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Le Destin des Orcs
#48
Fëa, pluriel Fëar... Je ne saurai te le confirmer (je n'y connais rien en langues inventées). Je me posais aussi la question du féminin ou du pluriel (j'avais retenu le féminin deopuis ma lecture de l'article de Michael DEVAUX intitulé L’Ombre de la Mort.

...et c'est d'aileurs dans cette article que je m'étais fait l'idée que la Fëa des elfes disparaissait avec Arda.. cf. l'extrait ci-dessous et le passage mis en gras (pour plus de compréhension, je cite aussi les notes données par M. Devaux).

B. L’immortalité n’est pas éternelle
"L’immortalité des elfes comprise comme réincarnation, n’est pas la véritablement immortalité. L’immortalité de la réincarnation est plutôt « une longévité sérielle » (Home X, 331, Letters 284). La vie elfique est sinon vraiment immortelle du moins longue, de la longueur des réincarnations successives. Mais la longévité n’est que la contrefaçon de la véritable immortalité. Cette dernière n’est pas de ce monde[31]. L’immortalité des elfes, elle, n’est que de ce monde. Les elfes sont dits permanent, et c’est cette permanence qui explique que les hommes sont le(ur)s hôtes et les étrangers : ils ne sont pas de ce monde[32]. <Les elfes ne dureront que le temps qu’Arda durera[33]. Ils sont cantonnés à la Terre du Milieu. Arda est leur seule et unique limite. Ils sont enchaînés au temps[34]. Le paradoxe est que ces êtres immortels sont temporels. L’immortalité n’affranchit pas du temps, elle y est plutôt enchaînée. Si bien qu’il ne faut pas confondre l’immortalité et l’éternité. La lettre à C. Outbotter de Rotterdam du 10 avril 1958 parle de « l’affreux péril qu’il y a à confondre la vraie ‘immortalité’ avec la longévité sérielle sans limites »[35]. L’immortalité ne coïncide pas avec l’éternité.
L’existence des elfes est liée au temps mais on ne sait ce qu’il adviendra d’eux à la fin des Temps[36]. Malgré la réincarnation, les elfes mourront complètement. Cela n’arrivera qu’avec consommation des siècles, avec la mort d’Arda, la terre, elle-même. « Mais la fin viendra. Nous le savons tous. Et alors nous devrons mourir, nous devrons périr complètement semble-t-il, parce que nous appartenons à Arda (par le hroä et la fëa). Après cela qu’y a-t-il ? « L’aller sans retour », comme vous dites [vous les humains], « la fin complète, la perte irrémédiable » ? (…) Au-delà du jour où le vent de la mort soufflera, nous n’avons aucune certitude, aucune connaissance. Et personne ne nous a dit d’espérer »[37]."

[31] « Longevity or counterfeit ‘immortality’ (true immortality is beyond Eä) » (Letters 286)

[32] Voir par exemple pour la permanence, Home X, 226, et leur hôtellerie, Home X, 315.

[33] Voir les multiples déclarations : Home X, 212, 214, 218, 259, 331, Sil 42 = SIL 48.

[34] Voir sur cette question l’article de Kevin Aldrich, « The Sense of Time in Tolkien’s The Lord of the Rings », Mythlore, automne 1988, repris dans Joseph Pearce (éd.), Tolkien : A Celebration. Collected Writings on a Literary Legacy, London, Fount - HarperCollinsPublishers, 1999, pp. 86-101.

[35] « (…) the hideous peril of confusing true ‘immortality’ with limitless serial longevity » (Letters 267). Cf. « They are therefore ‘immortal’. Not ‘eternally’, but to endure with and within the created world, while its story lasts. When killed, by injury or destruction of their incarnate form, they do not escape from time, but remain in the world, either discarnate, or being re-born. » (Letters, n°181 à Michaël Straight de janvier/février 1956, p. 236). Cf. « (…) elvish ‘immortality’ (which is not eternal, but measured by the duration in time of Earth) » (Letters 204).

[36] « (…) Ilúvatar n’a pas dévoilé le sort qu’il réserverait aux Elfes après la fin du Monde » Sil 42 = SIL 48. Cette proposition, la dernière du paragraphe final du ch. i du Silmarillion publié par Christopher Tolkien constituait la toute fin, dès 1918-1920, de l’Ainulindalë. Voir les versions A, B et le § 40 en C, C* et D, respectivement en Home I, 60 (traduction française par Adam Tolkien, Le livre des contes perdus, Paris, Bourgois, 1995, p. 86), V, 167 et X, 21, 43 et 37.

[37] « But the end will come. That we all know. And then we must die ; we must perish utterly, it seems, for we belong to Arda (in hroä and fëa). And beyond that what ? « The going out to no return, » as you say ; « the uttermost end, the irremediable lost » ? / ‘(…) Beyond the day when he shall blow the mort, we have no certainty, no knowledge. And no one speaks us to hope’ » (Home X, 312).

En relisant aujourd'hui ce texte, je me rends compte que j'ai peut-être fait de la sur-interprétation en associant "Arda est leur seule et unique limite" avec "nous appartenons à Arda (par le hroä et la fëa)" ... en oubliant au passage "Au-delà du jour où le vent de la mort soufflera, nous n’avons aucune certitude".

Silmo

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