Xav : >La mer/la mort ? A part le m et le r, je dois dire que je ne te suis plus vraiment, là.
désolé, j'étais elliptique ! il ne serait pas judicieux de répéter en abrégeant des choses que j'ai écrites ailleurs. voici un passage :
"[...]la mer (ou de l’eau en général), présentée d’emblée comme « un mot redoutable, un signe de mort », ce que confirme le récit de la fin du père de Frodo, sur qui « il n'y a jamais eu grand-chose à dire jusqu'au jour où il s'est noyé » avec sa femme (n1).
Puis cette valeur se renforce par l’assimilation de la mort avec « les Mers Séparatrices » ou « l'eau profonde »(n2) , « la noyade » (n3) , par l’évocation de la Submersion de Númenor, par la comparaison des armées ennemies avec « une mer grossissante », par l’expression même de « flot de la mort »(n4) , ou par l’image de la barque de Boromir (n5) .
On pourrait ajouter que l’Anneau, mortifère, a été trouvé au fond d’un fleuve, mais on distinguera partiellement la mer et l’eau, dans la mesure où celle-ci peut se révéler bénéfique, comme lorsqu’elle sauve Frodo des Nazgûl à la fin du Livre I(n6) , tandis qu’on pourrait en revanche multiplier les preuves du lien qui unit la mer et la mort - proches jusque dans leurs sonorités en français, comme jadis la mer, l’amer et l’amour(n7) .
Ainsi, la fascination qu’exerce la mer sur les Elfes Legolas et Haldir (« aucun des miens ne l’a contemplée ; mais nous nous en souvenons encore dans nos chants »(n8) ) évoque la fascination de la mort qu’ils ne connaissent pas non plus, ce parallélisme étant souligné par la mise en garde qu’adresse Galadriel à Legolas (« Prends garde à la Mer ! ») et qu’il interprète comme un message funeste(n9) .
n. 1 : Arbre : il a bien fonction de signe dans le récit (cf. S 1036, « le signe a été donné ») ; « signe de mort » : S 17 ; parents de Frodo : S 37.
n. 2 : S 220 ; S 166 (« Vous vous êtes retrouvés, sortis de l’eau profonde »), S 198 (Merry est plongé dans la léthargie par le Souffle Noir) et S 542.
n. 3 : S 166 : « Les vêtements ne représentent qu’une petite perte, quand on échappe à la noyade ». Voir aussi S 58 : « Bilbo [...] avait sans doute chu dans un étang ou une rivière et avait trouvé une fin tragique ». Plus loin, les Marais des Morts retravaillent un lieu commun d’une manière saisissante : la beauté n’empêche pas la mort de faire son œuvre, puisque Frodo aperçoit au fond de l’eau « de fiers et beaux visages en grand nombre, avec des algues dans leur chevelure d’argent. Mais tous immondes, pourrissants, tous morts » (S 675, cf. le chapitre 2).
N 4 : S 270 ; S 1011 ; S 542.
N 5 : S 453
N 6 : S 70 ; S 241. Cf. cette précision du Silmarillion : « tous [les] serviteurs [de Morgoth, le maître de Sauron] avaient peur de l’eau » (Silm, p. 153). De même, les fleuves apparaissent ambivalents (par opposition avec les Marais des Morts par exemple) : ils semblent d’abord liés à la vie, mais il ne faut pas oublier que Sam manque de se noyer à Parth Galen (S 442), qu’Isildur est mort dans l’Anduin (S 69), là où le meurtre de Déagol se produit ensuite (S 70) - cf. P. Jourde, qui insiste sur ce double aspect dans la description de la Lorien (P. JOURDE, Géographies imaginaires, op. cit., p. 38-39).
N 7 : Cf. THOMAS, Tristan et Yseut, Le fragment inédit de Carlisle, in Tristan et Yseut, Les premières versions européennes, op. cit., p. 123-124 (v. 33-70) et Cligès, in Ch. de TROYES, Romans, op. cit., p. 306-307. Il y a bien entendu des contre-exemples (cf. S 679).
N 8 : Haldir, S 381.
N9 : « Voudrais-tu qu’elle te parle ouvertement de ta mort ? » demande-t-il à Gimli (S 544). Pour mieux comprendre le sentiment complexe que nourrit Legolas à l’égard de la mer, mélancolie proche de celle que ressentent les immortels à cause de leur condition, on pourra se reporter au Silmarillion (« Ceux qui sont touchés par [la] musique [d’Ulmo, le Valar seigneur de la mer] l’entendront toujours dans leur cœur, et la nostalgie de la mer ne les quittera jamais », Silm, p. 28)." (_Sur les Rivages de la TdM_, p. 181)
voilà, en gros, ce que je voulais dire ;-). êtes vous d'accord ?
mais on pourrait développer cette analyse
Vincent

