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Mythopoeia
#47
Merci Beruthiel :)

& superbe passage de Proust (dans ce qui précède en effet) !
[small]L'art nous fait entrevoir l'éternité, en effet. Du reste, sans pouvoir y atteindre (c'est tout le risque pour eux que d'y prétendre), les Elfes, qui sont les artistes par excellence, en approchent par leurs œuvres qui peuvent traverser les âges sans se flétrir ou presque (je renvoie à ma conférence aux Bernardins :)).[/small]

Eh bien, justement, qu'en est-il ? [emphase]« tout notre rêve est-il inexistant »[/emphase] ?
Cette idée d'éternité n'est-elle qu'une illusion ?
Est-ce le cas de notre imagination ?
Nous faisons-nous (toujours) illusion en rêvant à certains choses ?

[colonne][gauche=Mythopoeia, §6]Yes! 'wish-fulfilment dreams' we spin to cheat
our timid hearts and ugly Fact defeat!
Whence came the wish, and whence the power to dream,
or some things fair and others ugly deem?
All wishes are not idle, nor in vain
fulfilment we devise - for pain is pain,
not for itself to be desired, but ill;
or else to strive or to subdue the will
alike were graceless; and of Evil this
alone is dreadly certain: Evil is.
[/gauche][droite]Certes ! Il nous arrive de rêver comme on formule un souhait, pour tromper
nos cœurs timorés et le démenti du Fait sinistre !
Mais d'où nous vinrent le souhait, et la faculté de rêver,
ou d'estimer que telle chose est belle et telle autre sinistre ?
Tous les souhaits ne sont pas stériles, ni formulés
en vain — la douleur est la douleur,
qu'on ne saurait désirer : elle est mauvaise ;
sinon la résistance serait, aussi bien que la soumission,
pareillement sans valeur ; s'agissant du Mal, en effet,
une chose est, terriblement, certaine : il existe.[/droite][/colonne]

Ici, Tolkien ne s'accordera pas avec Pascal, pour qui l'imagination serait [emphase]« cette partie dominante dans l’homme, cette maîtresse d’erreur et de fausseté, et d’autant plus fourbe qu’elle ne l’est pas toujours »[/emphase] (Pascal, Pensées, n°41, éd. de la Pléiade).

Avec une logique très classique, avec un fort accent aristotélicien : avant de s'illusionner, il faut déjà avoir une expérience de bien et de mal, sans quoi pourquoi et comment pourrait-on s'illusionner ? Le bien et le mal nous précèdent (de même la vérité, etc.). Il renvoie son interlocuteur matérialiste à sa propre expérience sensible d'abord (la douleur est-elle un bien ou un mal ?) et morale ensuite (la résistance et la soumission ont-elles la même valeur ?).
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