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Le Dernier Navire
#1
[small][Édit (Yyr) 2021 : ce fuseau est l'un des nombreux rejetons de l'arbre initial de la traduction des poèmes][/small]

[espacement]

Voilà un autre rejeton du fuseau Traduire les poèmes ? ;-)<!-- Mais ce poème n’entrant pas dans le Légendaire, j’ai préféré le mettre ici.-->

Tout d’abord, un grand merci à Moraldandil (il doit commencer à être habitué ;-)), qui m’a grandement aidée.

Ensuite, quelques précisions : ce poème contient une opposition entre vers à quatre accents et vers à trois accents (je vous rassure, je ne l’ai pas trouvé toute seule), en plus des rimes croisées (ça, si J). J’ai choisi de ne rendre dans la traduction française que le schéma des rimes ; c’était déjà assez compliqué, sans en plus ajouter des différences de longueur dans les vers ;-). Evidemment, l’utilisation de la rime m’a entraînée parfois à faire une légère « broderie » pour retomber sur mes pattes. J’ai essayé autant que possible de l’éviter.

Ah ! Autre chose : la traduction de « Earth-maiden » : j’ai traduit « Damoiselle de la Terre ». Je sais, c’est long, mais le « I’m born Earth’s daughter » de Firiel sonne comme une révélation tragique dans l’original, et ce vers est le pivot du poème ; si j’avais traduit « Earth-maiden » et « Earth’s daughter » de la même manière en français, j’aurais perdu cet effet. Il s’agit évidemment d’une question de sensibilité ;-)

Il y a aussi le vers 84 sur lequel je doute (<i>and she halted staring</i>) : faut-il traduire « et elle cessa de les fixer » ou « et elle s’arrêta en les fixant » ? J’ai préféré la première solution, car elle me fait penser aux contes de fées, où dès que l’on cesse de fixer l’objet enchanté, il disparaît. De plus, j’imagine assez bien Firiel marquer un temps d’arrêt à ce moment en regardant son pied, réalisant qu’elle ne peut suivre les Elfes.

[espacement]

[colonne][gauche]The Last Ship[/gauche][droite]Le dernier navire[/droite][/colonne]

[colonne][gauche]Firiel looked out at three o’clock:
the grey night was going;
far away a golden cock
clear and shrill was crowing.

[5] The trees were dark, and the dawn pale,
waking birds were cheeping,
a wind moved cool and frail
through dim leaves creeping.
[/gauche][droite]A trois heures Firiel regarda dehors :
la nuit grise s’en allait ;
au loin un coq couleur d’or
aigu et clair chantait.
Les arbres étaient noirs, et l’aube pâle
des oiseaux qui s’éveillaient pépiaient,
une brise soufflait, fraîche et frêle
à travers les feuilles sombres se frayait.[/droite][/colonne]

[colonne][gauche]She watched the gleam at window grow,
[10] till the long light was shimmering
on land and leaf; on grass below
grey dew was glimmering.
Over the floor her white feet crept,
down the stair they twinkled,
[15] through the grass they dancing stepped
all with dew besprinkled.
[/gauche][droite]Elle regarda par la fenêtre grandir l’éclat,
jusqu’à ce qu’il devienne une grande lumière qui jouait
sur la terre et les feuilles ; dans l’herbe en bas
une rosée grise scintillait.
Sur le sol ses pieds blancs glissèrent,
ils brillèrent sur les escaliers,
dans l’herbe, dansant, ils allèrent,
tout parsemés de rosée.[/droite][/colonne]

[colonne][gauche]Her gown had jewels upon its hem,
as she ran down the river,
and leaned upon a willow-stem,
[20] and watched the water quiver.
A kingfisher plunged down like a stone
in a blue flash falling,
bending reeds were softly blown,
lily-leaves were sprawling.
[/gauche][droite]Sa robe de joyaux était ourlée,
comme elle dévala vers le ruisseau
et se pencha sur un tronc d’osier
et regarda frissonner l’eau.
Un martin-pêcheur plongea comme une pierre,
dans un éclair bleu tombant,
des roseaux courbés doucement s’agitèrent,
les feuilles de lys se couchaient sous le vent.[/droite][/colonne]

[colonne][gauche][25] A sudden music to her came,
as she stood there gleaming
with free hair in the morning’s flame
on her shoulder streaming.
Flutes there were, and harps were wrung,
[30] and there was sound of singing,
like wind-voices keen and young
and far bells ringing.
[/gauche][droite]Une musique vint à elle soudain,
comme elle se tenait là, luisante,
dans le flamboiement du matin
la chevelure libre sur ses épaules flottante.
Il y avait des flûtes, et des harpes étaient pincées,
et un son de voix s’entendait,
comme celles du vent jeunes et élevées,
et de lointaines cloches sonnaient.[/droite][/colonne]

[colonne][gauche]A ship with golden beak and oar
and timbers white came gliding;
[35] swans went sailing on before,
her tall prow guiding.
Fair folk out of Elvenland
in silver grey were rowing,
and three with crowns she saw there stand
[40] with bright hair flowing.
[/gauche][droite]Un navire à rostre doré
et rames et coque blanches vint en glissant ;
guidant sa proue élevée,
des cygnes nageaient devant.
De belles gens qui du Pays des Elfes venaient
ramaient en gris argent,
et elle en vit trois couronnés qui là se tenaient
leur chevelure brillante flottant.[/droite][/colonne]

[colonne][gauche]With harp in hand they sang their song
to the slow oars swinging:
“Green is the land, the leaves are long,
and the birds are singing.
[45] Many a day with dawn of gold
this earth will lighten,
Many a flower will yet unfold,
ere the cornfields whiten.”
[/gauche][droite]Harpe à la main ils chantaient leur chanson
suivant les rames en leur lent balancement :
« Vert est le pays, hautes sont les frondaisons,
et les oiseaux chantent gaiement.
Bien des jours d’une aube d’or
cette terre s’illuminera,
bien des fleurs s’ouvriront encore,
avant le temps où le blé blanchira. »[/droite][/colonne]

[colonne][gauche]“Then whither go ye, boatmen fair,
[50] down the river gliding?
To twilight and to secret lair
in the great forest hiding?
To Northern isles and shores of stone
on strong swans flying,
[55] by cold waves to dwell alone
with the white gulls crying?”
[/gauche][droite]« Où donc alors, descendant la rivière,
vous rendez-vous, gents bateliers ?
Vers le crépuscule et un secret repaire
dans la grande forêt vous cacher ?
Vers les îles du Nord et les plages de pierre
volant sur des cygnes puissants,
par les vagues froides pour vivre solitaires
aux cris des blancs goélands ? »[/droite][/colonne]

[colonne][gauche]“Nay!” they answered. “Far away
on the last road faring,
leaving western havens grey,
[60] the seas of shadows daring,
we go back to Elvenhome,
where the White Tree is growing,
and the Star shines upon the foam
on the last shore flowing.
[/gauche][droite]« Nenni ! » répondirent-ils. « Loin d’ici
sur la dernière route nous allons,
en laissant à l’ouest les havres gris,
sur les mers d’ombres nous nous osons,
nous retournons où l’Arbre Blanc grandit,
là où la Demeure des Elfes se trouve,
et où l’Etoile sur l’écume luit
flottant sur la dernière grève.[/droite][/colonne]

[colonne][gauche][65]“To mortal fields say farewell,
Middle-Earth forsaking!
In Elvenhome a clear bell
in the high tower is shaking.
Here grass fades and leaves fall,
[70] and sun and moon wither,
and we have heard the far call
that bids us journey thither.”
[/gauche][droite]« Disons adieux aux champs mortels
oublions la Terre du Milieu !
Au Pays des Elfes dans la haute tourelle
sonne une cloche claire d’un ton joyeux.
Ici soleil et lune sont en déclin,
les feuilles tombent, l’herbe commence à s’étioler,
et nous avons entendu l’appel au loin
qui nous entraîne dans cette traversée. »[/droite][/colonne]

[colonne][gauche]The oars were stayed. They turned aside:
“Do you hear the call, Earth-maiden?
[75] Firiel! Firiel!” they cried.
“Our ship is not full-laden.
One more only we may bear.
Come! For your days are speeding.
Come! Earth-maiden elven-fair,
[80] our last call heeding.”
[/gauche][droite]Les rames furent arrêtées. « Firiel ! Firiel ! »
crièrent-ils en se tournant vers le bord :
Damoiselle de la Terre, entends-tu l’appel ?
Notre bateau n’est pas plein encore.
Il nous reste une place unique.
Viens ! Car tes jours passent à tire-d’aile.
Viens ! Damoiselle de la Terre à la beauté elfique,
Ecoute notre dernier appel. »[/droite][/colonne]

[colonne][gauche]Firiel looked from the ricer-bank,
one step daring;
then deep in clay her feet sank,
and she halted staring.
[85] Slowly the elven-ship went by
whispering through the water:
“I cannot come!” they heard her cry.
“I was born Earth’s daughter!”
[/gauche][droite]Firiel depuis la rive les regarda,
osant une enjambée ;
alors son pied profondément dans la glaise s’enfonça,
et elle cessa de les fixer.
Doucement la nef des Elfes passa,
chuchotant de par la rivière :
« Je ne peux pas venir ! » entendirent-ils sa voix
« Je suis née fille de la Terre ! »[/droite][/colonne]

[colonne][gauche]No jewels bright her gown bore,
[90] as she walked back from the meadow
under roof and dark door,
under the house-shadow.
She donned her smock of russet brown,
her long hair braided,
[95] and to her work came stepping down.
Soon the sunlight faded.
[/gauche][droite]Sa robe ne portait plus de joyaux brillants,
quand sous voûte et porte sombre
elle rentra des champs,
dans la maison de l’ombre.
Son sarrau feuille-morte elle revêtit
ses longs cheveux tressa,
et à son travail descendit.
Bientôt l’éclat du soleil se fana.[/droite][/colonne]

[colonne][gauche]Year still after year flows
down the Seven Rivers;
cloud passes, sunlight glows,
[100] reed and willow quivers
at morn and eve, but never more
westward ships have waded
in mortal waters as before,
and their song has faded.
[/gauche][droite]L’une après l’autre, les années
coulent le long des Sept Rivières ;
le nuage passe, le jour est ensoleillé,
le saule frissonne dans la roselière
à l’aube et à l’aurore, mais plus jamais
vers l’Ouest les navires ne sont partis
dans les eaux comme ils faisaient,
et leur chant s’est évanoui.[/droite][/colonne]
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