Merci à vous Daniel et Vincent. Je ne voudrais pas donner l'impression que je pinaille et sous-estime les difficultés qu'il y a à traduire l'anglais parfois archaïque dont use Tolkien dans Le Seigneur des Anneaux. Et je pense que Daniel a fait un travail colossal. Et j'admets volontiers mon peu de goût pour certaines tournures de français archaïques. Mais je voudrais revenir une dernière fois sur ce point de la "male heure" car j'ai maintenant le livre sous la main.
p. 312 de la nouvelle traduction, Elrond dit : "…J'assistai au dernier combat sur les pentes de l'Orodruin, où mourut Gil-galad et où tomba Elendil, Narsil se brisant sous lui." Narsil se brise parce qu'Elendil, en mourant, tombe sur elle. Tolkien joue sur les deux sens du verbe fall (tomber), sans archaïsme de langage. Dans la version originale, la phrase est : "I beheld the last combat on the slopes of Orodruin, where Gil-Galad died, and Elendil fell, and Narsil broke beneath him". C'est on ne peut plus clair et parfaitement traduit.
p. 317 de la nouvelle traduction, Aragorn, sur la défensive, répond à Boromir :…"Car l'Epée qui fut brisée est l'Epée d'Elendil qui se brisa sous lui à la mâle heure." Or, Aragorn reprend dans la version anglaise la formulation précédente employée par Elrond/Tolkien, soit : "For the Sword that was Broken is the Sword of Elendil that broke beneath him when he fell". La réponse d'Aragorn fait donc écho à la formule employée par Elrond 5 pages plus tôt, comme s'il voulait se mettre sous la protection du récit d'Elrond. Cette seconde utilisation de la même image de chute d'Elendil, de la même formule, produit en outre un effet poétique (la répétition produit souvent des effets poétiques - je cite souvent Claudia Chauchat toujours "aux yeux de kirghize" dans la Montagne Magique de Thomas Mann. J'aime les répétitions). Et le contexte est le même (on explique comment Narsil s'est brisée - parce qu'Elendil est tombé sur elle). Je ne comprends donc toujours pas, malgré vos explications, pourquoi le limpide, beau et simple "when he fell", traduit une première fois par "tomba" et compréhensible par tout lecteur devient soudain, lorsqu'il est réemployé par Aragorn, "à la male heure", un archaïsme dont la sonorité n'est pas forcément heureuse à "mes" oreilles, que le texte ne justifie pas me semble-t-il, que la très grande majorité des lecteurs ne comprendra pas ou comprendra mal (et de ce fait, ils ne pourront donc pas percevoir l'écho entre ce que dit Aragorn et ce qu'a dit Elrond) et qui supprime l'effet poétique recherché par l'auteur grâce à la répétition des mêmes termes. Voilà, j'ai dit ce que j'avais sur le coeur sur ce point de détail, au milieu, je le précise, d'un océan de bons choix de traduction. Promis, j'arrête maintenant d'embêter Daniel pour de bon.
p. 312 de la nouvelle traduction, Elrond dit : "…J'assistai au dernier combat sur les pentes de l'Orodruin, où mourut Gil-galad et où tomba Elendil, Narsil se brisant sous lui." Narsil se brise parce qu'Elendil, en mourant, tombe sur elle. Tolkien joue sur les deux sens du verbe fall (tomber), sans archaïsme de langage. Dans la version originale, la phrase est : "I beheld the last combat on the slopes of Orodruin, where Gil-Galad died, and Elendil fell, and Narsil broke beneath him". C'est on ne peut plus clair et parfaitement traduit.
p. 317 de la nouvelle traduction, Aragorn, sur la défensive, répond à Boromir :…"Car l'Epée qui fut brisée est l'Epée d'Elendil qui se brisa sous lui à la mâle heure." Or, Aragorn reprend dans la version anglaise la formulation précédente employée par Elrond/Tolkien, soit : "For the Sword that was Broken is the Sword of Elendil that broke beneath him when he fell". La réponse d'Aragorn fait donc écho à la formule employée par Elrond 5 pages plus tôt, comme s'il voulait se mettre sous la protection du récit d'Elrond. Cette seconde utilisation de la même image de chute d'Elendil, de la même formule, produit en outre un effet poétique (la répétition produit souvent des effets poétiques - je cite souvent Claudia Chauchat toujours "aux yeux de kirghize" dans la Montagne Magique de Thomas Mann. J'aime les répétitions). Et le contexte est le même (on explique comment Narsil s'est brisée - parce qu'Elendil est tombé sur elle). Je ne comprends donc toujours pas, malgré vos explications, pourquoi le limpide, beau et simple "when he fell", traduit une première fois par "tomba" et compréhensible par tout lecteur devient soudain, lorsqu'il est réemployé par Aragorn, "à la male heure", un archaïsme dont la sonorité n'est pas forcément heureuse à "mes" oreilles, que le texte ne justifie pas me semble-t-il, que la très grande majorité des lecteurs ne comprendra pas ou comprendra mal (et de ce fait, ils ne pourront donc pas percevoir l'écho entre ce que dit Aragorn et ce qu'a dit Elrond) et qui supprime l'effet poétique recherché par l'auteur grâce à la répétition des mêmes termes. Voilà, j'ai dit ce que j'avais sur le coeur sur ce point de détail, au milieu, je le précise, d'un océan de bons choix de traduction. Promis, j'arrête maintenant d'embêter Daniel pour de bon.

