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Le chant de Beren & Lúthien
#5
Merci beaucoup.

A me relire, je m’aperçois qu’un aspect de l’original n’est pas rendu : l’opposition entre les trois premiers vers de chaque demi-strophe, en rime masculine, et le dernier qui est en rime féminine. C’est très sensible à l’oreille. Peut-être pourrait-on reproduire ce contraste en opposant trois décasyllabes à un octosyllabe pour chaque demi-strophe. Mais bon... j’ai choisi de tout adapter en décasyllabes, autant continuer.

[colonne][gauche]<i>Enchantment healed his weary feet<br>That over hills were doomed to roam ;<br>And forth he hastened, strong and fleet<br>And grasped at moonbeams glistening.<br>Through woven woods in Elvenhome<br>Se lightly fled on dancing feet,<br>And left him lonely still to roam<br>In the silent forest listening.</i>

<i>He heard there oft the flying sound<br>Of feet as light as linden-leaves,<br>Of music welling underground,<br>In hidden hollows quavering.<br>Now withered lay the hemlock sheaves,<br>And one by one with sighing sound<br>Whispering fell the beechen leaves<br>In the wintry woodland wavering.</i>

<i>Her sought her ever, wandering far<br>Where leaves of years were thickly strewn,<br>By light of moon and ray of star<br>In frosty forests shivering.<br>Her mantle glinted in the moon,<br>As on a hill-top high and far<br>She danced, and at her feet was strewn<br>A mist of silver quivering.</i>

<i>When winter passed, she came again,<br>And her song released the sudden spring<br>Like rising lark, and falling rain,<br>And melting water bubbling.<br>He saw the elven-flowers spring<br>About her feet, and healed again<br>He longed by her to dance and sing<br>Upon the grass untroubling.</i>

<i>Again she fled, but swift he came.<br>Tinúviel ! Tinúviel !<br>He called her by her elvish name,<br>And there she halted listening.<br>One moment stood she, and a spell<br>His voice laid on her : Beren came,<br>And doom fell on Tinúviel<br>That in his arms lay glistening.</i>[/gauche][droite]L’enchantement ranima ses pieds las<br>Que le destin condamnait à errer ;<br>Et fort et leste, en hâte il s’élança<br>Et saisit le clair de lune radieux.<br>Par les bois des Elfes enchevêtrés<br>Elle s’enfuit, dansant à chaque pas,<br>Le laissa seul, et toujours à errer<br>En écoutant par les bois silencieux.

Il entendit souvent le bruit de pieds<br>Légers comme la feuille de tilleul,<br>Et dans des creux dissimulés triller<br>Une musique qui sortait de terre.<br>Fanées, flétries, des ciguës gît l’éteule,<br>Et peu à peu, les hêtres effeuillés<br>Laissent tomber un murmurant linceul<br>Qui frissonne dans la forêt d’hiver.

Il la cherchait toujours, errant bien loin<br>Sur les feuilles amassées par les ans,<br>Au clair de lune, aux rayons d’un essaim<br>D’étoiles tremblant dans des cieux glacés.<br>Sa mante miroitait sous le croissant<br>Lorsqu’au sommet d’une colline au loin<br>Elle dansait, une brume d’argent<br>Épandue frémissante sous ses pieds.

Quand l’hiver fut passé, elle revint,<br>Et de son chant libéra le printemps<br>Soudain comme l’averse, ou le refrain<br>De l’alouette, ou le bruit de l’eau fondante.<br>Il vit les fleurs elfiques jaillissant<br>Autour de ses pieds, et guéri enfin<br>Il eut près d’elle le désir brûlant<br>De chanter, danser sur l’herbe abondante.

De nouveau elle fuit, mais vif il vint<br>Pleurant : Tinúviel ! Tinúviel !<br>Par son nom d’elfe il l’appela enfin ;<br>Elle alors pour l’écouter s’arrêta,<br>Resta ainsi un moment, et sur elle<br>Sa voix exerça un charme : Beren vint<br>Et le destin tomba sur Tinúviel<br>Qu’étreignirent, scintillante, ses bras.[/droite][/colonne]

[espacement]
Iarwain Wrote:Pour ne pas demeurer en reste, je propose une traduction en octosyllabes (donc, plus resserrée) de la dernière strophe du même poème

Effectivement, le style en est sensiblement plus lapidaire. J’ai personnellement choisi le décasyllabe parce que je me sentais un peu à l’étroit dans l’octosyllabe (indiscutablement plus proche du rythme original). Le français réclame souvent un peu plus de syllabes que l’anglais.

Pour l’avant-dernier vers, peut-être serait-il possible de continuer d’élider le sujet :<br><i>Et, il y a longtemps, s’évanouirent</i> (avec synérèse pour il y a)<br>Le dernier vers me dérange un peu... mais que trouver ?

Qui, d’ailleurs, chante sans tristesse ? F. Ledoux semble incliner vers Beren et Lúthien (<i>Et, il y a longtemps, ils disparurent / Dans la forêt, chantant sans tristesse.</i>), mais ne serait-ce pas la forêt ? Ambiguïté voulue ?
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