Yyr Wrote:Pour la citation de Gourmont, oui, la reconnaissance ou la récusation de la finalité constitue la pierre d'achoppement depuis toujours (**).
(**) Pour autant, il me paraît (vu d'ici, sur cette courte citation) moins rigoureux que Nietzsche et ce dernier lui reprocherait probablement de parler quand même de but et de causes.
Peut-être. Il faudrait que je relise Physique de l'Amour, dont la première lecture il y a quelques années — de même que celles conjointes de son roman Un cœur virginal (1907) et de sa fable mythologique Lettres d'un satyre (1913) — me fut plaisante, même si je ne suis pas toujours d'accord avec lui (outre sa curiosité intellectuelle et son humour, Gourmont écrit très bien). En tout cas, à l'époque où il écrivit cet ouvrage, paru en 1903, Gourmont était familier de l'œuvre de Nietzsche (mentionnée régulièrement dans ses divers écrits au moins à partir de 1894 et jusqu'à sa mort) : peu de temps après, en 1904, il consacrera notamment à l'auteur d'Humain, trop humain un court texte intitulé « Nietzsche et l'amour » (in Promenades littéraires, vol. 1), après lui avoir déjà consacré un autre texte bref en 1902, intitulé « Nietzsche sur la montagne » (in Promenades philosophiques, vol. 1). Admiratif quoique sans être complaisant, lucide surtout, Gourmont écrira encore, dans « Des pas sur le sable... » (in Promenades philosophiques, vol. 3, 1908) : [emphase]« Nietzsche nous éclipse tous, nous qui avons voulu penser d'après nous-mêmes, avec ingéniosité et avec contradiction. Il a pensé plus fort ; il était d'une nature plus opulente. »[/emphase]
Yyr Wrote:Pour Nietzsche, il n'y a qu'une alternative et cela me paraît juste (cf. Le Gai Savoir, §109) :
- ou bien le Monde est un Chaos, pure nécessité, sans la moindre finalité ni autre espèce de cause, existant de toujours à toujours dans un éternel retour ;
- ou bien Dieu existe, et avec lui la finalité, et les autres causes.
La plupart des athées ré-introduisent la finalité d'une façon ou d'une autre : ils vivent avec les Ombres de Dieu, dirait Nietzsche.
Peut-être. Je ne crois pas, pour ma part, qu'il y ait un choix binaire à faire entre Chaos et Dieu : cela me semble être avant tout quelque-chose qui arrange le monothéiste anti-athée ou l'athée anti-monothéiste (tous les deux souvent très ennuyeux avec leurs obsessions). Le choix entre finalité et absence de finalité, sans « étiquettes » ou écuries idéologiques et religieuses, est déjà plus ouvert, mais sans doute encore trop « satisfaisant ». Peut-être y a-t-il des causes finales. Peut-être n'y en a-t-il pas. Peut-être y a-t-il un « mélange des deux » que nous ne comprenons pas, voire que nous ne pouvons comprendre. C'est à cette aune, que la recherche de la vérité (la Vérité ?) se poursuit. Que chacun fasse « comme si » selon ce qui lui parait faire sens, mais autant que possible avec mesure, en être humain par nature curieux et sociable, ce qui suppose notamment de ne pas vouloir écraser la pensée des autres avec ses propres convictions. Voila où j'en suis pour ma part...
Yyr Wrote:Un petit bout de la suite, la première partie de la seconde strophe.
Cela me parait bien dans l'ensemble. :-)
Pour ce qui est des 8e et 9e vers, une suggestion :
[emphase]telles sinistres ou délicates, telles belles ou étranges,
chacune en propre, sauf comme parenté[/emphase]
(NB : je n'ai pas de traduction précédemment publiée sous la main à l'heure où j'écris, et n'en ai pas lu depuis longtemps. Mais peut-être aura-t-on déjà pensé à ce que je suggère)
Yyr Wrote:Et la deuxième partie de la strophe :
[...]
[emphase]les arbres sylvestres,
la terre tellurienne, et les étoiles stellées[/emphase]
J'avoue que je ne vois pas trop l'intérêt, même esthétique, de ces redondances... mais c'est la faute de Tolkien. ;-)
Ceci dit, c'est peut-être une manière d'exprimer, en quelque sorte, la matérialisation des choses...
Yyr Wrote:Il est à noter que le slime non seulement n'est pas vraiment traduisible mais encore peut désigner, outre toute substance visqueuse et baveuse (sens littéral) ... la matière du corps humain (sens figuré) ! Ce que je viens d'apprendre en consultant mon shorter OED. On annonce ici l'évolutionnisme pour lequel l'homme ne s'explique que par la seule émergence matérielle. Avec un écho direct à Nietzsche : [emphase]« Vous avez tracé le chemin du ver jusqu'à l’homme et il vous est resté beaucoup du ver. »[/emphase] (Ainsi parlait Zarathoustra, prologue, trad. Henri Albert) Du coup, je m'aide de ce dernier pour ma traduction ;).
Intéressant. ;-)
Amicalement,
B.

