13-12-2025, 07:50
Hyarion Wrote:Sans vouloir digresser là-dessus, je me permets de rappeler, à ce stade, cette pensée de George Steiner, que j'avais évoquée dès l'inauguration du fuseau « Tolkien était-il un « logocrate » ? » : [emphase]« Pour ma part, il m'a toujours paru que la meilleure définition opératoire du conservatisme, de l'autoritarisme, est la suivante : une politique qui découle de la Chute et qui s'efforce d'y faire face. »[/emphase]
Je ne vais pas m'immiscer dans la question de cette traduction, qui m'intéresserait beaucoup, mais à laquelle il me faudrait du temps pour y contribuer sérieusement. Et je doute avoir ce loisir avant la fin de l'année, tant que je n'ai pas achevé le premier jet de mes articles pour une certaine encyclopédie...
Nonobstant, je considère volontiers Steiner comme un des penseurs les plus fins et les plus perceptifs de la seconde moitié du XXe siècle, avec Aron et quelques autres. Pourtant, je ne suis pas convaincu par cette définition, car c'est bien plutôt celle de la réaction, au sens politique du terme, celle-ci pouvant ensuite prendre diverses formes, suivant le type de réponse que ce constat supposé engendre. Le conservatisme est bien plutôt une attitude de doute face aux évolutions de la société, prônant de peser chaque évolution envisagée et de s'assurer préalablement qu'elle n'engendrera pas plus de problèmes (quelle que soit la définition que l'on donne à ceux-ci) que le status quo*. Les deux s'opposent certes au progressisme, mais de manière différente : l'un est son contraire, l'autre son opposé. A la décharge de Steiner, le bipartisme anglo-américain tend à ranger conservatisme et réaction dans le même camp, tandis que la distinction est plus nette dans les pays où le multipartisme est plus large.
Quant à l'autoritarisme, il s'agit d'une notion portant sur les moyens à employer au regard des buts recherchés. Il est évident qu'il s'agit d'une attitude pouvant s'appliquer à n'importe quel principe politique. Prétendre le contraire ne revient qu'à affirmer sa préférence pour telle ou telle philosophie politique (et accessoirement son aveuglement au regard des travers dans lequel son application est susceptible de tomber).
E.
* D'où la définition de Chesterton : [emphase]« Le monde s’est divisé entre conservateurs et progressistes. L’affaire des progressistes est de continuer à commettre des erreurs. L’affaire des conservateurs est d’éviter que les erreurs ne soient corrigées »[/emphase] :p (Et je sais bien tout l'amour que tu voues à Chesterton, Hyarion.
En l'occurrence, qu'on l'approuve ou non, cet apophtegme rend particulièrement saillante l'existence implicite du troisième terme de l'équation -- auquel Chesterton se range assez manifestement. Au passage, qu'on apprécie ou non les positions politiques de Chesterton, il serait assez difficile, je pense, de trouver un seul passage de son œuvre prônant l'autoritarisme.)

