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Il était une fois
#18
Voici la traduction promise<!-- (je n’ai pas tenté la mise en tableau, le résultat s’avère désastreux neuf fois sur dix)-->. Je ne prétends pas que ce soit la version définitive, mais pour elle il faudra attendre au moins la Noël, n’ayant — hélas — plus le temps avant ces vacances ô combien languies, mais je ne voulais pas vous faire trop attendre :) Au reste, il se peut que vos remarques produisent un tilt pour les points qui me gênent encore. Et encore merci à Bertrand qui, tout aussi occupé que moi, à quand même pris la peine de me relire :)

Comme je l’avais dis, Tolkien utilise encore une fois un <i>strong stress metre</i> à rimes plates, ce qui me permet d’utiliser de nouveau un alexandrin non césuré, à rimes toutes aussi plates. <br>Il y avait plusieurs contraintes à traduire. Tout d’abord, et pas la moindre, les <i>lintips</i>. Comme je l’ai dit plus haut, les linets me semblent tout à fait convenir pour les franciser en gardant tant signification qu’évocation sonore. Ensuite, au niveau de la structure du poème, <i>Once upon a time</i>, décliné en jour, nuit et lune, qui ouvre et ferme chaque strophe. Ce parallélisme devait à tout prix être conservé. <i>Once upon a time</i> signifie en anglais tant « il était une fois » que « autrefois ». J’ai opté pour la formule magique traditionnelle, qui ouvre chaque conte, même si on ne la rencontre pas en guise de fermeture. Au reste, « il était une fois » renvoyant à un passé lointain sans guère de rapport avec la réalité présente, il traduit tout aussi bien l’idée d’« autrefois ». Par contre, l’effet de rime interne des premiers vers de chaque strophe (day/may, night/light, moon/june) ne peut, hélas, être conservé en français… Il y avait aussi des allitérations, que j’ai utilisé autant que j’ai pu. Ensuite, le ton n’est pas tout à fait le même, plus… contemplatif, d’une certaine manière, que ce que l’on a habituellement dans les poèmes bombadiliens. Et le poème plus difficile à traduire, même si plus court que les deux précédents… S’ensuit donc une peur de l’abîmer qui a entraîné de nombreux gribouillages, raturages et déchirages… -rements, pardon.

Autre remarque : Tolkien joue encore sur Moon/He et la Sun/She… Enfin, joue… je pense que la féminisation du soleil et la masculinisation de la lune doit être normale pour un esprit saxon (voir l’allemand <i>die Sönne</i>, <i>der Mund</i>). Mais sincèrement, pour mon esprit français, c’est une aberration, une inversion totale des rêveries, et donc, puisque Bachelard est d’accord avec moi (comme souvent d’ailleurs... Ou plutôt l'inverse, je suis souvent d'accord avec lui :o)) et qu’il ne faut pas inverser les genres de rêveries, j’ai gardé <b>la</b> lune.

[colonne][gauche]<b>Once Upon a Time</b>[/gauche][droite]<b> Il était une fois</b>[/droite][/colonne]

[colonne][gauche]Once upon a day on the fields of May
there was snow in the summer where the blossom lay;
the buttercups tall sent up their light
in a stream of gold, and wide and white
[5] there opened in the green grass-skies
the earth-stars with their steady eyes
watching the Sun climb up and down.
Goldberry was there with a wild-rose crown,
Goldberry was there in a lady-smock ,
[10] blowing away a dandelion clock,
stooping over a lily-pool
and twiddling the water green and cool
to see it sparkle round her hand:
once upon a time in elvish land.
[/gauche][droite]Il était un jour sur les champs et prés de Mai,
de la neige en belle saison qui fleurissait ;
les hauts boutons d’or éparpillaient leur lumière
en un ruisseau doré ; dans les cieux d’herbe verts
s’épanouissaient, larges et toutes en blanc,
les étoiles-de-terre dont les regards francs
observaient le Soleil descendre et remonter.
Baie d’Or était là, encouronnée d’églantier,
Baie d’Or était là, vêtue d’une chemisette,
d’un pied de dents-de-lion elle soufflait l’aigrette,
se penchait au-dessus d’un bassin vert et frais
plein de lis d’eau, jouait de l’onde, la remuait
pour qu’elle s’éclabousse autour de sa main : plic !
il était une fois dans les contrées elfiques.[/droite][/colonne]

[colonne][gauche]<b>[15]</b> Once upon a night in the cockshut light
the grass was grey but the dew was white;
shadows were dark, and the Sun was gone,
the earth-stars shut, but the high stars shone,
one to another winking their eyes
<b>[20]</b> as they waited for the Moon to rise.
Up he came, and on leaf and grass
his white beams turned to twinkling glass,
and silver dripped from stem and stalk
down to where the lintips walk
<b>[25]</b> through the grass-forests gathering dew.
Tom was there without boot or shoe,
with moonshine wetting his big, brown toes:
once upon a time, the story goes.
[/gauche][droite]Il était une nuit, lueur de brune bise,
si la rosée se faisait blanche, l’herbe était grise,
les ombres étaient noires, le Soleil était couché,
et les étoiles-de-terre s’étaient fermées ;
mais les étoiles hautes brillaient dans les cieux,
et attendaient la Lune en se clignant des yeux.
Elle se leva, vit changer ses rayons blancs
sur les feuilles et l’herbe en verre étincelant,
des tiges et des chaumes elle ruisselait,
argentée, jusqu’où se promenaient les linets
par les forêts d’herbe, ramassant la rosée.
Tom était là, le pied sans botte ni soulier,
la Lune mouillant ses grands orteils bruns et nus :
Il était une fois, l’histoire continue.[/droite][/colonne]

[colonne][gauche]Once upon a moon on the brink of June
[30] a-dewing the lintips went too soon.
Tom stopped and listened, and down he knelt:
"Ha! Little lads! So it was you I smelt?
What a mousy smell! Well, the dew is sweet,
so drink it up, but mind my feet!"
[35] The lintips laughed and stole away,
but old Tom said: "I wish they'd stay!
The only things that won't talk to me,
say what they do or what they be.
I wonder what they have got to hide?
[40] Down from the Moon maybe they slide,
or come in star-winks, I don't know":
once upon a time and long ago.
[/gauche][droite]Il était une lune au tout début de Juin
pour la rosée les linets vinrent trop matin.
Tom s’arrêta, écouta et s’agenouilla :
« Eh ! Petits gars ! C’était vous que je sentais là ?
Quelle odeur discrète ! Bien, la rosée est miélée,
Buvez-la donc, mais prenez bien garde à mes pieds ! »
Les linets s’esclaffèrent et s’esquivèrent, lestes,
mais le vieux Tom dit : « J’aurais tant aimé qu’ils restent !
Ce sont les seuls êtres qui ne me parlent pas,
ce qu’ils font, ce qu’ils sont, ils ne le disent pas.
Pourquoi ont-ils dû se cacher ? Ils ont glissé
depuis la Lune peut-être, ou sont arrivés,
qui sait ! par les étoiles, dans leurs clignotements. »
Il était une fois, il y a bien longtemps.[/droite][/colonne]
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