21-04-2002, 12:05
Je pense, avec mon humble expérience de traducteur amateur, que nous sommes dans un faux-débat... Je m'explique :<p>On pourrait sans doute tergiverser des jours, des semaines, voire des mois sur une traduction "correcte" de <i>Dun</i> et <i>Dunlending</i>. Comme l'a très justement dit TB, la traduction est un métier (très) difficile, d'autant plus dans le cas d'un roman écrit par un philologue émérite comme Tolkien, d'une très grande érudition et qui s'amusait à truffer ses oeuvres de jeux de mots étymologiques (voir plus bas dans mon message ma réponse aux réactions de Denethor et Elicec face à l'intervention d'Edouard). De plus, dans le cas qui nous intéresse, le fait que Francis Ledoux et Tina Jolas ait usés de traductions différentes ne facilite pas la chose. Il me semblerait plus simple, et moins contestable, de ne pas traduire ces noms (au pire d'utiliser la formule de Ledoux pour <i>Dunlendings</i> : "Ceux du Pays de Dun"), en attendant qu'une hypothétique nouvelle traduction du SdA voit le jour. Mais il me semble évident et nécessaire dans ce cas d'inclure une note de traduction précisant le sens de <i>dun</i>, ce que Ledoux et surtout Jolas auraient du faire (c'est à la limite de la faute professionnelle !), particulièrement dans le cas des appendices puisque la non-précision du sens du nom casse tout l'effet de la remarque de l'auteur quant au jeu de mot ironique du nom de ce peuple.<p>En ce qui concerne <i>Oatbarton</i>, et comme le fait remarquer Edouard, traduire ce nom par "Fermavoine" serait extrêment maladroit puisqu'il s'agit d'un véritable jeu de mot linguistique intentionnel de la part de l'auteur : un nom formé à partir d'éléments de vieil anglais, qui , en évoluant avec le temps, s'est transformé en un nom doté d'un autre sens. C'est d'ailleurs pour cela que Tolkien ne voulait pas que les noms de villes de la Comté soient traduits. <p>Un exemple comparable est donné dans le documentaire sur Tolkien où Tom Shippey évoque une rue du nom de "Woodhouse" ("maison de bois" en anglais moderne) que Tolkien devait emprunter pour se rendre de son domicile à son travail. Shippey explique que Tolkien se demanda sûrement d'où pouvait provenir ce nom et qu'il du réfléchir à son étymologie, arrivant à la conclusion qu'il venait d'une forme *<i>wood-wose</i>, entraînant des questions sur l'origine même de ces <i>wose</i> qui vivaient là. Le nom de cette rue est probablement à l'origine des Woses du SdA...<p>Le but d'Edouard n'est pas de dire "ouais de toute façon c'est intraduisible et c'est tout, vous pouvez pas comprendre", bien au contraire. Son but est de mettre en lumière un point particulièrement sensible et important au niveau de la traduction de Tolkien. Evidemment, son intervention est peut-être un peu "lapidaire" ou succinte (mais sûrement pas dotée de "mauvaise volonté"), mais il faut bien comprendre que pour traduire ou au minimum expliquer le sens de nombre de <i>toponymes</i> anglais de la Terre du Milieu, il est nécessaire non seulement de maîtriser la "langue de Shakespeare", mais surtout la langue de ses ancêtres : le vieil anglais (ou anglo-saxon). Cela place la barre assez haut pour des candidats éventuels... ;-)<p>Rechercher à tout prix une traduction "correcte" et surtout "définitive" n'est bien souvent qu'une quête illusoire, et c'est encore plus vrai dans le cas de Tolkien. Je pense que dans le cas de traductions vraiment difficiles, ou "à double sens", l'idéal est de conserver la version originale tout en précisant le sens donné par l'auteur dans des notes de traduction.<p>Namárië !<p>Toko

