a) « Or, c’est à cause de la perfection du nombre six, que suivant l’Écriture, en un même jour répété six fois, en six jours, l’œuvre de la création se trouve parfaite (...) le nombre six exprime ici la perfection de l’ouvrage. Car ce nombre est le premier qui se compose de ses parties, du sixième, du tiers et de la moitié, et l’addition successive des trois premiers nombres donne pour total six. »
(Éditions du Seuil, coll. Points Sagesses, 1994, trad. fr. de Louis Moreau, revue par Jean-Claude Eslin, vol. 2, p. 50-51).
Loin d’être réservé à l’imperfection (humaine ou non), le nombre six se voit ici consacré comme perfection achevée. Il est une entité en harmonie avec ses éléments.
C’est l’occasion pour Augustin de signaler la légitimité de la signification portée par les nombres :
« D’où il suit qu’il ne faut point mépriser la raison des nombres ; raison dont les saintes Écritures, en de nombreux passages, dévoilent toute la valeur aux regards attentifs. Aussi n’est-ce pas en vain qu’il est dit à la louange de Dieu : « Tu as tout disposé selon la mesure, le nombre et le poids [Sg 11, 21] ». » (p. 51).
b) Augustin en vient alors au nombre sept, dans le § XXXI :
« Mais le septième jour, ou le même jour répété sept fois (nombre également parfait pour une autre raison), le septième jour proclame le repos de Dieu, et c’est la première fois que la sanctification est annoncée. Ainsi Dieu n’a pas voulu sanctifier ce jour par une œuvre, mais par son repos qui n’a point de soir » (p. 51-52).
La confrontation du six et du sept permet à Augustin de distinguer deux concepts de perfection : la perfection de l’acte et la perfection de la sainteté. La première se caractérise par sa finitude naturelle, tandis que la seconde est une ouverture infinie.
Augustin explique alors en quel sens le nombre sept est parfait :
« Il suffit donc d’avertir que le premier nombre tout impair est trois, et le premier tout pair, quatre ; la somme des deux forme le nombre sept. C’est pourquoi ce dernier est souvent pris pour la généralité des nombres » (p. 52).
C’est le nombre sept qui est porteur de la totalité infinie, car il contient les principes pair et impair de tout nombre :
« Et sans cesse le texte sacré prend le nombre sept pour une généralité indéfinie » (p. 52).
Augustin n’hésite pas alors à vérifier ce concept d’hepta-perfection (si je puis dire) sur un verset qui semble pourtant aller à son encontre et marquer l’imperfection :
« « Le juste tombera sept fois et se relèvera » [Pr 24, 16]. C’est-à-dire malgré toutes ses épreuves, il ne périra point ; car ces chutes ne doivent pas s’entendre du péché, mais des tribulations qui conduisent à l’humilité. » (p. 52).
Augustin opère ainsi un déplacement de l’imperfection vers la perfection de sainteté : les sept chutes, c’est-à-dire les obstacles permanents, fournissent l’occasion au juste d’exercer sa vertu d’humilité.
Le nombre sept prend un sens de sempiternité :
« Et : « Sept fois le jour je dirai tes louanges » [Ps 118, 164]. Ce qui ailleurs est exprimé ainsi : « Toujours sa louange est dans ma bouche » [Ps 33, 2]. » (p. 52).
Par conséquent, Augustin distingue l’hexa-perfection qui appartient à la nature de la créature finie et l’hepta-perfection qui relève de la sainteté (et nécessitera la grâce divine). Le six est la partie complète et le sept les parties au complet dans la totalité infinie.
Le sept, comme il a été dit plus haut dans ce fuseau, marque bien la complétude parfaite, mais ce n’est pas – en site chrétien - au détriment du six, qui possède sa propre perfection de partie.
Cela dit, je ne suis pas sûr que cela ait un sens d’appliquer cette distinction telle quelle au Légendaire, bref que le sept tolkienien soit une hepta-perfection... ;-)
C’est pourquoi je finis en plagiant honteusement Augustin :
« On pourrait s’étendre beaucoup sur la perfection du nombre sept ; mais ce [propos] est déjà long et peut-être cet étalage de mon peu de science m’accuserait de sacrifier plutôt à la vanité qu’à l’utilité »... ;-)

