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Mythopoeia
#51
<small>
Hyarion Wrote:Concernant l'argument chrétien de l'anamnèse paradisiaque, selon lequel l'humanité conserverait confusément une « mémoire » d'un état originel tout de perfection et d'harmonie avec Dieu et la nature, cet état édénique prélapsaire (précédant la chute d'Adam et Ève) qui relève du mythe, précisons d'ors et déjà que l'opposer à l'évolutionnisme sur le terrain de l'aporie participe d'un postulat, somme toute assez classique mais laissant perplexe, de concurrence entre science et métaphysique, alors que la théorie de l'évolution est une théorie scientifique expliquant la diversification des espèces par des mécanismes observables, servant de cadre conceptuel à la paléoanthropologie, sans poser aucune question métaphysique sur « l'être nécessaire » ni avoir la prétention de répondre absolument à cette question universelle du sens de l'existence humaine. [...]

Je dois probablement ici lever quelques ambiguïtés.
Mon évocation d'« aporie » pour l’évolutionnisme est une anticipation de ce que le poème me donnera probablement à commenter plus loin, mais ne venait pas en conclusion mon évocation (certes juste avant ...) d'une « anamnèse » de l'origine. Je suis très compact et je m'excuse si cela peut prêter à confusion.
Pour ce qui est de la connexion ou non entre science et métaphysique on y reviendra sans doute.

Je précise en attendant mon évocation de « l'être nécessaire », qui dépasse la problématique évolutionniste pour se rapporter au débat philosophique plus large sur l'existence de Dieu.
Pour Nietzsche (si je l'ai bien suivi) :
1) ou bien il y a de la contingence dans le Monde (tout n'est pas pure nécessité : les choses peuvent être ou ne pas être, devenir ou ne pas devenir) et alors cela implique obligatoirement autre chose que le Monde : en effet, la contingence de telle chose suppose une autre chose qui permette à la première d'advenir : alors si l'on remonte au Monde lui-même, cela suppose nécessairement Dieu, quelle que soit la façon dont il est nommé : le Monde ne peut être à lui-même sa propre cause ;
2) ou bien le Monde est une pure nécessité (c'est cela que Nietzsche appelle un Chaos) : les choses sont de toute éternité — point — et les notions de finalité, de hasard, de lois, et même de mécanismes, n'ont aucun sens : parce qu'il n'existe pas de causes à ce qui arrive (Le gai savoir, § 109).
Aux philosophes croyants pour qui 1) Dieu est l'être nécessaire Nietzsche répond non 2) le Monde est l'être nécessaire.
Mais la cohérence de Nietzsche a un prix : tout ne tient qu'à condition d'embrasser le mythe de l'éternel retour ...

[espacement]

Quote:Il s'agirait donc ici de convaincre par une évidence vécue par l'expérience, celle de la douleur ressentie comme un mal, puis ontologiquement par la perception du bien et du mal comme précédant l'être humain, ce qui supposerait qu'ils existent réellement avant lui et indépendamment de lui, ressentis comme objectifs, normatifs, s'imposant effroyablement (“[emphase]Evil is[/emphase]”), sans explications évolutives ou culturelles (pourtant concevables). L'interlocuteur matérialiste est donc en fait incité à accepter la nécessité du fondement transcendant de valeurs objectives relatives au bien et au mal, alors même que le fait que l'on ressente ces normes comme objectives et précédant l'être humain ne prouve pourtant pas qu'elles le soient métaphysiquement. Il pourra répondre que l'« hypothèse Dieu » n'est pas nécessaire, sans forcément de logique binaire, mais je ne développe pas plus, ne serait-ce que parce qu'il ne faut pas... aller plus vite que la musique. ^^'

Oui mais ce réalisme ne nie pas la part culturelle et de conditionnement, seulement que cette part soit exclusive. On précisera aussi que Tolkien n'a évidemment pas pour but de prétendre en quelques vers démontrer ce qui, sur ce point, concorde avec le païen Aristote aussi bien qu'avec le chrétien Thomas d'Aquin. Je me borne ici à mettre en parallèle. Et à souligner que pour Tolkien (comme pour Aristote et Hume), tout commence non avec les idées (comme pour Descartes par ex.) mais avec les sens : la notion de bien a déjà une signification sensible avant même d'en avoir une morale (entre Aristote et Hume, la divergence viendra sur comment l'on passe au bien moral).

[espacement]

Quote:Suggestion :
[emphase]... Le droit n'est pas en déclin.[/emphase] ou [emphase]... Le droit n'a pas décliné.[/emphase]

Pas convaincu cette fois. Tu as raison en ce que c'est plus proche mais, ici, sauf erreur de ma part, on n'a pas besoin d'être aussi proche, donc j'ai laissé une marge à l'esthétisme (subjectif !).</small>
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