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[Le Seigneur des Anneaux - Nouvelle traduction] Morceaux choisis
#5
Je termine la lecture de la nouvelle traduction du SdA

J’ai vécu ça comme une redécouverte du roman de Tolkien, de nombreux passages obscurs apparaissent désormais dans toute leur clarté comme les poèmes ou l’ensemble du Légendaire.

De manière générale, la lecture est plus fluide, tout est compréhensible, qu’on soit un familier de l’œuvre ou non.

Une attention particulière à la restitution des dialogues. Les niveaux de langage décrivent bien les personnages, en particulier pour Sam, dont on peut voir l’évolution par ce biais-là au cours du roman (très rocailleux et primaire au début, il s’exprime avec de plus en plus de précision et de distinction)

Le Légendaire est beaucoup mieux mis en valeur et remet de plein pied le SdA dans l’ensemble de l’œuvre de Tolkien. Les erreurs et coquilles de la version de Ledoux ont enfin été corrigées et les poèmes très bien rendus. Une mention particulière pour Galadriel évoquant son souvenir des Arbres et de Valinor

Quelques noms sont très bien choisis, comme l’Arpenteur qui décrit bien mieux le personnage, ou Belspieds qui retranscrit enfin le jeu de mot du philologue (après la non traduction de Ledoux, le mauvais Fierpetons de PJ ou le désastreux Fierbras de Bakshi).


Malgré ça, à mon grand regret, je reste sur un sentiment mitigé.

Je trouve cette traduction trop technique, je trouve qu’elle manque de la poésie que faisait ressortir Ledoux

Certains termes trouvés par Ledoux collaient très bien aux passages traduits et aidaient à amplifier l’ambiance ressentie.
Les Galgals, par leur sonorité évoquent le claquement des dents. La vallée des Rigoles Sombres décrit très bien le sentiment des personnages à la sortie de la Moria : ils devraient être soulagés de ressortir de cet endroit d’effroi, être heureux de contempler le lac (les deux premiers mots sont ainsi des termes joyeux et positifs), mais c’est le dernier mot, « sombre », qui l’emporte comme leur peine après la perte de Gandalf.
L’association aussi de termes joyeux et bucoliques avec un terme belliqueux fait ressortir toute la gravité et le sentiment de gâchis et de salissement des guerres comme les champs aux iris, associé au désastre du même nom. De même le Tournesaule, associé à la peur des hobbits. Enfin, le gouffre de Helm montre bien l’ampleur de la bataille (mieux que la gorge en tout cas).
Tous les termes choisis par Daniel ne font pas ressortir tout cela.

De même, certaines traductions sont plus terre à terre et laissent moins le cours à l’imagination. Les Tertres font moins peur que les Galgals. La forêt noire, par son nom, garde un côté inquiétant mais mystérieux en même temps : avec Grand’peur, le lecteur n’a plus le choix, le sentiment à avoir c’est la peur, point barre. Les « Marais morts » n’apportent rien.

Certains termes sont trop techniciens. Je lis le SdA pour m’évader, je ne veux pas le lire avec un dictionnaire à mes côtés. L’oserondule m’évoque vaguement un panier en osier, je ne sais pas ce qu’est un champ de flambe et je n’ai pas envie de creuser davantage, Scadufax ne m’évoque rien du tout (je ne doute pas que ça veuille dire quelque chose en vieil anglais ou en saxon moyen, mais je m’en moque, le terme sonne à plat, alors que Gandalf faisait monter la tension et l'excitation du lecteur à le décrire)

Enfin, certaines traductions sont assez laides en français, là où l’ancienne traduction était plus coulée et plus poétique. L’oserondule sonne mal, Brand<U>i</U>bouc et Brand<U>i</U>vin sont difficiles à prononcer, sans parler du comté ou de brie, qui m’évoquent malheureusement en premier lieu un plateau de fromage.

Pour finir, si la traduction est beaucoup plus juste et plus près du texte original, je préfère malgré toutes ses erreurs la traduction de Ledoux pour sa poésie et sa féérie.
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