18-12-2025, 00:13
Hyarion Wrote:Précisons au cas où que les “[emphase]lotus-isles[/emphase]” dont parle Tolkien, comme évidemment le “[emphase]Circe-kiss[/emphase]”, sont une référence homérique à l'île des Lotophages [small](thème qui inspira par exemple le peintre paysagiste américain Thomas Moran, d'où l'illustration ci-dessus)[/small] ici appliquée au paradigme matérialiste, et que du reste Hammond et Scull signalent cela dans leur commentaire du poème (*) même si je n'ai pas eu besoin d'eux pour reconnaître ces allusions à l'Odyssée. Celles-ci sont intéressantes en ce qu'elles illustrent bien l'usage que pouvait faire Tolkien des mythes pré-chrétiens et en ce qu'elles témoignent, entre autres, d'une influence de l'hellénisme sur lui qu'il semblera regretter plus tard (cf. la Lettre 254a, longuement évoquée ailleurs), quoique la poésie homérique ait pu peut-être conserver un statut spécial pour lui.
Superbe toile !
Et tu as raison de donner les références [small](acquises de mon côté avec Ulysse 31, quand j'étais petit :))[/small].
Je ne suis pas sûr que Tolkien regrettait l'influence de l'hellénisme (ce qui est vaste) sur lui.
[small]Au fait, quelqu'un s'est-il procuré et a-t-il lu l'ouvrage d'I. Pantin & S. Provini sorti cet été ?[/small]
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Quote:Je me souviens de la première fois où j'ai lu Mythopoeia, d'abord séduit notamment par la formule [emphase]“Blessed are the legend-makers...”[/emphase], puis rapidement déçu par la dimension inévitablement sotériologique de la pensée subcréatrice tolkienienne. Pour Tolkien, ne semble donc exister qu'un seul courage qui serait digne d'intérêt et porteur de sens : le courage chrétien ayant pour horizon la résurrection, la victoire sur la Mort, la vie éternelle. Toute forme d'acceptation de la finitude et de la mort, chez Lucrèce, chez Spinoza, chez Nietzsche, chez Albert Camus, ne saurait donc avoir de valeur à ses yeux, puisque l'acceptation est sans doute pour lui forcément inférieure ontologiquement et moralement à l'espérance chrétienne. C'est triste, de mon point de vue, d'autant plus si un tel paradigme s'applique entre autres à la créativité, ici en particulier à la mythographie (qui ne devrait pas être « humainement » opposée à la science, laquelle n'est pas le scientisme). Pour être créatif, a fortiori dans le monde comme il va, il faut assurément du courage, mais pourquoi ne devrait-on identifier qu'une seule forme de courage, en l'occurrence un courage jugé soutenable parce que fondé sur l'espérance chrétienne ? Un courage absolu, sans assurance métaphysique, conscient de la finitude, de la possibilité qu'il n'y ait au bout que le néant et malgré cela amenant à créer de l'art et du sens (possible victoire en soi), n'est-ce pas là aussi un vrai courage, qui n'est pas moins grand ou moins noble que celui dont parle Tolkien ? Seul un tenant de l'apologétique chrétienne, toujours soucieux d'universaliser sa solution, a véritablement intérêt à hiérarchiser ces deux formes de courage. Le sceptique, lui, pourra renvoyer notamment, quitte à citer la Bible, au courage de l'Ecclésiaste, lequel – n'en déplaise à Jacques Ellul (qui par ailleurs avait de l'estime pour Camus) – n'a pas forcément besoin d'une interprétation chrétienne pour être compris et admiré comme sagesse (influencée par la pensée grecque) face à la finitude.
Je pense que tu es un peu dur et même injuste : vois le commentaire de Tolkien sur Beowulf et combien il admire le courage nordique qui ne s'appuie pas (consciemment) sur l'espérance chrétienne. Par ailleurs, un Chrétien ne saurait mépriser l'acceptation de la finitude (ce n'est pas cela qui déplairait chez les auteurs que tu cites) et je ne suis pas sûr qu'un Chrétien distinguerait entre deux formes de courage, en fait. Ce qu'il ajouterait, sans rien enlever, c'est que l'espérance chrétienne justifie le courage même de celui qui apparaît désespéré. C'est en tout cas ce que fait Tolkien me semble-t-il.
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Quote:Outre la correspondance avec les [emphase]« fils de Noé qui construisent »[/emphase] dont j'ai parlé précédemment, [emphase]« bâtisseurs »[/emphase] me parait en outre avoir, peut-être, aussi l'avantage d'éviter une certaine polysémie de [emphase]« faiseurs »[/emphase] comportant une possible signification péjorative.
Même si j'aurais matière à pinailler je crois que je commence à pencher pour [emphase]« bâtisseurs »[/emphase] ;).

