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Interne et/ou externe, telle est la question...!
#8

Le point de vue externaliste ne cesse de rappeler au lecteur que “le monde secondaire” est une émanation du “monde primaire” (notre monde), i.e. une ‘simple’ création d’un écrivain de la première moitié du siècle dernier.
Un Tolkien qui adopte le point de vue externaliste se trouve en [Glorfindel II, HoME XII, p.379] :

This name [= Glorfindel] is in fact derived from the earliest work on the mythology : The Fall of Gondolin, composed in 1916-17 in which the Elvish language that ultimately became that of the type called Sindarin was in a primitive and unorganized form, and its relation with the High-elven type (itself very primitive) was still haphazard. It was intented to mean ‘Golden-tressed’, and was the name given to the heroic ‘Gnome’ (Ñoldo), a chieftain of Gondolin, who in the pass of Cristhorn (‘Eagle-cleft’) fought with a Balrog, who he slew at the cost of his life.
Its use in The Lord of the Rings is one of the cases of the somewhat random use of the names found in the older legends, now referred to as The Silmarillion, which escaped reconsideration in the final published form of The Lord of the Rings. This is unfortunate, since the name is now difficult to fit into Sindarin, and cannot possibly be Quenyarin. Also in the now organized mythology, difficulty is presented by the things recorded of Glorfindel of The Lord of the Rings, if Glorfindel of Gondolin is supposed to be the same person as Glorfindel of Rivendell.

Dans ce passage entier, ou presque, nous voyons l’écrivain Tolkien “composer” (et non pas ‘compiler’), au fil du temps, une œuvre, avec toutes les ébauches et tâtonnements que cela comporte. Seule une portion de phrase participe de la Créance Secondaire (« [Glorfindel] was the name given to the heroic ‘Gnome’ (Ñoldo), a chieftain of Gondolin, who in the pass of Cristhorn (‘Eagle-cleft’) fought with a Balrog, who he slew at the cost of his life »).

Autre exemple :
En août 1967, dans une un brouillon d’une lettre, réponse destinée à 'Mr Rang', Tolkien introduit la distinction entre interne/externe à propos du type de recherche que l’on peut faire sur l’origine des noms apparaissant dans le Seigneur des Anneaux [L297, Letters, p.379-387] :


Les investigateurs, d’ailleurs, semblent principalement faire la confusion entre (a) le sens des noms à l’intérieur de mon histoire – [noms] adaptés à [cette histoire], appartenant à une construction ‘historique’ imaginaire, et (b) les origines ou les sources, dans mon esprit, extérieur à l’histoire, des formes de ces noms.
En ce qui concerne (a) ils ont bien entendu suffisamment d’information, bien qu’ils négligent souvent ce qui est à disposition. Je le regrette, mais il n’existe pas de remplaçant de ma personne, puisque je suis vivant. J’ai rédigé un commentaire sur la nomenclature pour l’usage des traducteurs ; mais il est destiné surtout à indiquer quels mots et noms peuvent et devraient être traduits dans la L(angue) de la T(raduction), laquelle prend le relais pour remplacer l’anglais dans la représentation du P(arlé) C(ommun) de l’époque, étant entendu que les noms qui ne sont pas ou ne dérivent pas de l’anglais moderne devraient être retenus sans changement dans la traduction, puisqu’ils sont étranger à la fois au P.C. et à la L.T.
(…)
Pour illustrer mes critiques, je vais fournir quelques commentaires sur vos requêtes et conjectures particulières.
(…)
Comme affirmé dans les Appendices, les noms publics ‘extérieurs’ des Nains du nord furent dérivés de la langue des hommes de l’extrême Nord, non pas de cette variété représentée par l’A.-S., et se voient en conséquence donné une forme scandinave, en tant qu’équivalents grossiers de la royauté et de la divergence des dialectes contemporains. A.-S. n’aura rien à dire à propos de Gimli. En réalité le mot poétique gim dans l’archaïque poésie en V[ieux] N[orrois] n’est probablement pas relié à gimm (un emprunt ancien < Latin gemma) ‘gemme’, même s’il est possible qu’il ait été plus tard associé à ce dernier : sa signification semble avoir été ‘feu’.
(…)

Moria. Vos remarques me font penser que vous confondez Moria avec Mordor : le dernier est un territoire désertique, le premier un magnifique complexe de galeries souterraines. Pour la Moria, on vous donne sa signification, III 415, et il s’agit d’un nom Elfique (Sindarin même) = Puits Noir [Black Chasm]. Ne contient-il pas manifestement la [racine] MOR ‘sombre, noir’, visible en Mordor, Morgoth, Morannon, Morgul etc. (techniquement,[la racine] MOR : *mori ‘sombre/obscurité’ [dark(ness)] = Q. more, S. môr ; adj. *mornā = Q. morna, S. morn ‘sombre’.) Le ia vient du Sind[arin] ‘vide, abysse’ ([racine] YAG : *yagā > S. ).
En ce qui concerne la ‘terre de la Morīah’ (notez l’accent) : il n’y a pas de connexion (même de manière ‘externe’) quelle qu’elle soit. De manière interne il n’y a pas de connexion concevable entre la mine des Nains et l’histoire d’Abraham. Je réfute totalement toute signification ou tout symbolisme de ce genre. Mon esprit ne fonctionne pas ainsi ; et (à mon avis) vous vous égarez à cause d’une ressemblance purement fortuite, plus évidente dans l’orthographe que dans la prononciation, [ressemblance] qui ne peut être justifiée à partir de la signification réellement voulue de mon histoire.

Ceci nous conduit à la question de l’histoire ‘externe’ : la manière exacte grâce à laquelle j’en suis venu à […] choisir certaines séquences de sons pour les utiliser en tant que noms, avant qu’il ne leur soit attribué une place dans l’histoire. je pense, comme je l’ai dit, que ça n’a pas d’importance : l’effort nécessaire à la recherche de ce que je sais et de ce dont je me souviens du processus, ou bien dans la recherche de conjectures pour le reste, serait bien plus coûteux que la valeur des résultats. Les formes parlées seraient des formes à peine audibles, et, une fois transférées dans la situation linguistique préparée dans mon histoire, elles recevraient un sens et une portée correspondant à cette situation, et à la nature de l’histoire racontée. Il serait totalement illusoire de se référer aux sources de combinaisons sonores pour découvrir de quelconques significations évidentes ou cachées. Je me souviens bien de ce processus – l’influence de la mémoire des noms ou des mots déjà connus, ou des ‘échos’ dans la mémoire linguistique, et peu ont été inconscients. Ainsi les noms des Nains dans Bilbo le Hobbit (et les additions dans le SdA) dérivent de listes dans la Völuspá de noms de dvergar ; mais ceci n’est pas une clef pour les légendes des nains dans Le SdA (…)

Rohan est un nom de Bretagne célèbre, porté par une ancienne famille fière et puissante. J’étais au courant de cela, et j’ai aimé sa forme ; mais j’avais également (longtemps auparavant) inventé le mot Elfique pour cheval, et j’ai vu que Rohan pouvait être adapté à la situation linguistique en tant que nom Sindarin tardif de la Marche (auparavant appelée Calenarðon ‘la (grande et) verte région’) après son occupation par les cavaliers. Rien dans l’histoire de Bretagne ne jettera une lumière sur les Eorlingas. Soit dit en passant, la terminaison -and (an), -end (en) dans les noms de contrées doit sans aucun doute quelque chose à des noms (romantiques et autres) comme Broceliand(e), mais reste en parfaite relation avec une structure déjà conçue de l’Elfique (commun) primitif (E.C.), sinon elle n’aurait pas été utilisée. L’élément (n)dor ‘terre’ doit probablement quelque chose à des noms comme Labrador (un nom qui aurait pu être Sindarin en ce qui concerne le style et la structure). Mais rien au biblique Endor. C’est un exemple à l’envers, montrant comment une ‘recherche’ sans connaissance des événements réels peuvent induire en erreur. Endor S. Ennor (cf. le pl[uriel] collectif ennorath I 250) fut inventé comme l’équivalent Elfique de La Terre-du-Milieu en combinant les [mots] déjà conçus en(ed) ‘milieu’ et (n)dor ‘terre (masse)’, produisant un composé soi-disant ancien Q. Endor, S. Ennor. Ceci fait, j’observai bien évidemment sa ressemblance accidentelle avec En-dor (I Sam. xxviii), mais l’équivalence est en fait accidentelle, et par suite, la nécromancienne que consulte Saul n’a aucune connexion avec ou signification en rapport avec Le SdA Comme c’est le cas avec Moria. En réalité ce [mot] apparut pour la première fois dans le chap[itre] 1 de Bilbo le Hobbit. Si je me souviens bien, il était à cet endroit [comme] un ‘écho’ sans importance du Soria Moria Castle d’un des récits scandinaves traduits par Dasent. (Le récit n’avait aucune importance pour moi : je l’avais déjà oublié et ne l’avais pas revu depuis. Il fut donc simplement la source de la séquence sonore moria, qui aurait pu être découverte ou composée ailleurs.) J’aimai la séquence sonore ; il y avait allitération avec ‘mines’, et connexion de la séquence avec l’élément MOR de ma construction linguistique.

Où l’on voit que la lecture externaliste peut-être très hasardeuse… ;-))

Sosryko


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