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Errance
#1
Quoique Moraldandil y fasse allusion dans le fuseau sur sa traduction du chant d'Eärendil, je ne crois pas qu'ait déjà été proposée une traduction versifiée du poème Errantry tel qu'il est paru dans les Aventures de Tom Bombadil. La description que donne Moraldandil pour le « chant d'Eärendil » peut être reprise quasiment telle quelle pour ce poème (qui lui est d'ailleurs étroitement apparenté ; voir à ce propos TI, p. 81-102). Errantry est sans doute un des poèmes les plus difficiles à traduire de tout le Légendaire, notamment à cause de son schéma de rimes batelées où les vers pairs riment entre eux et où la finale des vers impairs est reprise par une rime (parfois approximative) au milieu du vers qui suit. Sans parler des assonances et des allitérations qui prolifèrent dans tout le poème.

Voici un essai pour rendre les trois premières strophes du poème, en s'efforçant d'en respecter autant que faire se peut la métrique et le sens :

[colonne][gauche=J.R.R. Tolkien, ATB, Errance, str. 1-3]Errantry

There was a merry passenger,
a messenger, a mariner:
he built a gilded gondola
to wander in, and had in her
a load of yellow oranges
and porridge for his provender;
he perfumed her with marjoram
and cardamom and lavender.

He called the winds of argosies
with cargoes in to carry him
across the rivers seventeen
that lay between to tarry him.
He landed all in loneliness
where stonily the pebbles on
the running river Derrilyn
goes merrily for ever on.
He journeyed then through meadow-lands
to Shadow-land that dreary lay,
and under hill and over hill
went roving still a weary way.

He sat and sang a melody,
his errantry a-tarrying;
he begged a pretty butterfly
that fluttered by to marry him.
She scorned him and she scoffed at him,
she laughed at him unpitying;
so long he studied wizardry
and sigaldry and smithying.[/gauche][droite=traduction personnelle]Errance

C'était un joyeux passager,
un messager, un nautonier :
il fit une gondole d'or
pour musarder ; dans un casier
il entassa beaucoup d'oranges,
bouillie d'orge pour sa provende ;
avec parfum de cinnamome,
de cardamome et de lavande.

Il appela les alizés
pour transporter ses marchandises
par-delà les dix-sept rivières
qui freinèrent son entreprise.
Il arriva dans le désert
où la rivière Derrilyn
faisait se choquer ses galets
et s'écoulait d'humeur mutine.
Par les marais avec encombre
vers Terre d'Ombre il avança,
et sous les monts et sur les digues,
avec fatigue il progressa.

Il fredonna une romance,
dans son errance lambinant,
voulu épouser papillon
en cotillon batifolant.
Lui adressant des moqueries,
elle rit sans compassion ;
aussi il apprit sortilèges,
forgeage et incantations.[/droite][/colonne]

N.B. : Je ne compte pas m'arrêter là, mais la suite n'est pas tout à fait prête encore.

E.
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