14-04-2002, 03:14
Moraldandil: je te remercie d'avoir ouvert ce fuseau, dont le sujet me passionne au plus haut point, comme tu pourras le constater au vu de l'étendue de mon message...<br>En effet, en tant que traducteur (encore très amateur), et amateur (ainsi qu'auteur: voir <a href="http://www.jrrvf.com/cgi-bin/if1/display.cgi?id=15&sort=date" target="_new">ici</a>, si je puis me permettre cette modeste auto-référence...) de poésie, ce problème m'intéresse, au moins d'un point de vue théorique.
En général, ma préférence va plutôt aux "belles infidèles", qui donnent, à partir d'un objet poétique situé dans une langue étrangère donnée, quelque chose de familier (et néanmoins poétique) aux oreilles -et donc je privilégierais les traductions des poètes par d'autres poètes, aux traductions de traducteurs professionnels (bien que l'un n'exclue pas l'autre).
Quant au "medium" à utiliser, tout dépend des circonstances: <br>la prose, même si son rôle se réduit souvent à une simple paraphrase, peut très bien servir de "véhicule" à l'expression poétique: cf. la traduction en prose par Mallarmé des poèmes de Poe, dont certains sont effectivement très difficiles à rendre poétiquement (je pense notamment au fameux <i>The Raven</i>, mais surtout au moins connu, et quasi-intraduisible <i>The Bells</i> -même Mallarmé avoue s'y être cassé les dents!).<br>En ce qui concerne les vers, à mon avis l'idéal serait d'adapter la forme originelle à quelque chose de plus familier dans la langue d'arrivée; je pense en particulier à une traduction de la <i>Divine Comédie</i> dans La Pochothèque, en préface de laquelle le traducteur, Marc Scialom, s'exprime sur le choix du décasyllabe en français: "S'agissant du mètre décasyllabique, bien différent de l'<i>endecasillabo</i>, il a été choisi en raison de sa brièveté, jugée précieuse pour aider à restituer la concision de Dante, et non par on ne sait quel souci d'homologie. La rançon, ici et là, de cette densité retrouvée est une perte partielle de certains signifiés de détail: perte, on le constatera, beaucoup moins préjudiciable à la 'forme-sens' du poème que n'est celle, dans certaines traductions très littérales, de la densité elle-même, voire d'aspects plus proprement musicaux du style: assonances, allitérations, aussi riches de signifiance que les mots. Mais surtout -et ceci est conforme à l'une des leçons du texte d'origine -la contrainte du mètre enhardit le traducteur et l'apprivoise, sur la lancée de Dante, à des trouvailles d'expression qu'elle-même lui souffle en secret."<br>Ce texte peut à mon avis fournir des pistes (à discuter) quant à l'adaptation de formes spécifiques à une langue dans une autre langue, problème que tu soulèves à juste titre.
Mais dans tous les cas, je crois que l'essentiel est de restituer les qualités poétiques de l'original, que ce soit en lui restant (relativement) fidèle ou en se l'appropriant, sur un plan plus personnel...<br>De toute façon, une fidélité absolue ne me semble pas possible, à moins de faire une paraphrase du texte original.
Pour en revenir à Tolkien (enfin!), c'est vrai que j'ai surtout apprécié le charme de ses poèmes dans le texte original: à mon avis, le principal défaut des traductions de Ledoux, c'est qu'elles me paraissent assez plates, fades; mais aussi, la difficulté avec Tolkien et sa langue, c'est son côté protéiforme, qui transparaît surtout dans les poèmes (dont le ton va du mythique au quasi-comique, en passant par l'épique, l'élégiaque...), et qui rend d'autant plus délicate la tâche du traducteur.
Mais si tu veux une traduction vraiment catastrophique, je crois que celle des <i>Aventures de Tom Bombadil</i> tient le haut du pavé: mais ici, heureusement (ou malheureusement, pour le traducteur...), la comparaison est directement possible avec le texte anglais, ce qui n'est pas le cas avec le SdA (ce qui explique aussi pourquoi, ayant abandonné la lecture de sa traduction depuis environ un an, je ne garde pas un très grand souvenir des efforts de Ledoux, surtout en ce qui concerne la poésie)
Iarwain
En général, ma préférence va plutôt aux "belles infidèles", qui donnent, à partir d'un objet poétique situé dans une langue étrangère donnée, quelque chose de familier (et néanmoins poétique) aux oreilles -et donc je privilégierais les traductions des poètes par d'autres poètes, aux traductions de traducteurs professionnels (bien que l'un n'exclue pas l'autre).
Quant au "medium" à utiliser, tout dépend des circonstances: <br>la prose, même si son rôle se réduit souvent à une simple paraphrase, peut très bien servir de "véhicule" à l'expression poétique: cf. la traduction en prose par Mallarmé des poèmes de Poe, dont certains sont effectivement très difficiles à rendre poétiquement (je pense notamment au fameux <i>The Raven</i>, mais surtout au moins connu, et quasi-intraduisible <i>The Bells</i> -même Mallarmé avoue s'y être cassé les dents!).<br>En ce qui concerne les vers, à mon avis l'idéal serait d'adapter la forme originelle à quelque chose de plus familier dans la langue d'arrivée; je pense en particulier à une traduction de la <i>Divine Comédie</i> dans La Pochothèque, en préface de laquelle le traducteur, Marc Scialom, s'exprime sur le choix du décasyllabe en français: "S'agissant du mètre décasyllabique, bien différent de l'<i>endecasillabo</i>, il a été choisi en raison de sa brièveté, jugée précieuse pour aider à restituer la concision de Dante, et non par on ne sait quel souci d'homologie. La rançon, ici et là, de cette densité retrouvée est une perte partielle de certains signifiés de détail: perte, on le constatera, beaucoup moins préjudiciable à la 'forme-sens' du poème que n'est celle, dans certaines traductions très littérales, de la densité elle-même, voire d'aspects plus proprement musicaux du style: assonances, allitérations, aussi riches de signifiance que les mots. Mais surtout -et ceci est conforme à l'une des leçons du texte d'origine -la contrainte du mètre enhardit le traducteur et l'apprivoise, sur la lancée de Dante, à des trouvailles d'expression qu'elle-même lui souffle en secret."<br>Ce texte peut à mon avis fournir des pistes (à discuter) quant à l'adaptation de formes spécifiques à une langue dans une autre langue, problème que tu soulèves à juste titre.
Mais dans tous les cas, je crois que l'essentiel est de restituer les qualités poétiques de l'original, que ce soit en lui restant (relativement) fidèle ou en se l'appropriant, sur un plan plus personnel...<br>De toute façon, une fidélité absolue ne me semble pas possible, à moins de faire une paraphrase du texte original.
Pour en revenir à Tolkien (enfin!), c'est vrai que j'ai surtout apprécié le charme de ses poèmes dans le texte original: à mon avis, le principal défaut des traductions de Ledoux, c'est qu'elles me paraissent assez plates, fades; mais aussi, la difficulté avec Tolkien et sa langue, c'est son côté protéiforme, qui transparaît surtout dans les poèmes (dont le ton va du mythique au quasi-comique, en passant par l'épique, l'élégiaque...), et qui rend d'autant plus délicate la tâche du traducteur.
Mais si tu veux une traduction vraiment catastrophique, je crois que celle des <i>Aventures de Tom Bombadil</i> tient le haut du pavé: mais ici, heureusement (ou malheureusement, pour le traducteur...), la comparaison est directement possible avec le texte anglais, ce qui n'est pas le cas avec le SdA (ce qui explique aussi pourquoi, ayant abandonné la lecture de sa traduction depuis environ un an, je ne garde pas un très grand souvenir des efforts de Ledoux, surtout en ce qui concerne la poésie)
Iarwain

