Pour ma part, difficile de trouver un passage qui me plait particulièrement qui ne me plaisait pas déjà particulièrement auparavant : en plusieurs de ces passages, Daniel Lauzon, tout en restant fidèle à la VO, non seulement conserve son charme mais apporte, par petites touches, une fluidité qui pouvait manquer dans la traduction de Ledoux. Le fait de travailler sur le texte de l'édition du cinquantenaire permet aussi de corriger quelques erreurs de la première traduction et surtout de nous donner à lire pour la première fois un texte sans omissions.
Un bel exemple de ce travail se trouve dans la confrontation p. 331-332 entre Gandalf et Saruman (texte sur lequel je me suis précipité car je m'en servais récemment pour une étude à venir), texte déjà superbe dans la VO, que Ledoux avait très bien traduit dans l'ensemble et que Lauzon retraduit avec une grande élégance (*).
La trouvaille élémentaire (mais à laquelle justement il fallait penser) de «Númenor qui se meurt» suffirait à elle seule pour être reconnaissant et nous faire oublier le bien maladroit «mourant Númenor». Mais il y a aussi
- l'image des époques ( «Les Jours Anciens sont révolus. Les Jours Moyens passent. Les Jours Jeunes commencent.»),
- le choix judicieux de traduire <i>purpose</i> par «dessein» et <i>design</i> par «fin»,
- permettant à Saruman une finale terrifiante sur les fins et les moyens
- ajoutons à cela le tutoiement qui remplace le vouvoiement, justifié autant par la proximité de Saruman et de Gandalf (nature et mission communes) que par leur antagonisme
- ... et bien entendu la correction de la coquille et la traduction de l'omission qui rendent aux propos de Saruman leur pleine nature tentatrice : «Et pourquoi pas, Gandalf ? murmura-t-il.»
Un seul (petit!) regret : «les vieilles alliances et politiques» me semble trop calqué sur l'anglais <i>the old allies and policies</i>. Sur ce point, Ledoux avait ressenti le besoin de distribuer l'adjectif aux deux noms : «les anciens alliés et les anciennes politiques». Daniel Lauzon fait bien de remplacer "anciennes" par "vieilles" puisque Saruman cherche à être méprisant, mais il me semble qu'on aurait pu traduire en explicitant l'adjectif <i>old</i> sur les deux noms : «Contre lui, les vieille alliances et les politiques dépassées ne nous serviront aucunement / ne nous seront d'aucune aide.»
S.
Un bel exemple de ce travail se trouve dans la confrontation p. 331-332 entre Gandalf et Saruman (texte sur lequel je me suis précipité car je m'en servais récemment pour une étude à venir), texte déjà superbe dans la VO, que Ledoux avait très bien traduit dans l'ensemble et que Lauzon retraduit avec une grande élégance (*).
La trouvaille élémentaire (mais à laquelle justement il fallait penser) de «Númenor qui se meurt» suffirait à elle seule pour être reconnaissant et nous faire oublier le bien maladroit «mourant Númenor». Mais il y a aussi
- l'image des époques ( «Les Jours Anciens sont révolus. Les Jours Moyens passent. Les Jours Jeunes commencent.»),
- le choix judicieux de traduire <i>purpose</i> par «dessein» et <i>design</i> par «fin»,
- permettant à Saruman une finale terrifiante sur les fins et les moyens
- ajoutons à cela le tutoiement qui remplace le vouvoiement, justifié autant par la proximité de Saruman et de Gandalf (nature et mission communes) que par leur antagonisme
- ... et bien entendu la correction de la coquille et la traduction de l'omission qui rendent aux propos de Saruman leur pleine nature tentatrice : «Et pourquoi pas, Gandalf ? murmura-t-il.»
Un seul (petit!) regret : «les vieilles alliances et politiques» me semble trop calqué sur l'anglais <i>the old allies and policies</i>. Sur ce point, Ledoux avait ressenti le besoin de distribuer l'adjectif aux deux noms : «les anciens alliés et les anciennes politiques». Daniel Lauzon fait bien de remplacer "anciennes" par "vieilles" puisque Saruman cherche à être méprisant, mais il me semble qu'on aurait pu traduire en explicitant l'adjectif <i>old</i> sur les deux noms : «Contre lui, les vieille alliances et les politiques dépassées ne nous serviront aucunement / ne nous seront d'aucune aide.»
S.

