24-11-2002, 10:23
Hem… mieux vaut tard que jamais...
Vous avez raison de souligner qu’il ne s’agit pas strictement d’une opposition binaire : je dirais qu’il y a, en quelque sorte, des degrés dans la transparence.
Cela peut résulter d’un choix délibéré, mais c’est aussi une limitation inhérente à l’optique même du verre transparent : son objectif ultime est de donner au lecteur la même distance au texte que celle que ressentent à la lecture ceux dont la langue originale est la langue maternelle. Or la qualité de l’illusion dépendra nécessairement de l’expérience du lecteur : tout le monde ne réagira pas de la même façon face à un nom, et je pense que ce fuseau l’illustre amplement. En poussant ce raisonnement à sa limite extrême, la traduction transparente « idéale » sera différente pour chaque lecteur… ce qui est évidemment utopique ! Le traducteur est donc amené à faire des choix - inévitablement influencés par ses propres sentiments, nous ne parlons pas de processus rationnels, ni même vraiment conscients - qui ne pourront être au goût de tous, d’où vient que l’on peut parfois ressentir l’impression d’une cote mal taillée.
Plus fondamentalement, je pense qu’il est vain de rechercher LA bonne traduction, puisque la qualité dépend de ce que l’on en attend, qui ne saurait être identique chez chacun. On peut d’ailleurs très bien apprécier plusieurs types de traduction nettement différentes, chacune à sa manière : sinon, pourquoi retraduirait-on régulièrement certaines œuvres ?
Maintenant, cela n’empêche pas qu’une traduction puisse être plus ou moins bonne au niveau de la qualité de la langue et de la fidélité à l’original. Et il est indéniable que la traduction de Ledoux n’est pas exempte de contresens et de fautes parfois assez étonnantes. Mais est-il possible de traduire sans faute de ce genre un ouvrage de cette ampleur ? Ce n’est pas une question rhétorique.
Pour Pippin, j’ai déjà répondu dans mon premier message.<br>Pour Frodo(n), etc… là c’est une question de goût, nous n’en sortirons pas ! Personnellement, je trouve cette modification plutôt bien vue, mais il suffit de parcourir un peu le forum pour découvrir que les avis divergent. Peut-être Francis Ledoux a-t-il voulu éviter une finale en -o qui est une rareté orthographique (non phonétique : cf. les innombrables -eau et -au) en français, alors que cette finale est récurrente dans les noms hobbits masculins… ou plutôt dans l’adaptation que Tolkien prétend en avoir donnée :-) Ce n’est pas un mauvais choix, puisque -on est la forme de cas-régime sous laquelle les noms germaniques en -o ont été adaptés en ancien français.
Mais la barrière est quand même moindre que pour Beowulf, non ? :-)<br>Ce n’est pas faux, mais le SdA est quand même conçu pour un large lectorat, qui ne sera pas nécessairement conscient de ces relations… mais s’il n’est pas nécessaire de creuser très profond pour les mettre à jour.
Pour finir, voici un extrait du prologue (début de la partie III) donné à titre d’illustration dans un essai du recueil <i>Tolkien en France</i> dirigé par Edouard Kloczko, éd. ARDA (p. 127, trad. Jean-François Orjollet) ; il semblerait à voir les dates des ouvrages cités en bibliographie que l’essai soit antérieur à la parution de la traduction de Ledoux, que je donne ensuite pour comparaison.
[citation=trad. J.F. Orjollet]Le Shire se composait de quatre quartiers, ces Farthings dont il a déjà été fait mention, ceux du sud, de l’est, de l’ouest et du nord ; et à leur tour chacun de ceux-là en nombre de possessions familiales, qui continuaient à porter le nom des anciens notables, même si, à l’époque dont je parle, ces noms se retrouvaient au-delà de leurs propres territoires. Si presque tous les Took vivaient encore dans le Tookland, il en allait autrement de bien d’autres familles, ainsi des Baggins ou des Boffins.[/citation][citation=trad. F. Ledoux]La Comté était divisée en quatre Quartiers, auxquels nous avons déjà fait allusion : le nord, le sud, l’est et l’ouest ; et ceux-ci comprenaient à leur tour un certain nombre de régions qui portaient encore le nom de quelques-unes des anciennes familles marquantes, bien qu’à l’époque de cette histoire ces noms ne se trouvassent plus seulement dans leur propre région. Presque tous les Touque vivaient encore en Pays de Touque, mais il n’en était pas de même de maintes autres familles, tels les Sacquet ou les Bophin.[/citation]
Je crois que c’est une illustration éclairante de l'effet de choix de traduction divergents, et que cela montre aussi l’importance que revêt la nomenclature.
Moraldandil
Mayflower Wrote:Alors pour conclure : un mélange de verre coloré et de verre transparent ?
Vous avez raison de souligner qu’il ne s’agit pas strictement d’une opposition binaire : je dirais qu’il y a, en quelque sorte, des degrés dans la transparence.
Cela peut résulter d’un choix délibéré, mais c’est aussi une limitation inhérente à l’optique même du verre transparent : son objectif ultime est de donner au lecteur la même distance au texte que celle que ressentent à la lecture ceux dont la langue originale est la langue maternelle. Or la qualité de l’illusion dépendra nécessairement de l’expérience du lecteur : tout le monde ne réagira pas de la même façon face à un nom, et je pense que ce fuseau l’illustre amplement. En poussant ce raisonnement à sa limite extrême, la traduction transparente « idéale » sera différente pour chaque lecteur… ce qui est évidemment utopique ! Le traducteur est donc amené à faire des choix - inévitablement influencés par ses propres sentiments, nous ne parlons pas de processus rationnels, ni même vraiment conscients - qui ne pourront être au goût de tous, d’où vient que l’on peut parfois ressentir l’impression d’une cote mal taillée.
Plus fondamentalement, je pense qu’il est vain de rechercher LA bonne traduction, puisque la qualité dépend de ce que l’on en attend, qui ne saurait être identique chez chacun. On peut d’ailleurs très bien apprécier plusieurs types de traduction nettement différentes, chacune à sa manière : sinon, pourquoi retraduirait-on régulièrement certaines œuvres ?
Maintenant, cela n’empêche pas qu’une traduction puisse être plus ou moins bonne au niveau de la qualité de la langue et de la fidélité à l’original. Et il est indéniable que la traduction de Ledoux n’est pas exempte de contresens et de fautes parfois assez étonnantes. Mais est-il possible de traduire sans faute de ce genre un ouvrage de cette ampleur ? Ce n’est pas une question rhétorique.
Quote:3) Francisation des noms tels que Frodo, Pippin : là je suis moins enthousiaste. Je ne vois pas ce que cela apporte comme avantage, toujours dans l’optique « compréhension » et même dans l’optique croyance secondaire.
Pour Pippin, j’ai déjà répondu dans mon premier message.<br>Pour Frodo(n), etc… là c’est une question de goût, nous n’en sortirons pas ! Personnellement, je trouve cette modification plutôt bien vue, mais il suffit de parcourir un peu le forum pour découvrir que les avis divergent. Peut-être Francis Ledoux a-t-il voulu éviter une finale en -o qui est une rareté orthographique (non phonétique : cf. les innombrables -eau et -au) en français, alors que cette finale est récurrente dans les noms hobbits masculins… ou plutôt dans l’adaptation que Tolkien prétend en avoir donnée :-) Ce n’est pas un mauvais choix, puisque -on est la forme de cas-régime sous laquelle les noms germaniques en -o ont été adaptés en ancien français.
Quote:Je veux dire par là que le SDA est clairement de culture nordique (cf le magnifique essai de Laurent Alibert) et si le lecteur français arrive à passer de l’autre côté du miroir, c’est qu’il a déjà franchi, d'une certaine façon, la barrière de sa propre culture. (Ouh là là, je sens qu’on va me tomber dessus à bras raccourcis).
Mais la barrière est quand même moindre que pour Beowulf, non ? :-)<br>Ce n’est pas faux, mais le SdA est quand même conçu pour un large lectorat, qui ne sera pas nécessairement conscient de ces relations… mais s’il n’est pas nécessaire de creuser très profond pour les mettre à jour.
Pour finir, voici un extrait du prologue (début de la partie III) donné à titre d’illustration dans un essai du recueil <i>Tolkien en France</i> dirigé par Edouard Kloczko, éd. ARDA (p. 127, trad. Jean-François Orjollet) ; il semblerait à voir les dates des ouvrages cités en bibliographie que l’essai soit antérieur à la parution de la traduction de Ledoux, que je donne ensuite pour comparaison.
[citation=trad. J.F. Orjollet]Le Shire se composait de quatre quartiers, ces Farthings dont il a déjà été fait mention, ceux du sud, de l’est, de l’ouest et du nord ; et à leur tour chacun de ceux-là en nombre de possessions familiales, qui continuaient à porter le nom des anciens notables, même si, à l’époque dont je parle, ces noms se retrouvaient au-delà de leurs propres territoires. Si presque tous les Took vivaient encore dans le Tookland, il en allait autrement de bien d’autres familles, ainsi des Baggins ou des Boffins.[/citation][citation=trad. F. Ledoux]La Comté était divisée en quatre Quartiers, auxquels nous avons déjà fait allusion : le nord, le sud, l’est et l’ouest ; et ceux-ci comprenaient à leur tour un certain nombre de régions qui portaient encore le nom de quelques-unes des anciennes familles marquantes, bien qu’à l’époque de cette histoire ces noms ne se trouvassent plus seulement dans leur propre région. Presque tous les Touque vivaient encore en Pays de Touque, mais il n’en était pas de même de maintes autres familles, tels les Sacquet ou les Bophin.[/citation]
Je crois que c’est une illustration éclairante de l'effet de choix de traduction divergents, et que cela montre aussi l’importance que revêt la nomenclature.
Moraldandil

