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Le lai de Nimrodel
#2
Hum... sans vouloir déprimer personne, il me semble qu’il y a là une faille : les vers choisis sont trop longs par rapport à l’original, qui alterne vers de 6 et 8 syllabes. C’est vrai que se donner plus de place rend la traduction plus confortable, on se sent moins enserré... mais la poésie s’en trouve diluée. Et il arrive un moment, comme ici, où l’on se voit obligé de « remplir », d’empâter en ajoutant des adjectifs notamment... ce qui aboutit parfois à bousculer assez sérieusement le sens du texte. Par ex. l. 10 : « de deuil », qui change vraiment trop la tonalité du début du poème, l. 15 « ombelles », qui me rendent perplexe à cet endroit, bien que j’aie quelque idée de leur provenance ;-) etc.

De plus, le sujet lui même n’est pas sans danger ici ; on ne peut pas dire qu’il soit franchement original... il est même passablement rebattu ! Ce qui expose à tomber dans le cliché : « sa belle Nimrodel » par exemple me semble un peu doucereux.

Je voudrais aussi signaler ceci :

Laegalad Wrote:strophe 1 vers 4, j’ai remplacé chaussures par atours, beaucoup plus poétique à mon sens et en plus qui rimait

Là, je dis : attention ! « Shoes » est un terme on ne peut plus banal, et la traduction doit respecter le niveau de langue, sans « embellir », sans quoi l’effet d’origine risque de ne pas être restitué. A la limite, on aboutit à une « belle infidèle » à la mode du XVIIIe siècle, soigneusement expurgée de tout ce qui pourrait choquer les convenances du temps...

Maintenant, je soupçonne que c’est plutôt la rime qui posait problème :-) C’est vrai que les rimes sont un pousse-au-crime ; il est tentant de tordre le sens pour en dénicher. D’un autre côté, les supprimer enlève un des caractères essentiels de la musique et de la structure du poème, notamment ici où les rimes croisées viennent renforcer l’effet de l’hétérométrie.

Voici un essai dans une alternance de déca- et d’octosyllabes. Si j’ai moins eu besoin d’« étoffer », je ne me fais pas trop d’illusions : il y reste encore bien des défauts que je viens précisément de citer. Voyez plus haut pour le texte original.

[citation]Lai de Nimrodel

Une vierge des Elfes fut jadis
Dans le jour un astre brillant :
Son manteau blanc d’or pâle était garni,
Ses souliers étaient gris-argent.

Une étoile était posée sur son front,
Sa chevelure brillait telle
La lumière du soleil sur les troncs
Dorés de Lórien la belle.

Ses cheveux étaient longs et ses bras blancs,
Elle était belle et libre, et seule,
Vive et légère elle allait dans le vent
Comme la feuille de tilleul.

Au bord des chutes de la Nimrodel,
Auprès des eaux fraîches et claires,
Sa voix d’argent tombait en cascatelles
Dans le brillant bassin de pierre.

Nul ne sait où elle erre maintenant
Sous le soleil ou dans la nuit :
Nimrodel s’égara voilà longtemps,
Dans les montagnes se perdit.

La nef elfique dans le havre gris
De la montagne sous le vent
Pendant des jours patiente l’attendit
Près de l’océan rugissant.

Des terres du Nord, une nuit, un vent
Se leva et hurla sauvage,
Et drossa la nef dans le flot montant,
L’éloignant ainsi du rivage.

Au point du jour la terre était perdue,
Et les monts sombraient dans la brume
Des embruns que les vagues distendues
Lançaient en panaches d’écume.

Amroth vit que la rive s’effaçait
Derrière la houle cruelle,
Et maudit le bateau qui l’emportait
Traîtrement loin de Nimrodel.

Il fut jadis un roi Elfe régnant
Sur arbres et vallées sereines
Lorsque les branches doraient au printemps
Dans la belle Lothlórien.

De la barre on le vit sauter dans l’onde
Comme de la corde la flèche,
Et plonger, s’enfoncer dans l’eau profonde
Comme le goéland en pêche.

Ses cheveux dénoués flottaient au vent,
Les flots brillaient autour de lui ;
On le voyait de loin, beau et puissant,
Un cygne glissant sous la pluie.

Mais de l’Ouest nul message n’est venu,
Et sur ces rivages mortels
D’Amroth aucun Elfe n’a jamais plus
Entendu la moindre nouvelle.[/citation]

Les écarts par rapport au sens littéral ne manquent pas ; j’ai néanmoins tenté d’en respecter l’esprit. « Seule », qui, je le confesse, a été amené par la rime avec « tilleul », s'ajoute au sens du texte ; il s’appuie toutefois sur une version de l’histoire d’Amroth et Nimrodel dans les <i>Contes et légendes inachevés</i>. Et je ne suis pas du tout satisfait par « cruelle », qui est très conventionnel. Je n’ai malheureusement pas pu trouver de meilleure solution... les propositions sont donc les bienvenues !

Moraldandil
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