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Chants de Legolas : À la Mer & Lebennin
#4
Holà ! Ces mots sont bien forts 8-)

Il ne s’agit en aucun cas de juger ! Mes propos ne se voulaient que de simples suggestions, et basées qui plus est sur mes propres goûts en la matière. Maintenant, <i>de gustibus non est disputandum</i> !

En ce qui concerne la « blanche écume », il se peut que j’aie plus ou moins consciemment voulu prévenir un possible anglicisme dans la syntaxe. Un peu stupide ! :-) Evidemment, une inversion poétique est possible.

Pour « humain »... j’ai plus de mal à m’expliquer. Disons que je le ressens comme moins naturel qu’ « homme ». Mes excuses, mesdames, mais Tolkien emploie « man » qui est tout aussi ambigu...

Quant au rythme, je suis un peu surpris. Parlant toi-même de « musicalité », n’en aurais-tu pas au moins une perception intuitive ? Peut-on concevoir la musique et la poésie sans rythme ?

Ce genre de notion est probablement plus facile à ressentir qu’à définir. Peut-être pourrait-on évoquer le retour plus ou moins régulier d’un élément - prosodique, en ce qui concerne la poésie - permettant de structurer et de caractériser le poème. C’est sur lui que se fonde le mètre, qui peut être entre autres marqué par un décompte régulier des syllabes (cas des mètres de la poésie française classique, du haiku ou du tanka en poésie japonaise...), par un motif accentuel particulier (en poésie anglaise ou allemande), par une alternance dans la longueur des syllabes (mètres grecs classiques et latins)... Chez Tolkien, nous avons plusieurs genres de mètres. Fréquemment, ce sont des vers iambiques, ex. dans le Chant de Durin (Song of Durin):

[citation]<i>The world was young, the mountains green,<br>No stain yet on the moon was seen,<br>No words were laid on stream or stone<br>When Durin woke and walked alone. </i>[/citation]

Strong-stress verse : ex. Chant de la Mer de Legolas (Legolas’ Song of the Sea)

[citation]<i>To the <b>Sea</b>, to the <b>Sea</b> ! The <b>white</b> gulls are <b>cry</b>ing,<br>The <b>wind</b> is <b>blow</b>ing and the <b>white</b> foam is <b>fly</b>ing.</i>[/citation]

Vers allitératif : ex. Longue Liste des Ents (Long List of the Ents)

[citation]<i><b>L</b>earn now the <b>l</b>ore of the <b>L</b>iving Creatures !<br><b>F</b>irst name the <b>f</b>our, the <b>f</b>ree peoples :<br><b>E</b>ldest of <b>a</b>ll, the <b>e</b>lf children ;<br><b>D</b>warf the <b>d</b>elver, <b>d</b>ark are his houses ;<br><b>E</b>nt the <b>ea</b>rthborn, <b>o</b>ld as mountains ;<br><b>M</b>an the <b>m</b>ortal, <b>m</b>aster of horses</i>[/citation]

Il y a aussi le rapport des mètres entre eux si le poème en comporte plusieurs : voir par exemple le Lai de Nimrodel chanté par Legolas à l’entrée de la Lothlórien.

[citation]<i>An Elven-maid there was of old<br>A shining star by day<br>Her mantle white was hemmed with gold<br>Her shoes of silver-grey </i>[/citation]

On peut y ajouter d’autres phénomènes de répétition : au niveau des sons, les rimes, les allitérations (retour de consonne), cf. plus haut, les assonances (retour de voyelle) :

[citation=Racine, <i>Phèdre</i>, I,3]Tout m’affl<b>i</b>ge et me nu<b>i</b>t et consp<b>i</b>re à me nu<b>i</b>re.[/citation]

Au niveau de l’expression, divers procédés de style comme l’anaphore (répétition d’une expression en tête de plusieurs membres de phrase)

[citation=Corneille, <i>Horace</i> IV, 6 - exemple classique !]Rome, l’unique objet de mon ressentiment !<br>Rome, à qui vient ton bras d’immoler mon amant !<br>Rome qui t’a vu naître, et que ton cœur adore !<br>Rome enfin que je hais parce qu’elle t’honore ![/citation]

ou le parallélisme (un premier sujet est repris et traité d’une manière différente) :

[citation=traduction du Kalevala par Gabriel Rebourcet, chant 42]Le miel grésille aux hans de lame,<br>la miessée gicle aux coups d’épée,<br>le frimas monte au fond du ciel,<br>la brume se lève en nuage.[/citation]

Au niveau de la structure du poème, la présence d’un refrain, les reprises, le nombre, la forme et le rapport des strophes.

La présence d’une structure rythmique permet aussi, par contraste, des effets de rupture ou de décalage lorsque l’on brise la régularité du motif. Par exemple l’enjambement :

[citation=Baudelaire, <i>Le flacon</i>, in <i>Les fleurs du mal</i>]Il est de forts parfums pour qui toute matière<br>Est poreuse. On dirait qu’ils pénètrent le verre.[/citation]

Est-ce toujours du chinois ? ;-)

Moraldandil
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