![[Image: 1766008876_thomas_moran_-_the_lotus_eate...of_art.jpg]](https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1766008876_thomas_moran_-_the_lotus_eaters_-_1895_-_portland_museum_of_art.jpg)
[small]Thomas Moran (1837-1926), Les Lotophages (The Lotus Eaters), 1895.
Huile sur toile, env. 86 x 120 cm.
Portland (Maine), Portland Museum of Art.[/small]
Précisons au cas où que les “[emphase]lotus-isles[/emphase]” dont parle Tolkien, comme évidemment le “[emphase]Circe-kiss[/emphase]”, sont une référence homérique à l'île des Lotophages [small](thème qui inspira par exemple le peintre paysagiste américain Thomas Moran, d'où l'illustration ci-dessus)[/small] ici appliquée au paradigme matérialiste, et que du reste Hammond et Scull signalent cela dans leur commentaire du poème(*) même si je n'ai pas eu besoin d'eux pour reconnaître ces allusions à l'Odyssée. Celles-ci sont intéressantes en ce qu'elles illustrent bien l'usage que pouvait faire Tolkien des mythes pré-chrétiens et en ce qu'elles témoignent, entre autres, d'une influence de l'hellénisme sur lui qu'il semblera regretter plus tard (cf. la Lettre 254a, longuement évoquée ailleurs), quoique la poésie homérique ait pu peut-être conserver un statut spécial pour lui.
(*) : [small]Cf. Christina Scull et Wayne G. Hammond (éd.), The Collected Poems of J.R.R. Tolkien, volume 3 (1931-1967), HarperCollinsPublishers, 2024, p. 1036-1048.[/small]
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Yyr Wrote:Ici [Mythopoeia, §10] le cœur du cœur de Tolkien : le courage et l'espérance face à la défaite inéluctable et la Mort comme ennemi ultime et invincible (d'où la fuite dans les îles-de-lotus), et face à laquelle pourtant le poète ose accorder sa lyre à la victoire (laquelle ?).
Je me souviens de la première fois où j'ai lu Mythopoeia, d'abord séduit notamment par la formule [emphase]“Blessed are the legend-makers...”[/emphase], puis rapidement déçu par la dimension inévitablement sotériologique de la pensée subcréatrice tolkienienne. Pour Tolkien, ne semble donc exister qu'un seul courage qui serait digne d'intérêt et porteur de sens : le courage chrétien ayant pour horizon la résurrection, la victoire sur la Mort, la vie éternelle. Toute forme d'acceptation de la finitude et de la mort, chez Lucrèce, chez Spinoza, chez Nietzsche, chez Albert Camus, ne saurait donc avoir de valeur à ses yeux, puisque l'acceptation est sans doute pour lui forcément inférieure ontologiquement et moralement à l'espérance chrétienne. C'est triste, de mon point de vue, d'autant plus si un tel paradigme s'applique entre autres à la créativité, ici en particulier à la mythographie (qui ne devrait pas être « humainement » opposée à la science, laquelle n'est pas le scientisme). Pour être créatif, a fortiori dans le monde comme il va, il faut assurément du courage, mais pourquoi ne devrait-on identifier qu'une seule forme de courage, en l'occurrence un courage jugé soutenable parce que fondé sur l'espérance chrétienne ? Un courage absolu, sans assurance métaphysique, conscient de la finitude, de la possibilité qu'il n'y ait au bout que le néant et malgré cela amenant à créer de l'art et du sens (possible victoire en soi), n'est-ce pas là aussi un vrai courage, qui n'est pas moins grand ou moins noble que celui dont parle Tolkien ? Seul un tenant de l'apologétique chrétienne, toujours soucieux d'universaliser sa solution, a véritablement intérêt à hiérarchiser ces deux formes de courage. Le sceptique, lui, pourra renvoyer notamment, quitte à citer la Bible, au courage de l'Ecclésiaste, lequel – n'en déplaise à Jacques Ellul (qui par ailleurs avait de l'estime pour Camus) – n'a pas forcément besoin d'une interprétation chrétienne pour être compris et admiré comme sagesse (influencée par la pensée grecque) face à la finitude.
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Yyr Wrote:Pour [emphase]« bâtisseurs de légendes »[/emphase] versus [emphase]« faiseurs de légendes »[/emphase] pas d'avis tranché, les deux me conviennent bien.
Outre la correspondance avec les [emphase]« fils de Noé qui construisent »[/emphase] dont j'ai parlé précédemment, [emphase]« bâtisseurs »[/emphase] me parait en outre avoir, peut-être, aussi l'avantage d'éviter une certaine polysémie de [emphase]« faiseurs »[/emphase] comportant une possible signification péjorative.
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Yyr Wrote:Il faudra que je pense à numéroter les vers ...
[small]Ah oui, ce serait très utile. :-)[/small]
Yyr Wrote:Il y en a qui ne dorment donc jamais ...
[small]Ce qui est assez infernal à mes yeux, je te l'avoue, c'est l'impression d'être dans l'impossibilité de faire vraiment « quelque-chose » sans devoir sacrifier du nécessaire temps de repos... En ces lieux, me concernant, pour un message finalement posté à un moment, ce seront d'autres messages (pourtant prévus, parfois depuis très longtemps !) qui ne pourront pas l'être aussi à ce moment-là, à moins de passer une nuit blanche, ce qui est un luxe que je ne peux plus me permettre sans risquer une trop grande fatigue, je m'en rends bien compte, tout oiseau de nuit que je puisse avoir tendance à être par ailleurs... ^^'[/small]
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Bonne nuit à toutes et à tous.
Amicalement,
B.


