11-01-2016, 21:27
(This post was last modified: 11-01-2016, 21:43 by Daniel Lauzon.)
Je ne vous oublie pas, pour (le/la) (s/S)oleil ; et puisque me voici dans un blitz de rédaction sur les forums, je vais tenter de vous expliquer mon raisonnement au meilleur de mes capacités, en espérant répondre ainsi à tous vos questionnements.
La question du sexe des astres, si je puis dire, a été soulevée dès la confection de la liste des « Coquilles » au tournant du millénaire, comme certains ici s’en souviendront. Un collaborateur américain, qui prenait part à l’aventure, suggérait d’écrire partout « la Soleil » et « le Lune » ; mais je m’y opposais, pensant peut-être trouver un compromis en ne retenant que les occurrences des dialogues. Même là, j’étais réticent ; et cette réflexion n’était pas aboutie de toute manière, car il est fait référence au moins une fois à la féminité du soleil, par exemple, en dehors du dialogue, par le narrateur.
J’ai dit à mon collègue américain, Specq pour ne pas le nommer : « Est-ce que toi, en lisait l’anglais, tu ressens une entorse à la langue chaque fois que Tolkien écrit, en parlant du soleil : « he shook his fist at her » ; « Sun won’t show herself today » ; ou de la Lune : « He rides swiftly in the sky » (exemples plus ou moins réels). Il m’a répondu : « Pas spécialement. » Comme on le sait, les noms en anglais non pas de genre grammatical. Ce n'est donc pas une affaire de genre ou de grammaire ; l'étrangeté vient du fait que le Soleil ou la Lune, des inanimés, se voient affublés de pronoms marqués en genre. Autrement dit, il y a personnification du nom.
Or donc, nous avons en anglais : personnification, par l’attribution d’un genre (quel qu'il soit) du soleil et de la lune ; et capitalisation du nom (emploi de la majuscule initiale : Sun, Moon). Quelque chose d'assez véniel, en somme.
En français, nous aurions, selon une ligne de pensée que Ledoux avait déjà commencé à suivre : la Soleil, elle, etc. ; le Lune, lui, etc. Exemple dans le texte : quelques passages rapprochés (tirés d’un extrait de deux ou trois pages), que le lecteur ne peut manquer d’associer et de comparer.
On voit que Tolkien écrit tantôt « the Moon, the Sun » (majuscule ; she, her), tantôt « the moon, the sun » (minuscule ; it). Si l’on s’en tenait à cela, on aurait, en l’espace de deux ou trois pages :
Que comprendre de tout ce fatras ? Que le traducteur ne savait pas sur quel pied danser ? Qu’il lui faudrait quelques leçons de grammaire élémentaire ? Avouons qu’il est choquant de lire « le Lune », même si nous sommes plutôt habitués (en tolkieniens aguerris) à « la Soleil ». Seulement, tous ne sont pas aussi aguerris que nous ; et en adhérant trop strictement à la lettre, nous sommes confrontés à des incohérences. Il y a en effet plusieurs cas de figure en anglais :
- Narrateur, genre neutre (it), minuscule.
- Narrateur, genre non neutre (he, she), majuscule.
- Narrateur, genre non spécifié (absence de pronom), majuscule ou minuscule.
- Dialogues, genre neutre (it), minuscule (presque tout le premier tome).
- Dialogues, genre non neutre (he, she), majuscule (cas plus fréquent dans le deuxième tome, mais minoritaire).
- Dialogues, genre non spécifié (absence de pronom), majuscule ou minuscule.
Qu’en conclure ? Une supposition logique serait la suivante : en présence de la majuscule initiale, il y a personnification (référence aux deux Maias, Arien et Tilion). Sans la majuscule initiale, c’est simplement l’astre du ciel qui est désigné. Faudrait-il pour autant, en français, inverser les genres chaque fois que la majuscule initiale apparaît ? Ce serait pour le moins voyant ; car ces cas sont nombreux, et dans le texte anglais, la plupart du temps, la nuance ne tient qu’à la taille d’une lettre. Il y aurait, à mon sens, déformation de l’intention de l’auteur ; j’y reviendrai.
Une telle supposition serait de toute façon erronée, car dans le premier tome, le Soleil et la Lune sont souvent ainsi orthographiés sans qu’aucune personnification ne soit vraiment suggérée. Au fur et à mesure que l’histoire se développe, et que la cosmogonie du Silmarillion est intégrée au récit (le processus s’était amorcé dans le Hobbit et s’est poursuivi au fil de l’écriture de sa suite), on sent que les intentions de Tolkien se précisent, et la majuscule devient de plus en plus « prégnante » ou « signifiante ». Mais c’est souvent une affaire d’interprétation : point de ligne de conduite claire pour le traducteur-exégète. J’ai donc choisi d’adopter les principes suivants.
En présence d’un pronom non neutre (he, she ; him, her…), l’intention est claire : il faut marquer le coup. Je me suis pourtant refusé à écrire « le Lune », qui m’apparaît inélégant. Puisqu’il y a personnification, j’ai souvent choisi l’absence d’article, ce qui donne, par exemple, dans l’un des passages cités : « Lune, s’il nous donnait assez de lumière, serait un bon allié » (notez que, pour faire passer la pilule, il y a inversion et changement de tournure ; mot à mot, on aurait eu : « Si Lune nous donnait assez de lumière, nous pourrions en faire usage »). Un peu plus loin, quand Legolas (tout Elfe qu’il soit) y va d’un « under moon or sun », cela devient en français : « de jour comme de nuit ». L’incohérence est évitée, le sens respecté, et personne n’est lésé, je crois.
Quand la majuscule initiale apparaît, sans marqueur de genre, j’emploie la majuscule à mon tour. Il y a deux ou trois exceptions à cela, relevées dans ce fuseau, où une minuscule remplace la capitale initiale. Pourquoi ? Encore une question de cohérence interne. Exemple : au début du livre IV, Frodo (cas 1) parle de « the Moon » au masculin (genre marqué, majuscule). Un peu plus loin, (cas 2) il évoque encore « the Moon » (genre non marqué, majuscule). Parce que le procédé de traduction expliqué ci-dessus (l’absence d’article) est une solution imparfaite à un problème complexe, j’ai décidé, dans le cas 2, de ne pas y avoir recours ; et comme il y avait une occurrence de « Lune - il » un peu plus haut (cas 1), j’ai jugé préférable de revenir à un emploi normal pour le cas 2 : « la lune », sans majuscule, afin d’éviter un clash « Lune - il » – « la Lune ». Chapeau, si vous me suivez encore. (Ces cas sont très rares, et je ne devrais pas m’étonner que les lecteurs de JRRVF les aient relevés, mais je m’étonne quand même… On ne peut rien vous cacher.)
Dans le Prologue apparaît le passage suivant : « [Gollum] felt a burning on the back of his head, and a dazzling light from the water pained his wet eyes. He wondered at it, for he had almost forgotten about the Sun. Then for the last time he looked up and shook his fist at her. » On m’a suggéré d’insérer ici une note du traducteur afin d’expliquer un éventuel « la Soleil » ; mais j’ai préféré m’abstenir, car ce genre d’intervention de la part du traducteur nous rappelle trop souvent que nous sommes en train de lire une œuvre de fiction, composée qui plus est dans une autre langue. Exceptionnellement, j’ai donc opté pour une traduction littérale de « he shook his fist at her » : « il brandit le poing en sa direction ». Pour le lecteur français, donc, la première occurrence de « la Soleil / elle » survient dans la chanson à l'auberge de Brie, avec la note de Tolkien : « Elves (and Hobbits) always refer to the Sun as She » (il ne précise pas pour quelle raison, et ne parle pas de genre grammatical, ce problème étant spécifique au français). Il aurait pu mettre cette note dans le Prologue (composé après le chapitre de Brie) mais ne l'a pas fait.
Voilà, je pense, tous les compromis que j’ai dû faire afin de m’extirper de cette difficulté du genre des Astres : un « her » manqué, deux ou trois majuscules supprimées ; mais beaucoup de cohérence gagnée. Je ne pense pas que Tolkien aurait voulu que nous refassions le genre du soleil ou de la lune pour les besoin de son récit, ou que nous insistions outre mesure sur cette particularité de langage. Elle n’est pas pour autant évacuée de la traduction française, mais mise de l’avant autant que faire se peut, avec mesure, dans le respect des intentions de l’auteur, sans forcer la note. Les quelques écarts que je me suis permis par rapport au texte tiennent à la difficulté du problème, plutôt qu'à une volonté de censure (loin de moi cette idée).
On peut établir un parallèle avec le parler commun des Hobbits. Dans l’Appendice F, Tolkien explique que les Hobbits avaient coutume d’utiliser, dans tous les contextes, une forme d’adresse familière (plus ou moins équivalente au tutoiement), forme que Pippin, même devant le seigneur Denethor, à son arrivée au Gondor, continuait d’employer, ce qui aurait contribué à la croyance populaire selon laquelle il aurait été un prince des Demi-Hommes. Tolkien ne va pas cependant jusqu’à mettre un thou familier dans la bouche de Pippin à cette occasion ; il le fait ailleurs, pour Éowyn à l’adresse d’Aragorn (sa déclaration d’amour), pour Denethor et la Bouche de Sauron (paroles méprisantes adressées à Gandalf). Tolkien, bien sûr, ne voulait pas que les hobbits s’expriment comme des gamins ; et le texte du Livre Rouge étant présenté comme une traduction en anglais de l’original en parler commun du Troisième Âge, cette décision de ne pas représenter le parler des hobbits dans sa forme originelle peut être interprétée comme un choix du traducteur (Tolkien en l’occurrence).
Mes choix, pour le/la Soleil, se situent également dans cette perspective. J’ai trouvé plus facile, par exemple, de faire dire « la Soleil » à un Elfe comme Legolas, pour qui le parler commun est une langue seconde, et pour qui l’histoire d’Arda n’est pas qu’un mythe à demi oublié. Il peut donc dire : « Je vais chercher la Soleil » (allusion à la figure mythologique) ; mais il ne dira pas : « La Soleil baisse, se couche, va se lever », etc. Au final, j’ai traité la question au cas par cas, selon les principes que je viens d'évoquer ; un peu comme j’ai dû décider, pour beaucoup de personnages, entre le tutoiement et le vouvoiement. J’en suis arrivé à un compromis parmi d’autres, un compromis qui peut se discuter, qui ne prétend pas à une parfaite cohérence, mais qui relève avant tout d’un choix de traduction, à envisager comme tel.
D.
La question du sexe des astres, si je puis dire, a été soulevée dès la confection de la liste des « Coquilles » au tournant du millénaire, comme certains ici s’en souviendront. Un collaborateur américain, qui prenait part à l’aventure, suggérait d’écrire partout « la Soleil » et « le Lune » ; mais je m’y opposais, pensant peut-être trouver un compromis en ne retenant que les occurrences des dialogues. Même là, j’étais réticent ; et cette réflexion n’était pas aboutie de toute manière, car il est fait référence au moins une fois à la féminité du soleil, par exemple, en dehors du dialogue, par le narrateur.
J’ai dit à mon collègue américain, Specq pour ne pas le nommer : « Est-ce que toi, en lisait l’anglais, tu ressens une entorse à la langue chaque fois que Tolkien écrit, en parlant du soleil : « he shook his fist at her » ; « Sun won’t show herself today » ; ou de la Lune : « He rides swiftly in the sky » (exemples plus ou moins réels). Il m’a répondu : « Pas spécialement. » Comme on le sait, les noms en anglais non pas de genre grammatical. Ce n'est donc pas une affaire de genre ou de grammaire ; l'étrangeté vient du fait que le Soleil ou la Lune, des inanimés, se voient affublés de pronoms marqués en genre. Autrement dit, il y a personnification du nom.
Or donc, nous avons en anglais : personnification, par l’attribution d’un genre (quel qu'il soit) du soleil et de la lune ; et capitalisation du nom (emploi de la majuscule initiale : Sun, Moon). Quelque chose d'assez véniel, en somme.
En français, nous aurions, selon une ligne de pensée que Ledoux avait déjà commencé à suivre : la Soleil, elle, etc. ; le Lune, lui, etc. Exemple dans le texte : quelques passages rapprochés (tirés d’un extrait de deux ou trois pages), que le lecteur ne peut manquer d’associer et de comparer.
Tolkien (livre III, ch. 2) Wrote:‘If the Moon gave enough light, we would use it, but alas! he sets early and is yet young and pale’ [said Aragorn]. ‘And tonight he is shrouded anyway’, Gimli murmured.
[…] ‘I fear they have passed beyond my sight from hill or plain, under moon or sun’, said Legolas.
[…] The young moon was glimmering in a misty sky, but it gave small light, and the stars were veiled.
[…] ‘I distrust even the pale Moon’, [said Aragorn].
On voit que Tolkien écrit tantôt « the Moon, the Sun » (majuscule ; she, her), tantôt « the moon, the sun » (minuscule ; it). Si l’on s’en tenait à cela, on aurait, en l’espace de deux ou trois pages :
Quote:« Le Lune, s’il donnait assez de lumière, serait un bon allié, mais hélas ! il se couche tôt, et il est encore jeune et pâle », [dit Aragorn]. « Et ce soir, il est voilé de toute façon », murmura Gimli.
[…]« Je crains qu’ils n’échappent désormais à ma vue, de la plaine ou de la colline, sous la lune ou sous le soleil », dit Legolas.
[…] La jeune lune luisait dans un ciel brumeux, mais elle n’offrait guère de lumière, et les étoiles étaient voilées.
[…] « Même le Lune pâle, je m’en méfie », [dit Aragorn].
Que comprendre de tout ce fatras ? Que le traducteur ne savait pas sur quel pied danser ? Qu’il lui faudrait quelques leçons de grammaire élémentaire ? Avouons qu’il est choquant de lire « le Lune », même si nous sommes plutôt habitués (en tolkieniens aguerris) à « la Soleil ». Seulement, tous ne sont pas aussi aguerris que nous ; et en adhérant trop strictement à la lettre, nous sommes confrontés à des incohérences. Il y a en effet plusieurs cas de figure en anglais :
- Narrateur, genre neutre (it), minuscule.
- Narrateur, genre non neutre (he, she), majuscule.
- Narrateur, genre non spécifié (absence de pronom), majuscule ou minuscule.
- Dialogues, genre neutre (it), minuscule (presque tout le premier tome).
- Dialogues, genre non neutre (he, she), majuscule (cas plus fréquent dans le deuxième tome, mais minoritaire).
- Dialogues, genre non spécifié (absence de pronom), majuscule ou minuscule.
Qu’en conclure ? Une supposition logique serait la suivante : en présence de la majuscule initiale, il y a personnification (référence aux deux Maias, Arien et Tilion). Sans la majuscule initiale, c’est simplement l’astre du ciel qui est désigné. Faudrait-il pour autant, en français, inverser les genres chaque fois que la majuscule initiale apparaît ? Ce serait pour le moins voyant ; car ces cas sont nombreux, et dans le texte anglais, la plupart du temps, la nuance ne tient qu’à la taille d’une lettre. Il y aurait, à mon sens, déformation de l’intention de l’auteur ; j’y reviendrai.
Une telle supposition serait de toute façon erronée, car dans le premier tome, le Soleil et la Lune sont souvent ainsi orthographiés sans qu’aucune personnification ne soit vraiment suggérée. Au fur et à mesure que l’histoire se développe, et que la cosmogonie du Silmarillion est intégrée au récit (le processus s’était amorcé dans le Hobbit et s’est poursuivi au fil de l’écriture de sa suite), on sent que les intentions de Tolkien se précisent, et la majuscule devient de plus en plus « prégnante » ou « signifiante ». Mais c’est souvent une affaire d’interprétation : point de ligne de conduite claire pour le traducteur-exégète. J’ai donc choisi d’adopter les principes suivants.
En présence d’un pronom non neutre (he, she ; him, her…), l’intention est claire : il faut marquer le coup. Je me suis pourtant refusé à écrire « le Lune », qui m’apparaît inélégant. Puisqu’il y a personnification, j’ai souvent choisi l’absence d’article, ce qui donne, par exemple, dans l’un des passages cités : « Lune, s’il nous donnait assez de lumière, serait un bon allié » (notez que, pour faire passer la pilule, il y a inversion et changement de tournure ; mot à mot, on aurait eu : « Si Lune nous donnait assez de lumière, nous pourrions en faire usage »). Un peu plus loin, quand Legolas (tout Elfe qu’il soit) y va d’un « under moon or sun », cela devient en français : « de jour comme de nuit ». L’incohérence est évitée, le sens respecté, et personne n’est lésé, je crois.
Quand la majuscule initiale apparaît, sans marqueur de genre, j’emploie la majuscule à mon tour. Il y a deux ou trois exceptions à cela, relevées dans ce fuseau, où une minuscule remplace la capitale initiale. Pourquoi ? Encore une question de cohérence interne. Exemple : au début du livre IV, Frodo (cas 1) parle de « the Moon » au masculin (genre marqué, majuscule). Un peu plus loin, (cas 2) il évoque encore « the Moon » (genre non marqué, majuscule). Parce que le procédé de traduction expliqué ci-dessus (l’absence d’article) est une solution imparfaite à un problème complexe, j’ai décidé, dans le cas 2, de ne pas y avoir recours ; et comme il y avait une occurrence de « Lune - il » un peu plus haut (cas 1), j’ai jugé préférable de revenir à un emploi normal pour le cas 2 : « la lune », sans majuscule, afin d’éviter un clash « Lune - il » – « la Lune ». Chapeau, si vous me suivez encore. (Ces cas sont très rares, et je ne devrais pas m’étonner que les lecteurs de JRRVF les aient relevés, mais je m’étonne quand même… On ne peut rien vous cacher.)
Dans le Prologue apparaît le passage suivant : « [Gollum] felt a burning on the back of his head, and a dazzling light from the water pained his wet eyes. He wondered at it, for he had almost forgotten about the Sun. Then for the last time he looked up and shook his fist at her. » On m’a suggéré d’insérer ici une note du traducteur afin d’expliquer un éventuel « la Soleil » ; mais j’ai préféré m’abstenir, car ce genre d’intervention de la part du traducteur nous rappelle trop souvent que nous sommes en train de lire une œuvre de fiction, composée qui plus est dans une autre langue. Exceptionnellement, j’ai donc opté pour une traduction littérale de « he shook his fist at her » : « il brandit le poing en sa direction ». Pour le lecteur français, donc, la première occurrence de « la Soleil / elle » survient dans la chanson à l'auberge de Brie, avec la note de Tolkien : « Elves (and Hobbits) always refer to the Sun as She » (il ne précise pas pour quelle raison, et ne parle pas de genre grammatical, ce problème étant spécifique au français). Il aurait pu mettre cette note dans le Prologue (composé après le chapitre de Brie) mais ne l'a pas fait.
Voilà, je pense, tous les compromis que j’ai dû faire afin de m’extirper de cette difficulté du genre des Astres : un « her » manqué, deux ou trois majuscules supprimées ; mais beaucoup de cohérence gagnée. Je ne pense pas que Tolkien aurait voulu que nous refassions le genre du soleil ou de la lune pour les besoin de son récit, ou que nous insistions outre mesure sur cette particularité de langage. Elle n’est pas pour autant évacuée de la traduction française, mais mise de l’avant autant que faire se peut, avec mesure, dans le respect des intentions de l’auteur, sans forcer la note. Les quelques écarts que je me suis permis par rapport au texte tiennent à la difficulté du problème, plutôt qu'à une volonté de censure (loin de moi cette idée).
On peut établir un parallèle avec le parler commun des Hobbits. Dans l’Appendice F, Tolkien explique que les Hobbits avaient coutume d’utiliser, dans tous les contextes, une forme d’adresse familière (plus ou moins équivalente au tutoiement), forme que Pippin, même devant le seigneur Denethor, à son arrivée au Gondor, continuait d’employer, ce qui aurait contribué à la croyance populaire selon laquelle il aurait été un prince des Demi-Hommes. Tolkien ne va pas cependant jusqu’à mettre un thou familier dans la bouche de Pippin à cette occasion ; il le fait ailleurs, pour Éowyn à l’adresse d’Aragorn (sa déclaration d’amour), pour Denethor et la Bouche de Sauron (paroles méprisantes adressées à Gandalf). Tolkien, bien sûr, ne voulait pas que les hobbits s’expriment comme des gamins ; et le texte du Livre Rouge étant présenté comme une traduction en anglais de l’original en parler commun du Troisième Âge, cette décision de ne pas représenter le parler des hobbits dans sa forme originelle peut être interprétée comme un choix du traducteur (Tolkien en l’occurrence).
Mes choix, pour le/la Soleil, se situent également dans cette perspective. J’ai trouvé plus facile, par exemple, de faire dire « la Soleil » à un Elfe comme Legolas, pour qui le parler commun est une langue seconde, et pour qui l’histoire d’Arda n’est pas qu’un mythe à demi oublié. Il peut donc dire : « Je vais chercher la Soleil » (allusion à la figure mythologique) ; mais il ne dira pas : « La Soleil baisse, se couche, va se lever », etc. Au final, j’ai traité la question au cas par cas, selon les principes que je viens d'évoquer ; un peu comme j’ai dû décider, pour beaucoup de personnages, entre le tutoiement et le vouvoiement. J’en suis arrivé à un compromis parmi d’autres, un compromis qui peut se discuter, qui ne prétend pas à une parfaite cohérence, mais qui relève avant tout d’un choix de traduction, à envisager comme tel.
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