Yyr Wrote:Admettons que j'ai tapé fort sur la table.
Admets toi aussi, Benjamin, que tu n'es pas seul à pouvoir être fatigué et à avoir des hauts et des bas.
Je m'efforce d'éviter de me plaindre, Jérôme, et suis bien conscient que les non-dits d'autrui ne sont pas forcément un signe de bonne humeur ou de bonne forme. Comme l'a rappelé sagement Cédric, [emphase]« au travers de messages saisis d'un bout à l'autre des claviers, il est difficile de mesurer comment notre correspondant se porte et pourrait interpréter ces [...] mots. »[/emphase]
[small]Si, parmi vous tous, certains traversent aussi une mauvaise passe, prenez soin de vous autant que possible, surtout si vous avez des responsabilités qui dépassent votre sort : on ne s'occupe pas bien des autres en ne s'occupant pas, d'abord, bien de soi...[/small]
Bien entendu, je n'ai voulu blesser personne, et pour ma part, je ne veux plus des prises de tête du passé, avec les jugements plus ou moins condescendants qui allaient trop souvent avec. J'en ai vraiment assez d'avoir à me méfier d'éventuelles réactions désagréables : il y a les rézosocios pour ça. Tu as évoqué ailleurs, cher Jérôme, il y a deux mois, un [emphase]« échange entre nous tous d'un meilleur ton qu'autrefois »[/emphase] : souhaitons donc tous que ce ton reste d'actualité. Sinon, à quoi bon continuer à essayer de partager ?
Elendil Wrote:Sur le fond, la réponse que Tolkien propose est certainement simple (trop simple, peut-être, pour certains), mais il est certain que l'argumentaire qu'il déploie est à la fois subtil et original, ce qui ne facilite pas sa traduction.
En fait de simplicité, la religion est soumise au principe de parcimonie : peu d'hypothèses pour expliquer (et justifier) beaucoup de choses. C'est évidemment le manque de subtilité (à mes yeux) du sens du propos de Tolkien que j'ai voulu rappeler (même si un tel constat peut être désagréable à certains, au-delà même de la façon de l'exprimer), la sophistication de l'argumentaire étant à mon sens une autre question, plus formelle, d'où sans doute des difficultés en matière de traduction. Mais que l'on ne parte pas (ou plus) du principe que Tolkien serait un génie littéraire catholique incompris... Son horizon était clair, et largement compatible avec cette note de Joseph de Maistre que j'ai déjà citée ailleurs en ces lieux : [emphase]« Tout se ramène au grand axiome : catholique ou rien »[/emphase].
Il y a d'ailleurs du Maistre chez Tolkien jusque dans la forme, ici de Mythopoeia, puisque tous deux sont prêts à faire usage des moyens d'expression de « l'ennemi moderne » pour prétendre triompher de lui.
Même s'il n'y est pas directement question de poésie, mais cependant toujours de création littéraire en lien avec telle ou telle croyance, je repense tout-à-coup à un propos de George Orwell, sur lequel je suis tombé tout récemment : [emphase]“The novel is a Protestant art form, requiring the free play of mind. There are few Catholic novelists who are any good, and most of them are bad Catholics”[/emphase] ([emphase]« Le roman est une forme d'art protestante, qui exige la liberté de l'esprit. Il y a peu de romanciers catholiques de qualité, et la plupart sont de mauvais catholiques. »[/emphase]). Je pense aussi, dans la foulée, à François Mauriac qui écrivait que [emphase]« le romancier est, de tous les hommes, celui qui ressemble le plus à Dieu : il est le singe de Dieu »[/emphase], ce à quoi Jean-Paul Sartre, de culture à la fois protestante et catholique, répliqua, en critiquant formellement le catholicisme de Mauriac, avec sans doute un regard protestant en faveur du sujet, de l'individu : [emphase]« Monsieur Mauriac [...] a choisi la toute-connaissance et la toute-puissance divines. Mais un roman est écrit par un homme pour des hommes. Dieu n'est pas un artiste, M. Mauriac non plus. »[/emphase] Ces citations livrées ici en vrac valent ce qu'elles valent, même si la mention méliorative d'un [emphase]« singe de Dieu »[/emphase] par Mauriac peut d'ors et déjà interpeller en la comparant à la mention péjorative de [emphase]« singes progressistes »[/emphase] ([emphase]“progressive apes”[/emphase]) condamnés par Tolkien dans Mythopoeia. Si quelqu'un a déjà travaillé là-dessus en lien avec Tolkien et C. S. Lewis, tant mieux. Sinon, cela resterait sans doute à faire.
Peace and Love,
B.

