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Du beurre salé au beurre marri : un glissement sémantique
#11
Mmmmh... le débat s'égare dans des considérations prohibo-gourmandes.
Il est temps de recadrer et seul le regard impartial d'un grand maître de l'objectivité - votre serviteur - peut se permettre de le faire à ce point de la conversation... Nous sommes dans le Légendaire, ici, pas dans l'espace libre.


Bien, sans vouloir trop barat(t)iner*, je voudrais juste revenir suur un point soulevé par maître Yyr dans sa traduction du manuscrit, à savoir que le glissement de asta vers hasta « ne pouvait être due à simple glissement phonétique » ([emphase]simple phonetic slippage[/emphase] – attention, Gurth et Elwë, slippage est un faux ami). En effet, l’état actuel de nos connaissances sur le quenya nous permet d’avancer que dans le domaine de la prononciation des mots, les Eldar avaient le souci, afin de transformer leur langue pour leur donner une consonance plus agréable, de provoquer consciemment des transformations phonétiques (HoME XI, The Grey Annals).

C’est un fait avéré par JRR Tolkien lui-même et je n’aurai pas la prétention d’y revenir, et j’entends bien que d'aucuns n’osent le faire après moi. Et touc !

Or, nous savons tous que dans le domaine de l’accentuation en quenya, les mots bisyllabiques bénéficient d’une accentuation sur la première syllabe. Ainsi sur asta, l’accent porte donc sur le premier ‘a’ avec une hausse de ton au moment de la prononciation du mot.
Cet accent, dit « majeur », associé à un accent « mineur » permet une certaine musicalité (voir Edouard Kloczko, Dictionnaire des langues Elfiques, vol I). Dans le cas de notre asta, il n’y a pas d’accent « mineur », généralement placé dans une syllabe qui précède l’accent « majeur ». Et vous conviendrez qu’aucune syllabe ne précède la ‘a’ de notre asta.

L’apparition de la lettre « h » ou du son [h] au début du mot n'occasionne aucune conséquence. En effet, comme en anglais ou en français, qu’il soit aspiré (retranscrit par le tengwar ‘halla, dans le système de Fëanor) ou bien muet, l’ « h » n’apporte aucun son. D’ailleurs, Tolkien classe lui-même la consonne « h » dans les phones hors-systèmes (Voir Kloczko, op. cit.) et ‘halla, sauf erreur de ma part, se prononce [αlα]. Il y a ainsi contradiction avec le principe de musicalité du quenya, puisque le changement n’apporte strictement rien au niveau du son.

Un glissement purement phonétique ne peut donc être envisagé, comme le souligne fort justement Yyr dans sa traduction de l’extrait de HoME XIII.
Ou alors, les conséquences en seraient surprenantes.

En effet, en prenant l’hypothèse d’un [h] aspiré, on pourrait envisager une évolution vers une fricative sourde [f] – qui expliquerait que l’on puisse écrire indifféremment fui ou hui pour reprendre un exemple qui laissa Edouard pantois (voir Kloczko, op. cit.).
Mais dans le tableau des tengwar de Fëanor, tel qu’il est décrit dans l’appendice E du Seigneur des Anneaux, la fricative [f] se trouve dans la série dite des parmatéma (soit littéralement, la « série des p » - sans double niveau de lecture, Gurth et Elwë).
Adoncques, du [h] au [p], nous nous retrouverions avec l’improbable schéma suivant :
[Ëar]asta ([sea]dust) > asta > hasta (marred) > fasta (tangled) > pasta (smooth – ou alla bolognese, selon les sources)**

Bref, sans vouloir cautionner les thèses de maître Yyr en matière de goût, je me devais en toute objectivité, d’apporter mon grain de sel à l’édifice. Et le sel, jaime***.

Néanmoins, vous l'aurez compris, ma théorie personnelle cum grano salis penche plutôt du côté de la graphie alas[se] sur le document entaché par la fort peu soigneuse miss J-aux-doigts-gras.

Cordialement,

I.

* vous noterez l’habile jeu de mot.
** vous noterez le jeu de mot encore plus habile que le précédent.
*** Haha ! trop fort, Isengar !
Note - bien qu’ayant accompagné l’écriture de ces quelques lignes d’un agréable vin de Touraine, je tiens à signaler que je ne suis point beurré.
PS : Jean-Pierre Coffe me signale par texto que le beurre doux comporte entre 82 et 84% de matière grasse, environ 16% d’eau et un peu moins de 0,5% de chlorure de sodium. Le beurre doux est donc salé ;p
Sacré Jean-Pierre...
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