11-01-2016, 18:55
Vinyamar Wrote:Je serai étonné que tu sois naïf au point de croire que les éditions Ch. Bourgois, malgré tout ce qu'on leur doit comme travail et comme source de plaisir, soit prêtes à investir 40 000 € dans une traduction juste pour les beaux yeux des fans de Tolkien, que ce soit pour les HoME ou pour cette nouvelle traduction.
Comme le rappelle Isengar (que tu jugeras peut-être plus raisonnable que moi), la stratégie marketing n'est pas le diable et c'est ce qui nous a permis jadis de découvrir le SdA et toute l'œuvre de Tolkien. Mais nier que l'objectif d'une maison d'édition est d'abord de gagner de l'argent ne démontre la plus grande clairvoyance. Après, vouloir gagner de l'argent n'est pas (sauf dans certaines mentalités françaises) synonyme d'ordures ou de travail bâclé. C'est tout à fait compatible avec de grandes œuvres. Mais il ne faut pas être aveugle sur les motivations de Bourgois pour financer un tel travail. Evidemment que c'est pour que ça se vende. Et jusque là rien à redire.
Je serais le dernier à dire le contraire à ce sujet, étant moi-même suffisamment critique de certaines mentalités françaises...
Vinyamar Wrote:Là où je redis, c'est dans ma supposition que, pour mieux revendre, il faille démontrer que l'ouvrage est tout à fait nouveau (la communication autour du "nouveau" fonctionne mieux qu'autour du "corrigé").
Mais Isengar semble avoir donné de meilleures explications à ce sujet.
C'est bien cette supposition que je visais. Et Isengar a effectivement rappelé quelques éléments pertinents.
Vinyamar Wrote:Non, là aussi en toute objectivité, on ne peut rien reprocher à Barbebois (sinon une allitération en B un peu enfantine), mais il est moins proche de l'original TreeBeard : "Arbre barbe" et non "bois barbe". Or c'est exactement le sens de Sylve (arbre) barbe et non de barbe bois.
manque d'objectivité ici...
Pas tout à fait d'accord : tree désigne aussi bien un arbre que, dans un sens poétique, le bois. Inversement, il semble bien que « sylve » ne désigne qu'un ensemble d'arbres, i.e. une forêt, jamais un arbre seul, fut-ce par métonymie, si je me réfère aux sens référencés par le Trésor. Le choix de Daniel n'est peut-être pas l'idéal du point de vue du sens, mais il est donc plus proche de Tolkien. Et pourtant, esthétiquement, je préfère bel et bien Sylvebarbe.
Vinyamar Wrote:Par ailleurs je perçois autant de subjectivité en face, manifestée d'ailleurs par la présentation de l'un par son prénom et l'autre par son nom (même si je connais les règle de français à cet égard, je ne pense pas que cela en soit la raison).
C'est peut-être une des sources du problème : faire des hypothèses sur ce que pourraient penser les gens, en prenant pour aune le seul élément de repère connu, donc soi-même. C'est un jeu dangereux. En l'occurrence, c'est bien dommage, car je connais les règles du français et je m'y tiens fréquemment... Il s'avère que j'ai eu l'opportunité d'échanger à quelques reprises avec Daniel, ce qui n'a évidemment pas été le cas avec feu Ledoux. Pour autant, je ne crois pas que cela entame mon objectivité : Daniel se souvient sans doute de certains termes de son choix que je n'ai pas encore digérés, malgré toute l'estime que j'ai pour ses compétences de traducteur...
Vinyamar Wrote:J'avoue parcourir tous les articles de presse ou de blog parlant de cette traduction pour en tirer le plus d'informations possible, et je ne vois rien d'autres que des louanges aveugles. J'en suis ravi pour vous, un effort aussi important mérite forcément d'être récompensé.
Alors, désolé de me montrer moi aussi « sévère », mais peut-être as-tu besoin d'un opticien, ou bien juste de faire un tour sur Tolkiendil...

Vinyamar Wrote:J'étudie (ou j'étudiais) la Bible dans de nombreuses versions et traduction, et cela ne m'a jamais choqué. Tant que le texte exprimait un message clair, compréhensible, cohérent (pour autant que le texte le soit), et respectant l'histoire du texte, tout allait très bien.
Bien sûr, on trouvait toujours des hurluberlus pour créer des traduction "chocs" capable de générer des ventes aussi volumiques que passagères (traductions parfois argotiques dans lesquelles les traducteurs parvenaient toujours à parfaitement argumenter leurs étranges décision au demeurant, ce qui ne prouve pas que savoir argumenter est signe de bonne traduction - entendre "plutôt crever" dans la bouche du Christ restant passablement difficile à faire passer pour des écrits grecs d'érudits du premier siècle).
Mais quelles que soient ces élucubrations, ces variantes, ces coups de génies ou ces erreurs monumentales (après tout, on a bien déjà comparé Saint Jérôme à Francis Ledoux sur ce même forum, vous me pardonnerez donc de comparer la nouvelle traduction du SdA aux travaux de traduction de la bible), il y avait toujours une constante entre toutes les versions : les noms des personnages.
C'est sans doute pour ça que l'Ecclésiaste est le même personnage que le Qohélet, j'imagine ? Que Jésus Ben-sirach est le Siracide ? Ou encore que Michée est aussi Micah ou Mika ? Sans parler des personnages homonymes qui se retrouvent dotés de noms différents par la magie de la traduction généralement admise. N'est-ce pas un peu déroutant de découvrir que Josué, le fils de Noun, porte en fait le même nom que Jésus, pour ne citer que ce célèbre exemple ? Je ne suis pas franchement certain que comparer la cohérence supposée des traductions bibliques avec les traductions de Tolkien tourne nécessairement à l'avantage des premières. Et même si je reconnais qu'une retraduction des noms puisse s'avérer déroutante : en tant qu'amateur d'Homère, j'ai toujours autant de mal à admettre qu'Odysseus est bien le même que le célèbre Ulysse ou qu'Akhilleus soit l'immortel Achille... Il est toujours difficile de discuter des goûts et des couleurs, surtout en matière d'onomastique.
E.

