14-09-2008, 18:22
Ayant moi aussi fait un peu de traduction récemment, je ne résiste pas à en partager un petit bout — et par la même occasion inviter chacun, moi le premier, à tempérer ses ardeurs sur ce sujet sensible et à revenir au texte — :
[citation=Mets et boissons des Eldar, HOME XIII, p. 114]- asta malina tiua et non hasta malina tiua. La deuxième forme, plus rare, est une déformation de la première qui signifie (lit.) « crème jaune salée ». tiua < *tiwā (*TIW- 'gros, gras, épais'), malina < *smalina (*SMAL- 'jaune'). Le mot quenya pour sel était ëarasto « poussière marine » et saler se disait (ëar)asta- mais le verbe était habituellement raccourci en asta- puisqu'il n'entrait pas en concurrence avec un homonyme. La confusion avec hasta ne pouvait être due à un simple glissement phonétique. La poussière de la mer, ainsi qu'ils l'appelaient, était connue des Kalaquendi dès le début de leur séjour en Aman. Elle ne leur était d'aucun usage dans le Royaume Bienheureux gardé pur de toute souillure [taint] : les choses ne dépérissaient point [remained unwithered] en son sein (ce n’était plus vrai lorsque Melkor vint en Aman et fit périr les Deux Arbres : et donc le corps de Finwë fut décomposé et partit en poussière [was withered and passed into dust], et les Arbres dépérirent [withered]). Mais dans leur Exil, les Ñoldor vécurent dans un monde soumis aux changements et au marrissement, et ils adaptèrent leurs coutumes (culinaires parmi d’autres) en conséquence. Les talents et les connaissances qu’ils avaient acquis auprès des Valar leur permirent de conserver naturellement presque tous leurs aliments, sans en changer le goût ou la texture. Mais pour de rares aliments, et en particulier le beurre, ils étaient obligés d’y ajouter, ainsi qu’Ossë l’avait enseigné au Falathrim, la fameuse poussière marine. Les Hauts-Elfes trouvèrent peu de plaisir dans le résultat. Mais c’était pour eux surtout une tristesse, car cette salaison (ëarasta), bien qu’étant bonne en elle-même, œuvrait à l’intérieur des limites des choses et acceptait le marrissement d’Arda, en en devenant même un signe (Ai asta malina tiua ! « Hélas, c'est un beurre salé ! » était une expression qui, par extension, en était venue à recouvrir toutes les bénédictions que les Ñoldor avaient laissées derrière eux lorsqu’ils étaient partis d’Aman). D’où, très facilement, le glissement en (h)asta malina tiua « beurre (lit. crème jaune) marri(e) ».[/citation]
Donc bon, je veux bien reconnaître qu'il m'arrive d'exagérer sur le sujet, mais ce n'est quand même pas sans rapport avec les traditions des Eldar, qui eux-mêmes, apparemment, pouvaient se laisser aller à quelques simplifications ...
Yyr
NB : on a asta dans l'Appendice D du SdA, le nom d'un mois du calendrier númenóréen (étymologie inconnue à ma connaissance), mais il peut peut-être s’agir d’un mot spécifiquement númenóréen, donc pas de concurrence avec asta- ? Sinon, pour asto « poussière » le mot est attesté ailleurs (HOME V, 349), et en HOME X, 254, on a hastaina et non hasta comme forme participale.
[citation=Mets et boissons des Eldar, HOME XIII, p. 114]- asta malina tiua et non hasta malina tiua. La deuxième forme, plus rare, est une déformation de la première qui signifie (lit.) « crème jaune salée ». tiua < *tiwā (*TIW- 'gros, gras, épais'), malina < *smalina (*SMAL- 'jaune'). Le mot quenya pour sel était ëarasto « poussière marine » et saler se disait (ëar)asta- mais le verbe était habituellement raccourci en asta- puisqu'il n'entrait pas en concurrence avec un homonyme. La confusion avec hasta ne pouvait être due à un simple glissement phonétique. La poussière de la mer, ainsi qu'ils l'appelaient, était connue des Kalaquendi dès le début de leur séjour en Aman. Elle ne leur était d'aucun usage dans le Royaume Bienheureux gardé pur de toute souillure [taint] : les choses ne dépérissaient point [remained unwithered] en son sein (ce n’était plus vrai lorsque Melkor vint en Aman et fit périr les Deux Arbres : et donc le corps de Finwë fut décomposé et partit en poussière [was withered and passed into dust], et les Arbres dépérirent [withered]). Mais dans leur Exil, les Ñoldor vécurent dans un monde soumis aux changements et au marrissement, et ils adaptèrent leurs coutumes (culinaires parmi d’autres) en conséquence. Les talents et les connaissances qu’ils avaient acquis auprès des Valar leur permirent de conserver naturellement presque tous leurs aliments, sans en changer le goût ou la texture. Mais pour de rares aliments, et en particulier le beurre, ils étaient obligés d’y ajouter, ainsi qu’Ossë l’avait enseigné au Falathrim, la fameuse poussière marine. Les Hauts-Elfes trouvèrent peu de plaisir dans le résultat. Mais c’était pour eux surtout une tristesse, car cette salaison (ëarasta), bien qu’étant bonne en elle-même, œuvrait à l’intérieur des limites des choses et acceptait le marrissement d’Arda, en en devenant même un signe (Ai asta malina tiua ! « Hélas, c'est un beurre salé ! » était une expression qui, par extension, en était venue à recouvrir toutes les bénédictions que les Ñoldor avaient laissées derrière eux lorsqu’ils étaient partis d’Aman). D’où, très facilement, le glissement en (h)asta malina tiua « beurre (lit. crème jaune) marri(e) ».[/citation]
Donc bon, je veux bien reconnaître qu'il m'arrive d'exagérer sur le sujet, mais ce n'est quand même pas sans rapport avec les traditions des Eldar, qui eux-mêmes, apparemment, pouvaient se laisser aller à quelques simplifications ...
Yyr
NB : on a asta dans l'Appendice D du SdA, le nom d'un mois du calendrier númenóréen (étymologie inconnue à ma connaissance), mais il peut peut-être s’agir d’un mot spécifiquement númenóréen, donc pas de concurrence avec asta- ? Sinon, pour asto « poussière » le mot est attesté ailleurs (HOME V, 349), et en HOME X, 254, on a hastaina et non hasta comme forme participale.

