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[Parution] Nouvelle traduction française du "Seigneur des Anneaux"
Semprini a raison. On ne saurait prédire l’avenir, mais deux traductions qui coexistent, ce n’est pas inédit (excusez le jeu de mots), ça se voit même souvent, pour les classiques. LotR vient d’avoir soixante ans. Des millions d’exemplaires vendus sur une longue période, un très vaste lectorat. Deux traductions, pour ne parler que du français. C’est le même cas de figure. Et quand l’ancienne traduction tombera dans le domaine public, il est probable qu’un éditeur va publier de nouveau cette traduction dans une édition bon marché.

Vinyamar cherche à noircir le tableau parce qu’il n’est pas content. Sa réaction est compréhensible et il n’est pas le premier. Sur la page Facebook de la nouvelle traduction, nous avons reçu ce message d’une personne qui m’avait interpellé au début pour les mêmes raisons :

Quote: J'avoue sans ambages que j'étais assez sceptique quand les premiers noms de la nouvelle traduction sont sortis, mais en étudiant de plus près les changements et en lisant et relisant les traductions de Ledoux, la version originale ainsi que la traduction allemande, je me suis rendu compte de la beauté de cette nouvelle traduction, et tout particulièrement des poèmes que je ne lisais qu'en anglais auparavant.

Je préfère m’en remettre à ce jugement qu’à celui-ci, par exemple (sur le Hobbit) :

Quote: Je suis déçue de cette traduction qui ne correspondant pas du tout à l'histoire [sic] trop de choses et d'événements ont été modifiés, les noms de certains personnages, les endroits. J'ai essayé de le lire entièrement mais je n'ai pas pu aller jusqu'à la moitié.

Ou à celui-ci (sur le Hobbit etLe Seigneur des Anneaux, en bloc) :

Quote: Immonde traduction. - On s'attendait volontiers à une révision de la traduction de Ledoux plutôt qu'à cette hérésiarque nouvelle traduction. Non seulement M. Lauzon jette la confusion parmi les lecteurs en retraduisant (de façon souvent tendancieuse d'ailleurs) des noms de personnages ou de lieux en bafouant de manière flagrante les règles de linguistique et philologiques si chères à Tolkien. [sic] Il faudrait bien quinze pages pour faire le catalogue complet de toutes les incohérences, raccourcis et appropriations que cette traduction véhicule.

Oui, vous avez bien lu. Incohérences (!), raccourcis (aux champignons ?) et appropriations. Sûrement que « Grand’Peur » est à mettre au rang des appropriations. Pour l’instant, je n’en vois pas d’autre, si quelqu’un veut bien éclairer ma lanterne.

Ce « critique » poursuit :

Quote:Peut-être fallait-il rappeler à M. Lauzon que le professeur Tolkien avait approuvé les traductions de noms propres de Francis Ledoux,

Première nouvelle.

Quote: il n'y avait donc aucune nécessité de les retraduire (qui plus est de façon inesthétique), …

Ce refrain m’est familier.

Quote: Autrement plus choquant est le véritable diktat marketing imposé par Christian Bourgois à tout ce qui touche à Tolkien dans les ouvrages sur la trilogie de Jackson ou les encyclopédies sur le monde de Tolkien, en y imposant les traductions de noms propres par leur "Sacro-Saint-Lauzon".

Maintenant, tout y est : le « marketing »…

Quote: Ayant également été témoin du fait que M. Lauzon participait de façon scandaleuse à des dédicaces de cette édition, il paraît ainsi évident que l'entreprise ici est de s'approprier, ou oserais-je dire, de "prendre en otage" une œuvre dont il est bien loin d'être l'auteur...

Appelez Mulder et Scully : apparemment, j’ai un double qui se promène en France et qui dédicace mes ouvrages !

Voilà le genre de « critiques » que ma traduction inspire. Permets que je passe mon chemin sans y porter attention. J’ai bien entendu les critiques ponctuelles (sur « Grand’Peur », « onzante », « Coureur », « l’Arpenteur », les noms des chevaux en vieil anglais) et j’en ai pris bonne note. Des avis défavorables à l’ensemble de mon travail, je n’en ai pas encore trouvé, hormis ce que je viens de reproduire. Et je tourne le dos aux critiques diffamantes, auxquelles je n’accorde aucune valeur. Je suis bien placé pour savoir qu’il s’agit là d’un tissu de mensonges.

Dans un même ordre d’idées :

Vinyamar Wrote:[Bourgois] a vu avec D. Lauzon un atout considérable et a préféré faire du neuf pour mieux vendre (et ceci n'est pas péjoratif, je suis dans les affaires, et je comprend complètement ce point de vue).

Ta rhétorique est un peu voyante. Mais tu peux le répéter cent fois, cela n’en fait pas une vérité. Vincent Ferré a longuement travaillé pour convaincre l’éditeur de faire réviser ou retraduire Le Seigneur des Anneaux. Il y a quelque chose d’agaçant à constater que, quoi qu’on fasse, il y en a toujours pour nous soupçonner de motivations bassement intéressées. Alors comme on dit, vaut mieux laisser pisser, sinon on n’éditerait plus rien.

Me citer avec des passages en gras pour déformer mes propos de manière à prouver tes dires, c’est un peu lourd aussi. Les gens savent lire. Ils n'ont pas besoin de ta grosse lorgnette.

Quote: Daniel aurait trouvé détestable de reprendre un seul mot de Ledoux, car il aurait assimilé cela à un travail improvisé, sans scrupule. Du vol. Il me semblait avoir lu sous sa plume qu'un "traducteur digne de ce nom" ne reprenait pas le travail d'un autre. (mais le message a peut-être été modifié depuis, cela ne laisse plus de traces...)

Mémoire défaillante ? Paranoïa aiguë ? Quelqu’un peut retrouver cette citation pour soulager ce doigt accusateur d’un besoin pressant ?

Ne pas se sentir autorisé à reprendre le travail d’un autre, c’est « trouver cela détestable » ? Je n’aurais pas trouvé « détestable » de poursuivre ma révision du Hobbit ou du Seigneur des Anneaux (que l’éditeur a finalement décidé de faire retraduire), ni de conserver les noms de Ledoux si on me l’avait demandé. Mais il est clair qu’être obligé de les conserver, en tout ou en partie, aurait limité la portée de ma réflexion (en plus de m’épargner bien des heures de travail). Voilà ni plus ni moins ce que j’ai dit.

Vinyamar Wrote:Daniel se défend en expliquant que chacun de ses choix est forcément mieux que celui de son prédécesseur

Des exemples, s’il te plaît, citations à l’appui. J’ai très souvent expliqué mes choix, sans pour autant me comparer à mon prédécesseur. J’ai évoqué Rôdeur et la Forêt Noire les fois où l’on m’a demandé ce qui n’allait pas avec ces noms, ou pourquoi il a fallu changer des noms qui « allaient parfaitement ». Et les rares fois où j’ai critiqué Ledoux, je l’ai fait sans jugement de valeur, objectivement, en soulevant des points de traduction, et sans prétendre que ma solution était parfaite, ou même meilleure. Bien souvent, ce sont des choses qui ne se comparent pas (Sacquet <-> Bessac).

Je réfère le plus souvent à la VO, au Guide des Noms et à l’Appendice F. Et ce, afin d’expliquer ce qui a motivé tel choix de traduction, indépendamment du choix de Ledoux. Ce que tu ne sembles pas comprendre, c’est que deux traductions peuvent coexister sans que l’existence de la seconde ne soit une condamnation ou une négation de la première. Soit, il y a maintenant « deux univers parallèles ». Je peux comprendre que cela te perturbe. Je ne peux rien y faire. C’était ça, ou en rester à la première traduction. Dans mon esprit, le jeu en valait la chandelle, amplement. J’aurais dit la même chose si la traduction avait été confiée à un autre, alors s’il te plaît, haro sur les attaques ad hominem.

Vinyamar Wrote:Ce que je constate surtout c'est que Daniel Lauzon ne tolère aucune remise en cause de son travail (si ce n'est sur des erreurs involontaires), et ne se remet jamais eu cause. Il n'a absolument aucun doute qu'il a fait ce qui était le mieux possible, et qu'aucun autre choix que les siens n'aurait pu être meilleur. Je ne vous connais pas dans le privé, mais c'est l'image publique que vous donnez (parce que votre job est de vendre votre travail peut-être ?)

Mon job ? Oui, ce doit être ça. Et chaque fois qu’un djeun dit « Bessac » au lieu de « Sacquet », Dominique Bourgois met une pièce d’or dans mon escarcelle.

Je suis désolé de n’avoir rien laissé de scandaleux sur mon passage, autre que Grand'Peur et une bonne poignée de coquilles. On n'a même pas encore pu me coller de contresens juteux. Il va falloir attendre encore pour me voir faire acte de contrition. Mais je sens qu’avec la discussion sur Brandevin, cela ne saurait tarder. Ne t’inquiète pas pour mon image publique. Elle se porte bien. C’est notre rapport sur ce forum qui est plutôt catastrophique. On se demande bien pourquoi.

Mon image publique souffre moins auprès de ceux qui s’intéressent à mon travail et qui prennent la peine d’entendre ce que j’ai à dire, et les éclaircissements que j’ai à apporter, plutôt que de me prêter des intentions toujours mauvaises, et de multiplier les insinuations à mon endroit, Vinyamar. Si tu n’étais pas un ami et un ancien du forum, il y a longtemps que le maître de céans t’aurait gentiment montré la porte pour cause de trollisme.

Au risque de me répéter… oui, je tolère mal que mon travail soit rejeté en bloc sans autre raison ou argument que « il fallait conserver les noms de Ledoux, beaux et par conséquents irréprochables, tout le reste étant à jeter aux ordures » (je paraphrase, corrige-moi si je fais erreur). Que mon travail soit remis en cause, oui. Qu’il soit remis en cause par quelqu’un qui ne m’a pas lu, eh bien non, je regrette.

Je me remets en cause quand on m’adresse des critiques raisonnées et argumentées. Je respecte aussi les jugements esthétiques des lecteurs, qui sont ma première préoccupation. Je n’ai jamais prétendu que mes noms étaient « meilleurs ». Pourquoi « Barbebois » serait-il meilleur que « Sylvebarbe » ? Pourquoi « Sacquet » serait-il meilleur que « Bessac » ? C’est un non sens. En fait, c’est toi qui nous prie de te croire sur parole : les noms de Ledoux sont meilleurs. Parce qu’ils sont beaux, et surtout, parce qu’ils étaient là avant. C’est bon, on a compris. As-tu d’autres « arguments » à faire valoir ? Celui-ci est arrivé à épuisement.

Vinyamar Wrote:On me reproche ici ou là de me plaindre, et que les nouveaux noms valent bien les anciens, et que si Daniel Lauzon les a retraduit, c'est qu'il y avait une bonne raison linguistique. Non, il y a surtout une raison légale

Ne t’en déplaise, il y a toujours une bonne raison (linguistique). Au moins une ! Il y a aussi des raisons d’ordre esthétique (non, pas nécessairement par rapport à Ledoux), et de cohérence. J’ai développé une stratégie de traduction qui, je pense, a le mérite d’être cohérente et respectueuse des intentions de l’auteur, autant que faire se peut. Les quelques centaines de noms que j’ai dû traduire entrent dans des catégories particulières (selon l’origine du nom, notamment) qui appellent un traitement spécifique. Les directives de Tolkien sont assez claires, et il suffit d’appliquer ses recommandations en les généralisant à partir des principes de base établis dans le Guide des Noms et l’Appendice F, essentiellement.

Exemple : Saruman. Nom vieil anglais, traduction du quenya Curumo, du sindarin Curunír, signifiant « homme rusé ». On peut penser que Tolkien lui a donné cette forme vieille anglaise parce que ses voisins immédiats, au Rohan, sont représentés comme des locuteurs de cette langue. Quoi qu’il en soit, ce nom ne doit pas être modifié, si l’on respecte les prescriptions du Guide. Donc, Saruman.

Qu’a fait Ledoux ? Il l’a francisé. Il est probable qu’il trouvait ce man bien trop anglais. En effet, cela détonne. Il n’a pas la même réticence pour Snowbourn, ni pour Dunharrow, mais ces noms apparaissent bien moins souvent, et n’ont pas la même importance. On est dans la gestion au cas par cas.

Saroumane au lieu de Saruman, Mazarboul au lieu de Mazarbul. Mais pourquoi Nazgûl et pas Nazgoul ? Pourquoi Khazad-dûm et pas Khazad-doum ? Pourquoi Durïn, et pas Dourïn ? Mindolluin, et pas Mïndolluïn ? La liste est sans fin.

La réponse : une stratégie de traduction incohérente qui ne respecte pas les principes de base du Guide des Noms.

À la décharge de Ledoux, il avait pour mandat de présenter un livre inconnu à un lectorat que l'on croyait inexistant. Au 21e siècle, j'ai davantage de latitude pour opérer mes choix. D'où l'utilité d'une retraduction.

Conserver l’orthographe des noms en langue étrangère, bien évidemment, pose des difficultés de prononciation au lecteur français. Il est illusoire de penser que « Saruman » sera automatiquement compris comme un nom vieil anglais, qu’il faut prononcer /sarou-mane/. Mais Tolkien a fourni en appendice un guide de la prononciation des noms pour les lecteurs anglophones, qu’il s’agit d’adapter au lectorat français. (Sinon, quelle utilité ?) J’ai déjà fourni, de mon côté, une aide à la prononciation en frontispice de ma traduction du Hobbit, dérivée des guides de prononciation du Silmarillion et du Seigneur des Anneaux.

Voilà une approche bien plus raisonnable que le capharnaüm de Ledoux. Et voilà qui entraîne déjà bon nombre de changements. Je ne me suis pas arrêté en chemin. J’ai appliqué à la lettre un certain nombre de principes clairs. Or donc, si tu t’interroges sur un nom en particulier, tu risques fort de recevoir une réponse. Ce n’est pas « refuser de se mettre en cause ». C’est accepter de participer à un débat public sur un travail personnel. Exercice périlleux, il faut croire.

Si j'étais aussi intransigeant que tu le prétends, je pourrais dire, comme le faisaient naguère sur ce forum les doyens de facultés autoproclamées : « Silence, les gens, pas de questions impertinentes ; laissez-moi faire, et ne rouspétez pas, car moi, je sais, et vous, vous ne savez point. »

***

Les contraintes légales sont venues s’ajouter à ces données fondamentales. Et qui nous dit que les contraintes légales ont primé sur les autres considérations ? Vinyamar. Encore une fois, il faudrait te croire sur parole.

Ledoux n’a pas occupé tout l’espace de traduction concevable et imaginable ; il reste amplement de marge de manœuvre pour que l’on puisse retraduire ce texte sans se sentir étouffé par « l’ombre de Ledoux ».

Mais entrons dans le vif du sujet : c’est là que cela se joue. Tout le reste, ce sont des paroles en l’air.

Elendil Wrote:le brandywine (dont brandy est une abréviation) est un « vin brûlé », donc un alcool distillé à partir de vin. Or justement, ce terme possède un équivalent français exact qui est brandevin, nom attesté depuis le XVIIe siècle,

J’ignorais que ce mot était attesté en français. Si je l’avais su, ou si quelqu’un (Elendil, par exemple !) m’avait signalé l’existence de ce terme avant la publication, j’aurais adopté Brandevin sans aucune hésitation. Dans le Guide des Noms, Tolkien propose Branntwein pour l’allemand et Brantwijn pour le néerlandais. La notice du TLFi confirme que le français brandevin est apparenté à ces deux termes. Ledoux a donc fait le bon choix. Ces noms apparaissent trop fréquemment pour être modifiés sans bouleverser la mise en page de l’édition actuelle, mais je vais m’informer pour voir s’il est possible de les faire modifier ultérieurement. Malheureusement, j'en doute, et je devrai supporter le poids de l'erreur sur ce coup.

Sans savoir que le terme était déjà attesté, j’ai envisagé la question (à tort) comme un choix de francisation : le Branntwein avancé par Tolkien suggérait une francisation en « Brandevin », et « Brandebouc » pour le patronyme, plus sourd et germanisant que « Brandibouc », et parfaitement français pour cette même raison. Ayant déjà choisi « castel » pour traduire Brandy Hall, j’ai suivi le filon méridional pour accoucher d’un « Brandibouc » qui me semblait d’ailleurs assez adapté aux prénoms colorés et distinctifs que portent les représentants de cette famille (voir les généalogies). « Brandibouc » est aussi plus proche de l’anglais.

Poursuivons avec la liste de Vinyamar. Il manque une chose à cette liste : la VO…

Quote:Chèvre-feuille --> Chèvrefeuille

Suis-je coupable d’avoir enlevé un trait d’union, ou d’avoir fait essentiellement le même choix que Ledoux ? Je ne sais plus. Un nom de famille non composé ne prend pas de trait d’union.

Quote:Demi-Elfe --> Semi-Elfe

Ledoux écrivait « Demi-Elfe » ? Sans avoir vérifié, je suis à peu près sûr du contraire. Peut-être écrivait-il les deux. Il n’était pas toujours cohérent, je ne t’apprends rien. Druss a déjà expliqué les raisons de mon choix.

Quote:Suderons --> Sudrons

Deux francisations assez directes de Southron, terme sans équivalent en français à ma connaissance. Ledoux a cru bon d’ajouter un e muet pour donner à ce mot une physionomie plus française, sans doute. Cet ajout risque surtout d’entraîner une prononciation défectueuse (/su-de-ron/ au lieu de /sud-ron/). Même remarque pour « Gamegie ».

Quote:Soucolline --> Souscolline

Underhill. C’est Gandalf qui semble donner cet alias à Frodo, mais le nom apparaît déjà à la fin du Hobbit où il semble être une sorte de lieu-dit : « M. Bilbo Bessac, de Cul-de-Sac, Souscolline, à Hobbiteville. » (Ledoux : « De Bag End, Sous La Colline, à Hobbitville ».)

Dans la toponymie du Comté, ce lieu-dit « Underhill » est à rapprocher du nom de localité « Overhill », situé juste au nord de la Colline de Cul-de-Sac.

J’ai donc proposé « Souscolline » et « Suscolline ». Enlever le s muet aurait gommé ce rapport et l’étymologie ; mais il y a effectivement risque de prononciation défectueuse dans le cas de « Suscolline ».

Tolkien : Underhill / Overhill
Ledoux : Sous La Colline, Soucolline / Par-delà-la-Colline
Lauzon : Souscolline, Suscolline.

Quote:Touque --> Touc

Tolkien : Took / Tuckborough
Ledoux : Took, Touque / Bourg-de-Touque
Lauzon : Touc / Tocquebourg

Cette orthographe préserve le rapport étymologique et la physionomie des noms, en plus de donner un nom très français pour « Tuckborough ».

Quote:Bolger --> Bolgeurre, Bophin --> Boffine

D’un point de vue interniste, noms hobbitiques anglicisés par Tolkien. Tous ces noms sont traités de la même manière (cela inclut Took) : francisation de l’orthographe pour éviter, dans la mesure du possible, une prononciation défectueuse.

Tolkien : /bof-fine/, /bol-djeur/
Ledoux : /bo-fin/, /bol-gé/
Lauzon : /bof-fine/, /bol-geur/

Quote:Béornides --> Béorniens

Tolkien : Beornings, Bardings
Ledoux : Béornides, Bardides
Lauzon : Béorniens, Bardiens

Ledoux choisit un suffixe patronymique issu du grec ancien pour traduire un suffixe vieil anglais. J’avais conservé le suffixe vieil anglais, mais on m’a conseillé d’employer un suffixe français, probablement à raison. « Bardides » ne me paraît pas particulièrement esthétique, mais on ne peut rien reprocher à Ledoux là-dessus : le suffixe choisi est tout à fait adapté.

Quote:Samsagace Gamegie --> Samsaget Gamgie

Ce nom intraduisible se décompose ainsi : vieil anglais sam « moitié » + wís « sage, sagace, futé ». Tolkien traduit cela par half-wit, « benêt ». On ne songerait pas à modifier le diminutif « Sam » pour trouver un nom qui rendrait cela correctement ; les deux traductions existantes conservent donc « Sam » ; Ledoux choisit « sagace », et Lauzon traduit littéralement wise par « sage » en ajoutant un suffixe diminutif pour la raison que je viens d’expliquer. Lequel est le meilleur ? Ce n'est pas écrit dans le manuel.

Quote:Piedardent --> Pied-de-Feu

Le nom anglais est Firefoot. Le « d » étymologique devant la voyelle « a » est pour le moins maladroit chez Ledoux.

Je traduis les noms des chevaux du Rohan en donnant un équivalent vieil anglais, comme l’a proposé Tolkien pour Shadowfax. En réponse à la remarque d’un lecteur de La Fraternité de l’Anneau, je donne aussi, dans Les Deux Tours, un équivalent français que j’insère dans les dialogues à la première mention du nom vieil anglais, ce qui permet de satisfaire à la fois les recommandations du Guide et les besoins du lecteur.

Quote:Seigneur Ténébreux --> Seigneur Sombre

Plusieurs raisons à ce choix, outre celles de faire différent, vendre des livres, et me glorifier.

La principale : Dark Lord, Dark Tower, Dark Power, que j’ai voulu rendre par une même épithète. Soit : Seigneur Sombre, Tour Sombre, Pouvoir Sombre.

Ensuite, Seigneur Ténébreux, quoi de plus naturel ? Quoi de plus français ? C’est long, grave, un poil pesant ; Dark Lord, c’est la nudité, le vide. Seigneur Sombre n’est certes pas un choix de traduction évident (i.e. naturel), mais je l’ai osé, pour plus de brièveté et de cohérence. J’ai hésité. Ce nom me frappe par son dépouillement (peut-être à cause de l’adjectif postposé), et cela me paraît convenir. (Jugement subjectif qui ne revient pas à dire que « je suis le meilleur ».)

Dans le poème des Anneaux, Ledoux emploie plutôt « Seigneur des Ténèbres ».

Quote:Tous les noms des poneys

Bâtir des vers réguliers et rimés n’est pas un exercice inutile. Je pouvais le faire, tout en traduisant fidèlement les noms des poneys. Mise en contexte (et comparaison avec Ledoux, puisqu’il le faut) :

Tolkien :
Hey! now! Come hoy now! Whither do you wander?
Up, down, near or far, here, there or yonder?
Sharp-ears, Wise-nose, Swish-tail and Bumpkin,
White-socks my little lad, and old Fatty Lumpkin!


Ledoux :
Ohé ! voyons ! Venez, voyons. Holà ! Où vaquez-vous ?
En haut, en bas, près ou loin, ici, là ou là-bas ?
Ouïe fine, Bon nez, Queue vive et Godichon,
Paturons blancs, mon petit gars, et toi, mon vieux Gros Balourd !


Lauzon :
Hé ! là ! Venez, ohé ! Où vaguez- vous, mes gars ?
En haut, en bas, par-ci, par-là ou par là-bas ?
Vive-oreille, Nez-fin, Queue-fouailleuse et Pécot,
Bas-blancs, mon tout petit, et le vieux Gros Nigaud !
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