02-05-2003, 22:52
Je crois plutôt que personne n'avait encore <i>osé</i> pour l'hymne à Elbereth… Aucune traduction n'est facile, mais celle-là pose des problèmes particuliers. D'une part, c'est un chant de louange, presque une action de grâces, d'une tonalité très exaltée qu'il n'est pas aisé de reproduire sans tomber dans le grotesque. D'autre part, si l'on se place dans l'optique d'une traduction destinée à être insérée dans le texte principal (et non d'une œuvre indépendante), cet hymne fait l'objet de contraintes particulières. On en retrouve un autre fragment, cette fois en sindarin, dans le début du livre 2 : [emphase]« A Elbereth Gilthoniel / silivren penna míriel / o menel aglar elenath ! »[/emphase] etc. A la fin du SdA, dans le chapitre "Les Havres Gris", les deux parties apparaissent même <i>mêlées</i>. L'unité des deux est renforcée par l'emploi du même mètre en anglais et en sindarin, à savoir le tétramètre iambique. En français, il me paraît indispensable, dans cette optique, de faire appel à l'octosyllabe, quitte éventuellement à modifier la structure strophique si l'on manque de place (on est plus libre sur ce plan car le fragment anglais et le sindarin sont déjà différents à cet égard).
Tu t'éloignes vraiment énormément du contenu… ce n'est plus le même texte, et le style n'est pas non plus conservé, l'anglais reste beaucoup plus simple quoique toujours élevé. Qu'une traduction poétique nécessite certaines libertés, soit, mais certaines seulement, et il est souhaitable que la distance entre l'original et la version soit minimale. Par ailleurs, ce poème n'est pas une chanson, c'est un <i>hymne</i> et son contenu <i>importe</i> : <i> il y a </i>un sens précis à restituer. Par exemple, que viennent donc faire ici ces ombelles ? De plus, les "répétitions à tout bout de champ" ne sont pas là pour rien, elle structurent le poème et contribuent à son aspect musical ; je pense qu'il est inutile d'insister sur l'importance de la répétition dans le chant.
Quant à la versification de l'original, elle est classique et très régulière : quatrains de tétramètres iambiques rimés. On doit en tenir compte dans le choix de la forme en traduction française afin de produire un effet comparable.
Pour ce qui est de la traduction du SdA par Francis Ledoux, personne ne niera je pense qu'elle est inégale et présente des erreurs peu excusables. "Haleine" est effectivement mal choisi ici vu ses résonances assez négatives, un terme comme "souffle" aurait certainement mieux convenu. De là à la qualifier son travail d'"innommable" ou de "massacré", il y a un pas que je me garderai bien de franchir ; mon jugement s'est d'ailleurs adouci avec le temps, entre autres parce que j'ai pris meilleure mesure de la difficulté de la chose. Le style de Tolkien me semble loin d'y être entièrement perdu ; les poèmes sont un cas particulier (raison d'être de ce fuseau en vérité), où l'absence de traduction résulte peut-être de la simple prudence face à un univers qu'il ne pouvait complètement saisir : il faut se souvenir qu'il ne disposait pas du Silmarillion. Je l'imagine assez perplexe face à toutes les allusions contenues dans le chant d'Eärendil... La traduction du Silmarillion par Pierre Alien est bien pire, et autant je pense que celle de Francis Ledoux pourrait devenir fort agréable après une correction minutieuse (je dis bien correction et non réécriture), autant j'en doute pour Pierre Alien. Pour ces questions, voir aussi les fuseaux :
Moraldandil
Tu t'éloignes vraiment énormément du contenu… ce n'est plus le même texte, et le style n'est pas non plus conservé, l'anglais reste beaucoup plus simple quoique toujours élevé. Qu'une traduction poétique nécessite certaines libertés, soit, mais certaines seulement, et il est souhaitable que la distance entre l'original et la version soit minimale. Par ailleurs, ce poème n'est pas une chanson, c'est un <i>hymne</i> et son contenu <i>importe</i> : <i> il y a </i>un sens précis à restituer. Par exemple, que viennent donc faire ici ces ombelles ? De plus, les "répétitions à tout bout de champ" ne sont pas là pour rien, elle structurent le poème et contribuent à son aspect musical ; je pense qu'il est inutile d'insister sur l'importance de la répétition dans le chant.
Quant à la versification de l'original, elle est classique et très régulière : quatrains de tétramètres iambiques rimés. On doit en tenir compte dans le choix de la forme en traduction française afin de produire un effet comparable.
Pour ce qui est de la traduction du SdA par Francis Ledoux, personne ne niera je pense qu'elle est inégale et présente des erreurs peu excusables. "Haleine" est effectivement mal choisi ici vu ses résonances assez négatives, un terme comme "souffle" aurait certainement mieux convenu. De là à la qualifier son travail d'"innommable" ou de "massacré", il y a un pas que je me garderai bien de franchir ; mon jugement s'est d'ailleurs adouci avec le temps, entre autres parce que j'ai pris meilleure mesure de la difficulté de la chose. Le style de Tolkien me semble loin d'y être entièrement perdu ; les poèmes sont un cas particulier (raison d'être de ce fuseau en vérité), où l'absence de traduction résulte peut-être de la simple prudence face à un univers qu'il ne pouvait complètement saisir : il faut se souvenir qu'il ne disposait pas du Silmarillion. Je l'imagine assez perplexe face à toutes les allusions contenues dans le chant d'Eärendil... La traduction du Silmarillion par Pierre Alien est bien pire, et autant je pense que celle de Francis Ledoux pourrait devenir fort agréable après une correction minutieuse (je dis bien correction et non réécriture), autant j'en doute pour Pierre Alien. Pour ces questions, voir aussi les fuseaux :
- Traduction
- <a href="https://www.jrrvf.com/forum/noncgi/Forum3/HTML/000057.html">François Ledoux à réhabiliter</a> (sic ! :-))
- Traduction ...
- Style et traduction : l'exemple de l'Ainulindalë
- Moi, j'aime la traduction de Ledoux
- Traduction : encore des problèmes
Moraldandil

