À Yyr, ISENGAR Wrote:Excellent ton dessin. Je suggère comme titre, "la trisecture du cercle" :D
Yyr Wrote:C'est tout à fait cela ;)
& Merci pour ton plaisir
— j'espère qu'il est partagé, car c'est le but de ce dessin.
Merci pour ce dessin, amusant et très bien fait, Jérôme.
Je me permets juste de noter son caractère intempestif ou inactuel, pour reprendre un terme nietzschéen plus ou moins bien traduit, dans la mesure où... les tenues sont à mes yeux estivales. ;-)
À cette époque-ci de l'année, mes chemises ont des manches longues, et à vrai dire, pour éviter de prendre froid en limitant mon chauffage à 19°C, je porte régulièrement le soir, à la maison, une sorte de bonnet d'intérieur comme on le faisait autrefois, à l'image du modèle de ce portrait de l'école anglaise du XVIIIe siècle (exemple pris au hasard, bien entendu) :
![[Image: 1765493302_allan_ramsay_-_portrait_david...otland.jpg]](https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1765493302_allan_ramsay_-_portrait_david_hume_-_1754_-_national_galleries_of_scotland.jpg)
[small]Allan Ramsay (1713-1784).
Portrait de David Hume (1711-1776), historien et philosophe, 1754.
Huile sur toile, 76,2 x 63,5 cm.
Édimbourg, Galeries nationales d'Écosse, Scottish National Portrait Gallery.[/small]
Précisons que mon bonnet n'est pas rose comme celui de Hume, mais noir et épousant davantage la forme de mon crâne. ^^'
Sur le fond, s'agissant du jus de betterave, attention Jérôme : tu risques de donner des idées aux transhumanistes ! ;-)
[séparation]
Yyr Wrote:Mais Tolkien va plus loin encore : notre sensibilité comprend l'imagination, donc notre sensibilité en acte convoque inévitablement notre imagination (à différents degrés selon les uns et les autres, c'est entendu), et notre imagination ne peut pas ne pas fonctionner humainement c'est-à-dire, comparativement avec l'animal, adossée à notre raison : l'homme, nécessairement (à différents degrés toujours : n'est pas Hugo ou Tolkien qui veut !), est poète, il œuvre avec son imagination : c'est la fantaisie.
Et j'ai oublié ce par quoi je voulais terminer mais ce n'est pas bien grave.
[édit:] Ah si ça y est. Cela me fait penser à la conférence de Diego Klautau aux Bernardins au printemps dernier.
Le titre de sa conférence était : « The Middle-earth of J.R.R. Tolkien as a land of Fairies between the world of senses and the world of Ideas : an approach to Beauty ».
Diego développe cette spécificité tolkienienne où la fantaisie a, dans la connaissance (au moins la connaissance du beau), ce rôle intermédiaire entre le monde des sens et celui des idées.
Je ne sais pas si cette évocation sera utile, mais tout cela me rappelle un peu l'idée selon laquelle l'imagination serait une sorte de « sixième sens » chez l'être humain, idée que l'on retrouve dans la pensée d'un élève et disciple de Gaston Bachelard, le philosophe et anthropologue Gilbert Durand (1921-2012), qui considérait que depuis les origines de la civilisation occidentale, celle-ci aurait dévalorisé l'image pour des raisons religieuses et philosophiques, et qui face à cela identifiait dans l'histoire des [emphase]« résistances de l'imaginaire »[/emphase], au nombre de cinq selon lui depuis la fin de l'Antiquité (Cf. Gilbert Durand, L'Imaginaire. Essai sur les sciences et la philosophie de l'image, 1994). Parmi elles, une résistance de l'imaginaire incarnée par l'esthétique du préromantisme (Sturm und Drang en Allemagne) et par les mouvements romantiques découlant de celle-ci, face au rationalisme, au positivisme qui investissent massivement au XIXe siècle la civilisation occidentale. L'esthétique en question, en sus des cinq sens classiques dont dépendent nos capacités de perception, a reconnu et décrit ce que Durand appelle donc un [emphase]« sixième sens »[/emphase], la faculté d'atteindre le beau, soit une troisième voie de connaissance à côté de la raison et de l'usuelle perception, une voie privilégiant [emphase]« plutôt l'intuition par l'image que la démonstration par la syntaxe »[/emphase], et que théorise Emmanuel Kant par le [emphase]« jugement de goût »[/emphase] à côté de la raison pure et de la raison pratique, faisant d'une imagination réhabilitée comme [emphase]« schématisme »[/emphase] un élément de jonction [emphase]« préparant, en quelque sorte, la simple perception à s'intégrer dans les schémas de la raison »[/emphase]. Préromantisme et romantisme contribuent de façon décisive à donner à l'imagination, à l'art, à la créativité une dimension spirituelle singulière, essentielle à nos esprits humains pouvant se nourrir de contemplation. Pour le poète Friedrich Schiller, ainsi qu'il l'exprime notamment dans ces Lettres sur l'éducation esthétique de l'homme (Briefe über der ästhetische Erziehung der Menschen) en 1793-1795, raison et sentiment doivent être réconciliés par le plaisir esthétique, et la poésie doit contribuer à l'avènement d'un monde meilleur, celui d'une humanité rendue libre par l'art.
Je ne développe pas davantage, car cela pourrait éventuellement finir par nous emmener assez loin de la pensée spécifique de Tolkien.
La théorie des « résistances de l'imaginaire » de Durand est du reste aussi ambitieuse que séduisante mais cependant, à bien y regarder, comme je l'avais fait lors de mes recherches passées, elle comporte des limites (comme toute théorie) et se trouve même parfois, du moins me semble-t-il, contredite dans certaines de ses tendances systémiques par divers exemples dans l'histoire de l'art selon les périodes évoquées, du Moyen Âge à la fin du XXe siècle (par exemple lorsque Durand oppose un iconoclasme protestant à une sorte d'iconodulie catholique à partir du XVIe siècle, soit [emphase]« aux excès de la Réforme les excès inverses de l'art et de la spiritualité baroques »[/emphase], mais faisant dès lors plutôt l'impasse, pour la période du XVIe au XVIIIe siècles, sur les productions artistiques visuelles en pays protestants, loin d'être négligeables dans l'histoire de l'art et de la production d'images en Occident, Durand reconnaissant du reste que c'est aussi à partir de ces époques que le christianisme perd progressivement la main sur la destinée de l'imaginaire...). C'est bien cependant chez Durand que j'avais trouvé cette idée d'un « sixième sens » appliquée à la faculté humaine d'imaginer, ce pourquoi je me suis permis ici cette succincte évocation. Qui s'intéresse de façon générale à l'imaginaire et l'imagination se doit sans doute, en tout cas, de connaître les travaux de Gilbert Durand (auteur notamment d'un livre de référence, plusieurs fois réédité : Les Structures anthropologiques de l'imaginaire), même si ceux-ci ont peut-être déjà pris un coup de vieux, au moins par certains aspects.
Amicalement,
B.
[séparation]
P.S. :
Yyr Wrote:[colonne][gauche=Mythopoeia, §4]... unless a jewelled tent
myth-woven and elf-patterned...[/gauche][droite]...à moins qu'une tente tissée de perles et de mythes, elfiquement ornée...[/droite][/colonne]
Suggestion :
[emphase]... à moins qu'une tente ornée de joyaux, tissée de mythes et elfiquement parée (ou décorée) ...[/emphase]
Si j'osais m'essayer à façonner quelque discrète nouveauté, comme le faisait parfois Remy de Gourmont si je me souviens bien, je proposerai peut-être même [emphase]« une tente joailliée »[/emphase]... ^^'
Je précise que pour ce qui est des perles, je n'ai bien sûr rien contre, au contraire même en tant que telles : j'ai pu visiter à Paris, en avril dernier, une belle et très intéressante exposition sur l'histoire et le négoce de la perle fine, intitulée « Paris, capitale de la perle » et présentée de novembre 2024 à juin 2025 à l'École des Arts Joailliers, sise Boulevard Montmartre, dans le 9e arrondissement. Si jamais cela intéresse quelqu'un, un ancien article de franceinfo donne une idée du propos de cette expo :
https://www.franceinfo.fr/culture/mode/c...08396.html
Bonne nuit !
B.

