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Mise à jour du 12/06/2002
#17
Xav >>> Lol

Salut Finrod >> Ce n'est finalement pas plus mal puisque tu traites très bien cette question, sans doute mieux que je ne l'aurais fait moi-même.
Non car ton travail est structuré, moi, je ne lance qu’une série de remarques et de citations qu’il faudrait revoir selon une mise en forme plus pertinente. Même certains endroits sont confus : lorsque j’évoque la valeur symbolique de certaines dates (25 mars et 25 dec), on a la nette impression que les 9 marcheurs quittent Imladris le 25 mars et non le 25 dec alors qu’il faut lire le contraire bien sûr ;-))

Salut Vinyamar >>>> Comme je le disais à Beruthiel récemment ;-) j’aimerais faire mon mémoire sur le conte merveilleux, donc dès que l’occasion se présente, comme ce fuseau, j’en profite pour prendre de l’avance ;-) Plus un brin de folie …

Salut Beruthiel ;-))

Lorsque je parle « d’expériences d’origine religieuses qui ne sont plus perçues en tant que telles par l’homme moderne », je ne fais pas explicitement référence au christianisme mais à tout phénomène humain qui manifeste le sacré (NIKITA parle de dimension spirituelle plus que religieuse)… un tabou, un rituel, un symbol, un mythe, un démon, un dieu, etc., tels sont qquns de ces faits religieux. Sinon naturellement, dans le cas de Tolkien, il s’agit de sa foi catholique. Mais …

Notre morale occidentale est tout entière issue de la culture judéo-chrétienne. Mais le christianisme a repris les grandes Images et les symbolisations de l’homme religieux naturel ainsi que « leurs virtualités et leurs puissances sur la psyché profonde » (images du soleil, de la lune, du bois, de l’eau, de la mer …). En gros, selon Eliade, le symbolisme biblique et chrétien n’a rien innové, mais reste universel dans la mesure où il reprend à son compte et parfait des Images universelles (ce qui a naturellement facilité la diffusion de son message). L’innovation du christianisme consiste dans la valorisation du Temps (comme d’ailleurs le souligne Tolkien dans Faërie) :
« … le christianisme s’efforce de sauver l’histoire ; d’abord parce qu’il accorde une valeur au temps historique, ensuite parce que, pour le chrétien, l’événement historique, tout en restant ce qu’il est, devient capable de transmettre un message trans-historique : toute la question consiste à déchiffrer ce message » (Images et symboles, M.Eliade, p.224-225).
En plus le christianisme est intervenu dans l’Histoire pour l’abolir, avec la seconde venue du Christ, cette transformation du Temps en Eternité, c’est le paradis retrouvé (thématique que l’on retrouve dans l’œuvre de Tolkien).


Trois exemples d’expériences d’origine religieuses, révélateurs de la condition humaine:

1. Motif mythique de la descente aux enfers pour le salut d’une âme dans un but salvifique (et pas seulement initiatique, en effet NIKITA) :

Dans les religions sibériennes , nord-américianes, et ailleurs, le chaman primitif (le grand maître de l’extase, du feu et du vol magique) descend aux Enfers pour rechercher et ramener l’âme du malade, ravie par les démons. Dans la mythologie grecque, Orphée descend lui aussi pour ramener son épouse Eurydice, qui vient de mourir (on retrouve un récit analogue dans les mythes polynésiens, centralasiatiques et nord-américains). Jésus également mais pour sauver l’humanité tout entière. Le voyage de Frodo au Mordor se réalise aussi pour le salut des autres : « … the quest had as its object …the liberation from an evil tyranny of all the ‘humane’ (all speaking creatures) – including those, such as easterlings and Haradrim, that were still servants of the tyranny » (Lp.241).

Eliade conclut que ce motif mythique de la descente n’est plus seulement initiatique (comme dans le cas de Bilbo), mais l’on meurt et l’on réssussite pour le salut des autres : « l’archétype de l’initiation contient aussi cette valence de la « mort » (=descente aux enfers) au profit d’un autre » (p.218)(motif que l’on retrouve donc dans le SdA).

2. L’ascension au ciel et l’Image du paradis ‘océanien’ :

« Toutes les mystiques utilisent le symbolisme de l’ascension pour figurer l’élévation même de l’âme humaine et l’union avec Dieu : le chaman, Bouddha, Mahomet, le Christ … la notion de transcendance s’exprime universellement par une Image d’élévation… » (p.219) avec réintégration du « paradis » originel.
On retrouve ce symbolisme dans le départ de Frodo, Bilbo, Gandalf, Galadriel et Elrond pour l’île d’Eressëa par le Droit Chemin (Lp.410-411) :
« The ‘immortals’ who were permitted to leave ME and seek Aman – the undying lands of Valinor and Eressëa, an island assigned to the Eldar – set sail in ships specially made and hallowed for this voyage, and steered due West towards the ancient site of these lands. They only set out after sundown ; but if any keen-eyed observer from that shore had watched one of these ships he might have seen that it never became hull-down but dwindled only by distance until it vanished in the twilight : it followed the straight road to the true West and not the bent road of the earth’s surface. As it vanished it left the physical world. There was no return. The Elves who took this road and those few ‘mortals’ who by special grace went with them, had abandoned the ‘History of the world’ … »

Comme le souligne Eliade « Il ne s’agit pas d’expliquer la mystique judéo-chrétienne par le chamanisme, ni d’identifier des « éléments chamaniques » dans le christianisme. Mais il est un point dont l’importance ne peut échapper à personne : l’expérience mystique des primitifs, de même que la vie mystique des chrétiens, implique le recouvrement de la condition paradisiaque primordial. L’équivalence vie mystique=retour au paradis n’est donc pas un hapax judéo-chrétien, créé par l’intervention de Dieu dans l’histoire ; c’est une « donnée » humaine universelle d’une incontestable ancienneté » (p.221).
De même cette expérience mystique Frodo va aussi la vivre, car il trouvera guérison à ses souffrances et paix intérieure (Lp.328) : « Frodo was sent or allowed to pass over sea to heal him … before he died …. So he went both to a purgatory and to a reward, for a while : a period of reflection and peace and a gaining of a truer understanding of his position in littleness and in greatness, spent still in Time amid the natural beauty of ‘Arda Unmarred’, the Earth unspoiled by evil ».

Notons que Frodo va à l’île d’Eressëa et non à Aman (HoMEX, p.365). Petit clin d’œil au mythe du paradis terrestre qui a survecu jusqu’à nos jours sous la forme adaptée du « paradis océanien » avec palmiers, eaux translucides, chaises longues … ;-))

3. Motif mythique du « retour en arrière »

Ce motif initiatique fait partie d’un ensemble plus vaste de mythes et de rites de « retour à l’origine ». Pour l’homme archaïque, « la connaissance de l’origine de chaque chose confère une sorte de maîtrise magique sur elle : on sait où la trouver, et comment la faire réapparaître dans l’avenir » (Aspects du mythe, p.99).

Mais ce désir de connaître l’origine des choses n’est pas l’apanage des sociétés traditionnelles. Eliade prend comme exemple la psychanalyse (au grand dam de NIKITA ;-))) qui s’est interrogée sur la problématique des ‘commencements’, cad la première enfance :
« En traduisant en termes de pensée archaïque, on pourrait dire qu’il y a eu un « Paradis » (pour la psychanalyse, le stade prénatal ou la période s’étendant jusqu’au sevrage) et une « rupture », une « catastrophe » (le traumatisme infantile), et , quelle que soit l’attitude de l’adulte à l’égard de ces événements primordiaux, ils ne sont pas moins constitutifs de son être » (p.101).

Pour l’historien des religions qu’est Eliade, 2 idées de Freud l’intéressent :

1. la béatitude de l’origine et des commencements de l’être humain, thème relativement fréquent dans les religions archaïques et traditionnelles (grecque , judéo-chrétienne …) et dans le Silmarillion : « Les enfants des Hommes se répandirent à l’ouest, au nord et au sud et leur joie était toute matinale, celui du matin quand la rosée est encore fraîche et que toutes les feuilles sont vertes» (p.131).

2. L’idée que par un « retour en arrière » on peut revivre certains incidents traumatiques de la première enfance.

Cette seconde idée justifie aussi le rapprochement avec les comportements archaïques car le ‘retour en arrière’ était déjà pratiqué dans les cultures extra-européennes. Eliade évoque le symbolisme des rituels initiatiques impliquant un regressus ad uterum : « Dès les stades archaïques de culture, l’initiation des adolescents comporte une série de rites dont le symbolisme est transparent : il s’agit de transformer le novice en embryon, afin de le faire renaître ensuite … l’adolescent devient à la fois un être socialement responsable et éveillé culturellement. Le retour à la matrice est signifié soit par la réclusion du néophyte dans une hutte, soit par son engloutissement symbolique par un monstre, soit par la pénétration dans un terrain sacré identifié à l’utérus de la Terre-Mère » (p.103-104). Ces rites de puberté des sociétés primitives existent aussi dans des cultures plus complexes, mais « dans tous ces cas, le regressus ad uterum est opéré dans le but de faire naître le récipiendaire à un nouveau mode d’être, ou de le régénérer » (p.104).

A ces rituels initiatiques se rattache un certain nombre de mythes « relatant les aventures des Héros ou des magiciens et des chamans qui ont opéré le regressus en chair et en os, et non pas symboliquement. Un grand nombre de mythes mettent en vedette … la traversée initiatique d’une vagina dentata ou la descente perilleuse dans une grotte ou une crevasse assimilées à la bouche ou à l’uterus de la Terre-Mère. Toutes ces aventures constituent en fait des épreuves initiatiques, à la suite desquelles le héros victorieux acquiert un nouveau mode d’être » (p.105).

Naturellement la mort « réelle » et la résurrection « réelle » de Gandalf participe de ce motif, lui qui est passé « par le feu et la mort » dans les abîmes de la Moria avant de renaître Gandalf le Blanc. De même Bilbo, mais dans une moindre mesure, à chaque renaissance symbolique, à chaque expulsion de la mère-terre, il se trouve régénérer.


Salut NIKITA >> Tout en reconnaissant l’aspect réducteur de la psychanalyse freudienne (psychologie des profondeurs selon la terminologie de Mircea Eliade), Eliade, dont le domaine bien différent est l’histoire des religions, montre qu’il y a continuité entre les univers onirique et mythologique, la différence c’est que le premier est privé et personnel, le second s’assume comme exemplaire et universel .

Et ici, avec le « retour en arrière », on voit que Freud en avait perçu toute l’importance pour la compréhension de l’homme et surtout pour sa guérison. Mais bien avant lui, « le retour rituel à la matrice » était déjà une thérapeutique archaïque ! Eliade cite l’exemple du taoïsme (dont l’idéal est l’obtention de l’immortalité – décidément -) : « En revenant à la base, en retournant à l’origine, on chasse la vieillesse, on retourne à l’état de fœtus ». En Inde, de nos jours encore, on trouve la coutume d’enterrer les malades et les vieillards dans une fosse ayant la forme d’une matrice, « afin de les faire naître du sein de la Terre-Mère ».

Le but de ses rapprochements est de montrer que la croyance universelle dans le « retour à l’origine », du « revenir en arrière » est liée à une démarche thérapeutique : guérir l’homme des crises et des tragédies de son histoire, inscrite dans un Temps qui en s’éloignant de plus en plus de la « perfection des commencements », se dégrade lui-même progressivement.

L’article de Loki, dans cette optique, me semble tout-à-fait cohérente, mais c’est vrai que « l’homme moderne et positiviste » qui généralement méprise mythologies, théologies et tout ce qui se réfère à une étrange poétique de l’inconscient ( ;-)) peut trouver cela bien étrange cette façon de rendre compte de la situation existentielle de l’homme en Cosmos et de sa nostalgie des origines (cette dernière si prenante dans l’œuvre de Tolkien);-))


Le fuseau auquel je fais référence, à réserver pour un jour de pluie ;-) est
Etude et Créance Secondaire

Beruthiel re >>> L’Anneau est un symbole, donc il doit être vu comme un faisceau de significations qui lui confère sa vérité (dixit Eliade). Il est donc aussi un instrument pour communiquer avec le monde invisible tout en rendant invisible et en allongeant la vie du porteur ; selon la tradition finnoise, il semblerait que l’anneau est un des moyens pour entrer en contact avec le monde des morts : l’instrument principal du chaman (je précise que celui-ci est le spécialiste d’une transe, pendant laquelle son âme est censée quitter le corps pour entreprendre des ascensions célestes ou des descentes infernales, et réussit à communiquer avec les morts, les démons et les esprits de la nature sans pour autant se transformer en leur instrument) était le tambour sur lequel étaient peints des images mystiques. Pour entrer en contact avec l’au-delà, le chaman mettait un anneau sur le tambour puis le faisait chanter (le tambour ;-)) avec sa baguette, et, selon la façon dont l’anneau se déplaçait sur les images peintes, le chaman pouvait répondre à des questions émises par les vivants à leurs morts ou faire preuve de préscience (tiens ça me rappelle le miroir de Galadriel ;-)).


Et voilà, encore un thread bien rempli (qui prouve l’intérêt du sujet de départ) ;-))

Bonne Nuit
Cathy


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