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Mythopoeia
#45
Nouvelle strophe :

[colonne][gauche=Mythopoeia, §5]The heart of man is not compound of lies,
but draws some wisdom from the only Wise,
and still recalls him. Though now long estranged,
man is not wholly lost nor wholly changed.
Dis-graced he may be, yet is not dethroned,
and keeps the rags of lordship one he owned,
his world-dominion by creative act:
not his to worship the great Artefact.
man, sub-creator, the refracted light
through whom is splintered from a single White
to many hues, and endlessly combined
in living shapes that move from mind to mind.
Though all the crannies of the world we filled
with elves and goblins, though we dared to build
gods and their houses out of dark and light,
and sow the seed of dragons, 'twas our right
(used or misused). The right has not decayed.
We make still by the law in which were made.
[/gauche][droite]Le cœur de l'homme n'est pas élaboré de mensonges,
mais d'un peu de sagesse issue du seul Sage,
et dont il se souvient. Même s'il s'en est depuis longtemps détourné,
l'homme n'est pas entièrement perdu ni entièrement changé.
Il peut avoir perdu la grâce, il a gardé son trône,
et traîne les lambeaux de sa seigneurie passée :
sa faculté créatrice pour le gouvernement du monde.
Il appartient à l'homme, non d'adorer le grand Artefact,
mais de subcréer : à travers lui, la lumière
se voit réfractée du Blanc unique en des couleurs multiples
qui se combinent sans cesse les unes aux autres
en autant de formes vivantes passant d'un esprit à l'autre.
Si nous avons empli toutes les crevasses du monde
d'elfes et de gobelins, ou avons osé tirer
des ténèbres et de la lumière les dieux et leurs demeures,
ou semé des semences de dragons, c'était notre droit
(fût-il ou non bien employé). Le droit demeure.
Nous continuons de créer selon la loi même d'après laquelle nous avons été créés.[/droite][/colonne]

Ici s'amorce un tuilage entre philosophie et théologie.

D'abord le fond de l'homme ne peut être mensonge, c'est impossible pour ainsi dire par hypothèse (il n'y a pas besoin de Descartes et de son hypothèse du malin génie pour le savoir) : d'une part, tout homme le sait intimement sinon consciemment : il veut la vérité ; d'autre part, ce minimum de sagesse ne peut provenir de lui-même. C'est pourquoi l'homme a cette « anamnèse » de son origine, pour reprendre une expression de Benoît XVI. [small]On y reviendra plus tard avec ce qui m'apparaît être une aporie pour l'évolutionnisme.[/small]

Mais pour autant, on ne peut que constater son échec quasi intrinsèque à atteindre cette vérité.

Et c'est la doctrine de la Chute [small](*)[/small].

Laquelle a fait perdre à l'homme la grâce divine mais pas la nature humaine, qui est (en termes chrétiens) d'être participant du dominium divin (Gn, 1-2) — la faculté ordonnée à cette fin étant (en terme tolkienien) la subcréation.

La dépendance au Créateur interdit dès lors l'idolâtrie qui consiste à faire non pas de Dieu mais du Grand Artefact, i.e. le Monde lui-même, l'alpha et l'omega de l'existence.
Tolkien rejoint la lucidité radicale de Nietzsche, à savoir qu'en fin de compte, il ne peut y avoir que deux possibilités : ou bien Dieu est l'être nécessaire, ou bien le Monde est l'être nécessaire.

<small>____________________

(*) En une synthèse vertigineuse :

[citation=Pascal, <i>Pensées</i>, n°438 dans l'éd. de la Pléiade]Quelle chimère est‑ce donc que l’homme, quelle nouveauté, quel monstre, quel chaos, quel sujet de contradiction, quel prodige, juge de toutes choses, imbécile ver de terre, dépositaire du vrai, cloaque d’incertitude et d’erreur, gloire et rebut de l’univers !

Qui démêlera cet embrouillement ? La nature confond les pyrrhoniens et la raison confond les dogmatiques. Que deviendrez‑vous donc, ô homme qui cherchez quelle est votre véritable condition par votre raison naturelle ? Vous ne pouvez fuir une de ces sectes ni subsister dans aucune.

Connaissez donc, superbe, quel paradoxe vous êtes à vous‑même ! Humiliez‑vous, raison impuissante ! Taisez‑vous, nature imbécile ! Apprenez que l’homme passe infiniment l’homme et entendez de votre Maître votre condition véritable que vous ignorez. / Écoutez Dieu.

Car enfin, si l’homme n’avait jamais été corrompu, il jouirait dans son innocence et de la vérité et de la félicité avec assurance. Et si l’homme n’avait jamais été que corrompu, il n’aurait aucune idée ni de la vérité, ni de la béatitude. Mais, malheureux que nous sommes, et plus que s’il n’y avait point de grandeur dans notre condition, nous avons une idée du bonheur et ne pouvons y arriver, nous sentons une image de la vérité et ne possédons que le mensonge, incapables d’ignorer absolument et de savoir certainement, tant il est manifeste que nous avons été dans un degré de perfection dont nous sommes malheureusement déchus. / Chose étonnante cependant que le mystère le plus éloigné de notre connaissance, qui est celui de la transmission du péché, soit une chose sans laquelle nous ne pouvons avoir aucune connaissance de nous‑mêmes ! / Car il est sans doute qu’il n’y a rien qui choque plus notre raison que de dire que le péché du premier homme ait rendu coupables ceux qui, étant si éloignés de cette source, semblent incapables d’y participer. […] Et cependant, sans ce mystère le plus incompréhensible de tous nous sommes incompréhensibles à nous‑mêmes. Le nœud de notre condition prend ses replis et ses tours dans cet abîme. De sorte que l’homme est plus inconcevable sans ce mystère, que ce mystère n’est inconcevable à l’homme.[/citation]</small>
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