 4</i> :
[citation=Rm 4:17-25]17 [Abraham] est notre père devant celui auquel il a cru, <B>Dieu, qui donne la vie aux morts</B>, et qui appelle les choses qui ne sont point comme si elles étaient.
18 <B><FONT COLOR="#0000ff">Espérant contre toute espérance</font></B>, <B>il crut</B> [normal](// AV =[/normal] <B><FONT COLOR="#0000ff">Who against hope believed in hope</font></B>[normal])[/normal] et devint ainsi le père d'un grand nombre de nations, selon ce qui lui avait été dit, Telle sera ta postérité.
19 Et, sans faiblir dans la foi, il ne considéra point que son corps était déjà usé, puisqu'il avait près de cent ans, et que Sara n'était plus en état d'avoir des enfants.
20 Il ne douta point, par incrédulité, au sujet de la promesse de Dieu; mais il fut fortifié par la foi, donnant gloire à Dieu,
21 et ayant la pleine conviction que ce qu'il promet il peut aussi l'accomplir.
22 C'est pourquoi cela lui fut imputé à justice.
23 Mais ce n'est pas à cause de lui seul qu'il est écrit que cela lui fut imputé;
24 c'est encore à cause de nous, à qui cela sera imputé, à nous qui croyons en <B>celui qui a ressuscité des morts</B> Jésus notre Seigneur,
25 qui a été livré pour nos offenses, et est ressuscité pour notre justification.[/citation]
Le parallèle est manifeste, la formule étant tellement inhabituelle (unique, en fait). Le texte biblique présente un Abraham entouré par la mort (il ne peut avoir d'enfant) se confiant en Dieu qui donne la vie, se confiant en la vie qui vient de Dieu et qui dépasse la mort ; n'est-ce pas là le texte qui a pu participer à l'élaboration du personnage d'Aragorn ? et ce texte ne pourrait-il pas alors éclairer en retour le texte de Tolkien :
[citation=L'épître de Paul aux Romains, Simon Légasse, Lectio Divina, Commentaires 10, Cerf, 2002, p.321]C'est en adhérant à la promesse divine, aussi peu fondée dans les réalités humaines qu'elle ait été, qu'Abraham exprime sa foi. La relative du verset 18 se rattache au sujet implicite du verbe <I>episteusen</I> [a eu foi]. C'est Abraham qui " a cru, espérant contre (toute) espérance ". L'expression est un jeu de mots et une trouvaille de Paul qui, à l'instar d'un certain nombre d'autres, n'est pas sans obscurité. Dans les mots <I>ep'elpidi</I> [sur l'espérance], la préposition <I>epi </I>suivie du datif indique soit l'objet de la foi (Rm 10:11), soit son fondement. <B>La grammaire permet donc de confier à l'espérance le soutien de la foi dans le cas d'Abraham</B>. la foi n'en est pas moins " contre l'espérance " [<I>par elpida</I>] si l'on ramène celle-ci au niveau humain, à une espérance qui se pratique à l'aide de pronostics et de calculs. Dans ce cas, l'homme se heurte à une impossibilité radicale qui neutralise par avance tout assentiment de foi. Au contraire, si le même homme croit sur le fondement d'une espérance déjà présente et active en lui, l'objet offert à sa foi ne lui paraît plu illusoire mais possible. Cette espérance n'est pas un produit purement humain (l'homme livre à lui-même n'engendre que le désespoir, ou tout au plus l'indifférence, dans la perspective envisagée), mais elle relève de l'action divine et elle sert l'œuvre de l'Esprit dans l'homme régénéré.[/citation]
Il me semble donc, après cette mise en parallèle qu'on peut proposer une traduction d' " Estel = Hope, trust ".<br>Je pense qu'il ne s'agit pas seulement de l'Espérance chère à Jérôme, ni de " estel = la foi qui fonde l'espérance " chère à Michaël, mais plutôt de " estel = l'espérance qui fonde la foi ".
En fait, si cette traduction me semble bien correspondre à l'<i>estel</i> de Finrod, je la trouve encore excessive pour décrire le personnage d'Aragorn. Car Aragorn n'a pas foi en Eru comme Abraham a " crut " en Dieu. Aragorn vit trop dans le conditionnel pour cela. [emphase]« If they still live »[/emphase] ... à sa mère sans espérance sur son lit de mort, il ne peut que dire [emphase]« Yet there <I>may</I> be a light beyond the darkness; and <I>if so</I>, I would have you see it and be glad. »[/emphase] Aragorn n'a aucune certitude, Aragorn n'a pas de foi. Aragorn n'a que l'espérance suprême (" Hope "), cette [emphase]« espérance contre tout espérance »[/emphase], cette [emphase]« espérance au-delà de l'espoir »[/emphase] qui fait naître en lui une attente confiante, une confiance diffuse (" trust "), confiance en la vie après la mort à défaut de confiance en un être suprême et bienveillant.<br>Voilà pourquoi si on devait adapter Estel au caractère d'Aragorn je traduirais " estel = espérance qui fonde la confiance ".
Sosryko[small]<br>qui devrait être au lit <br>depuis bien longtemps<br>'se laissant engloutir'<br>par ses draps ;-)[/small]
[citation=[405]{451}]Quickly they searched the bodies of the <B>Orcs</B>, gathering their swords and cloven helms and shields into a heap. 'See!' cried <B>Aragorn</B>. 'Here we find tokens!' He picked out from the pile of grim weapons two knives, leaf-bladed, damasked <B><FONT COLOR="#800000">in gold</font></B> and red; and searching further he found also the sheaths, black, set with small red gems. 'No <B>orc-tools</B> these!' he said. 'They were borne by the hobbits. Doubtless the <B>Orcs</B> despoiled them, but feared to keep the knives, knowing them for what they are: work of Westernesse, wound about with spells for the bane of Mordor. Well, now, <FONT COLOR="#0000ff">if they still live</FONT>, our friends are weaponless. <B>I will take these things, <FONT COLOR="#0000ff">hoping against hope</FONT>, to give them back.</B>'[/citation]
Relevons tout d'abord un parallèlle mineur :
[citation=Job 31:24]If I have made <B><FONT COLOR="#800000">gold</font></B> <B><FONT COLOR="#0000ff">my hope</font></B>, or have said to <B><FONT COLOR="#800000">the fine gold</font></B>, Thou art <B><FONT COLOR="#0000ff">my confidence</font></B>;[/citation]
Mineur parce que le verset de Job n'est pas un conseil à suivre ; Aragorn d'ailleurs ne place pas son espérance en l'or, mais cet or, [emphase]« work of Westernesse »[/emphase], éveille en lui une lueur d'espoir : si les armes de Pippin et Merry sont là, mais que leurs corps sont absents, c'est qu'ils sont peut-être encore en vie!
[emphase]« If they still live »[/emphase] ...
Le voilà l'objet de l'espérance d'Aragorn : la vie en laquelle il place toute son espérance. Alors que tout devrait le faire désespérer : devant [emphase]« les corps des Orques »[/emphase], devant la mort donc, comment croire que deux petits être sont encore en vie ? Mais Aragorn tient cette parole de vie contre son cœur [emphase]« s'ils sont encore vivants »[/emphase], [emphase]« espèrant contre tout espoir »[/emphase] ... [emphase]« hoping against hope »[/emphase] (formule qu'on retrouve presque en [1036-7] avec [emphase]« hope beyond hope »[/emphase]).
Incroyable espérance ! incroyable formule ! ...qui n'est pas du tout tolkienienne, mais bien biblique, encore une fois. Cette formule se retrouve dans la belle description que Paul fait d'Abraham, le père de la foi et de l'espérance en <i>Romains 4</i> :
[citation=Rm 4:17-25]17 [Abraham] est notre père devant celui auquel il a cru, <B>Dieu, qui donne la vie aux morts</B>, et qui appelle les choses qui ne sont point comme si elles étaient.
18 <B><FONT COLOR="#0000ff">Espérant contre toute espérance</font></B>, <B>il crut</B> [normal](// AV =[/normal] <B><FONT COLOR="#0000ff">Who against hope believed in hope</font></B>[normal])[/normal] et devint ainsi le père d'un grand nombre de nations, selon ce qui lui avait été dit, Telle sera ta postérité.
19 Et, sans faiblir dans la foi, il ne considéra point que son corps était déjà usé, puisqu'il avait près de cent ans, et que Sara n'était plus en état d'avoir des enfants.
20 Il ne douta point, par incrédulité, au sujet de la promesse de Dieu; mais il fut fortifié par la foi, donnant gloire à Dieu,
21 et ayant la pleine conviction que ce qu'il promet il peut aussi l'accomplir.
22 C'est pourquoi cela lui fut imputé à justice.
23 Mais ce n'est pas à cause de lui seul qu'il est écrit que cela lui fut imputé;
24 c'est encore à cause de nous, à qui cela sera imputé, à nous qui croyons en <B>celui qui a ressuscité des morts</B> Jésus notre Seigneur,
25 qui a été livré pour nos offenses, et est ressuscité pour notre justification.[/citation]
Le parallèle est manifeste, la formule étant tellement inhabituelle (unique, en fait). Le texte biblique présente un Abraham entouré par la mort (il ne peut avoir d'enfant) se confiant en Dieu qui donne la vie, se confiant en la vie qui vient de Dieu et qui dépasse la mort ; n'est-ce pas là le texte qui a pu participer à l'élaboration du personnage d'Aragorn ? et ce texte ne pourrait-il pas alors éclairer en retour le texte de Tolkien :
[citation=L'épître de Paul aux Romains, Simon Légasse, Lectio Divina, Commentaires 10, Cerf, 2002, p.321]C'est en adhérant à la promesse divine, aussi peu fondée dans les réalités humaines qu'elle ait été, qu'Abraham exprime sa foi. La relative du verset 18 se rattache au sujet implicite du verbe <I>episteusen</I> [a eu foi]. C'est Abraham qui " a cru, espérant contre (toute) espérance ". L'expression est un jeu de mots et une trouvaille de Paul qui, à l'instar d'un certain nombre d'autres, n'est pas sans obscurité. Dans les mots <I>ep'elpidi</I> [sur l'espérance], la préposition <I>epi </I>suivie du datif indique soit l'objet de la foi (Rm 10:11), soit son fondement. <B>La grammaire permet donc de confier à l'espérance le soutien de la foi dans le cas d'Abraham</B>. la foi n'en est pas moins " contre l'espérance " [<I>par elpida</I>] si l'on ramène celle-ci au niveau humain, à une espérance qui se pratique à l'aide de pronostics et de calculs. Dans ce cas, l'homme se heurte à une impossibilité radicale qui neutralise par avance tout assentiment de foi. Au contraire, si le même homme croit sur le fondement d'une espérance déjà présente et active en lui, l'objet offert à sa foi ne lui paraît plu illusoire mais possible. Cette espérance n'est pas un produit purement humain (l'homme livre à lui-même n'engendre que le désespoir, ou tout au plus l'indifférence, dans la perspective envisagée), mais elle relève de l'action divine et elle sert l'œuvre de l'Esprit dans l'homme régénéré.[/citation]
Il me semble donc, après cette mise en parallèle qu'on peut proposer une traduction d' " Estel = Hope, trust ".<br>Je pense qu'il ne s'agit pas seulement de l'Espérance chère à Jérôme, ni de " estel = la foi qui fonde l'espérance " chère à Michaël, mais plutôt de " estel = l'espérance qui fonde la foi ".
En fait, si cette traduction me semble bien correspondre à l'<i>estel</i> de Finrod, je la trouve encore excessive pour décrire le personnage d'Aragorn. Car Aragorn n'a pas foi en Eru comme Abraham a " crut " en Dieu. Aragorn vit trop dans le conditionnel pour cela. [emphase]« If they still live »[/emphase] ... à sa mère sans espérance sur son lit de mort, il ne peut que dire [emphase]« Yet there <I>may</I> be a light beyond the darkness; and <I>if so</I>, I would have you see it and be glad. »[/emphase] Aragorn n'a aucune certitude, Aragorn n'a pas de foi. Aragorn n'a que l'espérance suprême (" Hope "), cette [emphase]« espérance contre tout espérance »[/emphase], cette [emphase]« espérance au-delà de l'espoir »[/emphase] qui fait naître en lui une attente confiante, une confiance diffuse (" trust "), confiance en la vie après la mort à défaut de confiance en un être suprême et bienveillant.<br>Voilà pourquoi si on devait adapter Estel au caractère d'Aragorn je traduirais " estel = espérance qui fonde la confiance ".
Sosryko[small]<br>qui devrait être au lit <br>depuis bien longtemps<br>'se laissant engloutir'<br>par ses draps ;-)[/small]

