21-04-2002, 15:10
Tout d'abord, je tiens à m'excuser pour mon dernier post, complétement distordu (j'ignore pour quele raison) et foireux au niveau html (fidèle à ma réputation ;-) )...<p>>> Guide to the Names in The Lord of the Rings <p>> Un livre précieux ce me semble. Serait-il possible d'en avoir une référence complète ?<p>Il s'agit des instructions de Tolkien destinées aux traducteurs du SdA. Elles sont plutôt destinées aux natifs de langues germaniques. Ce document fut publié dans <i>A Tolkien Compass</i> (désolé, je n'ai pas les références, je n'ai qu'une une version "électronique" du texte).<p><u>A propos de <i>Oatbarton</i> et autres noms à "double sens"</u> :<p>> Oui... mais ce genre d'étymologie populaire est le reflet du sentiment linguistique des locuteurs natifs. Reste à savoir quel point de vue il convient de prendre en compte. Il sera de toute façon probablement impossible de jouer sur les deux tableaux en français. Il s'agit à mon sens - et je pense que tout le monde sera d'accord - de reproduire au mieux le sentiment des anglophones. Tout en sachant qu'il est impossible d'y arriver tout à fait.<p>C'est là la plus grande difficulté qui se présente aux traducteurs de Tolkien. Dans l'introduction de son <i>Guide to the Names in The Lord of the Rings</i>, Tolkien précise d'ailleurs qu'il est nécessaire au traducteur de posséder non seulement une bonne connaissance de l'anglais et du vieil anglais, mais aussi "une connaissance de la nomenclature des personnes et des lieux dans la langue utilisée dans la traduction, et des mots qui y apparaissent qui sont obsolètes dans les formes courantes de ces langues, ou seulement préservées localement" ("some knowledge of the nomenclature of persons and places in the languages used in translation, and of words that occur in them that are obsolete in the current forms of those languages, or only preserved locally", cité dans mon précédent message). <p>Il dit donc clairement qu'il faut, dans l'idéal, tenter de préserver les jeux de mots étymologiques présents dans sa nomenclature, ce qui suppose de la part du traducteur français d'être familier avec l'étymologie et l'onomastique francophone, mais aussi de connaître le vieux français et les formes de mots anciennes ou locales que l'on retrouve dans les noms de lieux et de personnes de notre langue... Dur, dur ! ;-) <p>Bref, traduire Tolkien, c'est un peu un "cadeau empoisonné" !<p>> Une condition qui s'impose est à mon avis celle de l'homogénéité. Si l'on décide de traduire les noms hobbits, mieux vaut, sauf cas vraiment particulier, ne pas en laisser de côté. Par "cas particulier", j'enteds des noms peu ou pas analysables pour un anglophone comme Bree.<p>C'est vrai que l'homogénéité est un point important, mais l'exemple de Bree que tu cites (plus bas) montre bien qu'on ne peut (doit ?) pas toujours tout traduire...<p>> (Cela fait assez longtemps que je soupçonne un rapport avec l'élément gaulois "briga" dont les restes apparaissent souvent en toponymie française, comme par exemple dans Brie-Comte-Robert. Serait-il possible que Bree soit le reliquat d'une forme similaire en brittonique, conservée en toponymie ?)<p>En effet, tes soupçons sont fondés puisque le nom <i>Bree</i> est d'origine celte. Une petite citation du GttNiLotR (bonjour l'abréviation, on dirait du klingon !) :<p>"<i>Bree</i>. Retain, since it was an old name, of obsolete meaning in an older language; see <i>Archet</i>."<p>"<i>Archet</i>. This is actually an English place-name of Celtic origin. It is used in the nomenclature of Bree to represent a stratum of names older than those in the Common Speech or Hobbit language. So also <i>Bree</i>, an English place-name from a Celtic word for 'hill'. Therefore retain <i>Archet</i> and <i>Bree</i> unaltered, since these names no longer have a recognized meaning in English. <i>Chetwood</i> is a compound of Celtic and English, both elements meaning 'wood'; compare <i>Brill</i>, in Oxfordshire, derived from <i>bree</i> + <i>híll</i>. Therefore in <i>Chetwood</i> retain <i>Chet</i> and translate -<i>wood</i>."<p>> Le cas du Rohan est un peu spécial, vu le mélange entre forme vieil-anglaises et modernisées. Le lecteur anglophone a probablement l'impression d'un mélange entre formes analysables et d'autres qui le sont plus difficilement. Comme l'impression donnée sera celle d'un "mélange", garder des formes anglaises est tout à fait acceptable - d'ailleurs Francis Ledoux le fait (bon, d'accord ça n'est peut-être pas une référence...).<p>En effet; D'ailleurs Tolkien préconisait de ne pas traduire le vieil anglais utilisé pour la langue des Rohirrim. Pour une fois, Ledoux ne s'est pas trompé ! ;-)<p><u>A propos de <i>Dun</i> (traduction ou notes de traduction ?)</u> :<p>> C’est peut-être effectivement ce qu’il y de mieux à faire - c’est un nom donné par les Rohirrim, on peut le laisser en anglais, cf. plus haut. <p>Exemple tiré (au hasard) du GttNiLotR : "<i>Windfola</i>. = 'Wind-foal', but leave unaltered since it is in the language of Rohan (not Common Speech)."<p>> Le corps du texte et les appendices ne posent d’ailleurs pas tout à fait les mêmes problèmes. Ceci est une interprétation personnelle , mais il me semble que le récit doit pouvoir se lire sans que le texte ne rappelle à chaque pas qu’il s’agit d’une traduction - ce qui n’exclut pas, bien sûr, une petite note ici ou là. Les Appendices sont écrits dans un style différent - et discutent en partie de problèmes de traduction « fictifs » (mais qui reflètent certainement les méditations de Tolkien sur sa nomenclature, et sont aussi, comme Toko le souligne, une aide au traducteur. Y ajouter des notes sur les problèmes de traduction français-anglais n’y serait pas illogique - il s’en trouve d’ailleurs déjà.<p>Mais Pascal travaille sur la traduction d'une Encyclopédie de la Terre du Milieu, pas sur une traduction du SdA ou des appendices. Je pense donc que des notes de traduction sont tout à fait justifiées et seront sans doute plus appropriées que des traductions "inédites", qui risqueraient de désabiliser le lecteur déjà familier de la nomenclature imposée par la traduction de Ledoux. De plus, cela serait, à mon avis, un plus indéniable pour cette encyclopédie : permettre au lecteur de comprendre le sens de mots non traduits par F. Ledoux ou T. Jolas, mais sans imposer une nouvelle traduction (qui pourrait causer une certaine confusion).<p><u>A propos du sindarin <b>donn</b>, du gallois <b>dwn</b> et de l'anglais <b>dun</b></u> :<p>> Ce mot semble vraiment avoir laissé sa marque dans l’esprit de Tolkien !<p>Effectivement, c'est un cas assez fréquent chez Tolkien. Voir par exemple l'emprunt du mot <i>ond</i> "pierre", un des rares mots connus des langues des tribus pré-celtes et pré-romaines, que Tolkien découvrit à l'âge de huit ans dans un livre (identifié dans dans Vinyar Tengwar #30 comme étant <i>Celtic Britain</i> du Professeur John Rhys, qui selon Carl F. Hostetter et Patrick Wynne « consiste en plus de 300 pages denses de discussion étymologique, contenant de nombreux passages de latin et de grec non traduits ». C'était la lecture préférée de Tolkien à l'âge de huit ans !) et qu'il réutilisa dans ses langues elfiques (quenya <b>ondo</b>, sindarin <b>gond</b>). <p>Dans le cas présent, il semble que Tolkien ait particulièrement apprécié la relation sens/forme de l'indo-européen *<i>donnos</i>, *<i>dusnos</i>, au point de l'utiliser dans la langue de Rohan (vieil anglais), mais aussi dans sa langue elfique inspirée du gallois, le sindarin. C'est peut-être même une forme de jeu de mot linguistique très pointu, une façon de prolonger le rapport réel entre l'anglais <i>dun</i> et le gallois <i>dwn</i> dans son univers fictif (des mots de forme proches, mais pas directement apparentés). Peut-être aussi une façon de contester l'origine de <i>dun</i> proposée par l'<i>Oxford Dictionary of English Etymology</i> (puisque les langues humaines étaient censément dérivées ou tout au moins fortement inspirées par les langues elfiques, qu'elles soient avarines ou eldarines).<p>Namárië !<p>Toko<p><p>

