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Mythopoeia
#77
Ouf, un gros morceau que tu ajoutes, cher Yyr.
Merci Smile
Pour ma part, j'en reste à la traduction, reprenant la nouvelle strophe et la précédente en choisissant cette fois des vers libres de quatorze syllabes (abandon donc de l'alexandrin) pour me tenir au plus proche de la signification de l'original, telle que je la comprends.

[colonne][gauche=Mythopoeia, §11][small]107[/small] <i> I would that I might with the minstrels sing
</i>[small]108[/small] <i> and stir the unseen with a throbbing string.
</i>[small]109[/small] <i> I would be with the mariners of the deep
</i>[small]110[/small] <i> that cut their slender planks on mountains steep
</i>[small]111[/small] <i> and voyage upon a vague and wandering quest,
</i>[small]112[/small] <i> for some have passed beyond the fabled West.
</i>[small]113[/small] <i> I would with the beleaguered fools be told,
</i>[small]114[/small] <i> that keep an inner fastness where their gold,
</i>[small]115[/small] <i> impure and scanty, yet they loyally bring
</i>[small]116[/small] <i> to mint in image blurred of distant king,
</i>[small]117[/small] <i> or in fantastic banners weave the sheen
</i>[small]118[/small] <i> heraldic emblems of a lord unseen.</i>
[/gauche][droite=Mythopoeia, §11]Je voudrais tant pouvoir chanter avec les ménestrels,
mouvoir l'invisible par la seule corde pincée.
Je voudrais être avec les mariniers du grand large,
qui coupent leurs frêles planches sur les monts escarpés,
et voyagent pour une quête errante et incertaine
— car d'aucuns sont allés au-delà de l'Ouest fabuleux.
Je voudrais être mis au rang de ces fous assiégés,
qui tiennent un fortin intérieur dans lequel leur or,
quand bien même insuffisant et vil, est loyalement
marqué de l’effigie indistincte d'un lointain roi,
qui tissent de gigantesques gonfanons flamboyants
d’emblèmes héraldiques d'un seigneur que nul ne voit.
[/droite][/colonne]

[colonne][gauche=Mythopoeia, §12][small]119[/small] I will not walk with your progressive apes,
[small]120[/small] erect and sapient. Before them gapes
[small]121[/small] the dark abyss to which their progress tends
[small]122[/small] – if by God's mercy progress ever ends,
[small]123[/small] and does not ceaselessly revolve the same
[small]124[/small] unfruitful course with changing of a name.
[small]125[/small] I will not treat your dusty path and flat,
[small]126[/small] denoting this and that by this and that,
[small]127[/small] your world immutable wherein no part
[small]128[/small] the little maker has with maker's art.
[small]129[/small] I bow not yet before the Iron Crown,
[small]130[/small] nor cast my own small golden sceptre down.[/gauche][droite=Mythopoeia, §12]Je n’évoluerai pas avec tes singes progressistes,
ceux qui sont debouts et ceux qui sont sapients. Devant eux
s’ouvre l’abîme ténébreux où leur progression mène
– si, par la grâce de Dieu, ce progrès admet un terme...
à moins qu’ils ne circumambulent sans fin sur la même
orbe infructueuse sous couvert d’un changement de nom.
Je n’adopterai pas ta voie poussiéreuse et égale,
désignant ceci et cela par ceci et cela,
ni ton univers immuable à l’intérieur duquel
le petit créateur et son art n’ont rien en commun.
Je ne plie toujours pas devant la Couronne de Fer,
ni n'abandonne mon petit sceptre doré à terre.[/droite][/colonne]

[séparation]

Rq :

v.119 [emphase]« Je n’évoluerai pas avec tes singes progressistes »[/emphase] : évoluer plutôt que marcher, cela m'a semblé évident ;-)

v.120 [emphase]« ceux qui sont debouts et ceux qui sont sapients. »[/emphase] : le texte original étant allusif, je préfère conserver sapient plutôt que d'expliciter en sapiens. Non seulement parce que le terme existe en français, mais parce qu'il suggère une intelligence qui est liée à la sagesse. La tournure est ironique. La suite suggère que le progrès finit par tourner en rond et que celui qui est debout s'incline en réalité devant la Couronne de Fer de la nécessité. Donc l'homme est prétentieux et aveugle en s'autodéfinissant [emphase]« erect and sapient »[/emphase].

v.125 [emphase]« ta voie poussiéreuse et égale »[/emphase] : égale (plutôt que plat ou unie) pour anticiper le vers suivant où ceci = ceci et cela = cela (mort de l'activité symbolique du langage).

v.128 [emphase]« le petit créateur et son art n’ont rien en commun. »[/emphase] : pour moi, ce [emphase]« maker »[/emphase] renvoie évidemment au [emphase]« legend-markers »[/emphase] précédents. Traduire par [emphase]« artisans »[/emphase] ou [emphase]« bâtisseurs »[/emphase] ici ou précédemment est possible, mais ce serait passer à côté du fait que ce paragraphe contient la mention de Dieu, qui est évidemment, pour Tolkien, [emphase]« the Maker of all things »[/emphase]. (cf. Esaïe 44,24 (Douay-Rheims) : [emphase]« Thus saith the Lord thy redeemer, and thy maker, from the womb: I am the Lord, that make all things, that alone stretch out the heavens, that establish the earth, and there is none with me. »[/emphase]).
Je ne crois pas, en tout cas, qu'on puisse accepter la traduction que tu proposes de ce vers, Yyr ([emphase]« celui d'un monde immuable sans aucune part / laissée au petit artisan et à son art. »[/emphase]), car :
- le texte ne dit pas que le [emphase]« monde immuable »[/emphase] ne laisse pas de place au [emphase]« petit artisan »[/emphase] ou à son art, mais que ce [emphase]« petit artisan »[/emphase] n'a aucune part avec sa propre œuvre !
- il me semble bien que le texte original veut souligner combien une vision matérialiste du monde, par sa puissance de désymbolisation, rend l'homme incapable de se comprendre en tant que sub-créateur : devenu technicien de langage, capable de distinguer précisément [emphase]« ceci »[/emphase] et précisément [emphase]« cela »[/emphase], il décrit chaque partie du monde de manière univoque, sans comprendre que le pouvoir qu'il a de créer des formes douées de raison et des mondes autonomes par son imagination l'invite à envisager qu'il est lui-même créature et participant d'une création qui porte la trace d'un Créateur.
On retrouve évidemment la pensée du vers [emphase]« We make still by the law in which we're made. »[/emphase]

v.119/127 Je ne pense pas enfin qu'il faille passer du tutoiement au vouvoiement ([emphase]« tes singes »[/emphase] > [emphase]« votre monde »[/emphase]) : ne pas oublier que Philomythus s'adresse à Misomythus.

v.129-130 Conserver le présent.

S.

[small]HS : pour le couplage philosophie/médecine qu'aurait posé Aristote, je crains que ce soit une erreur d'attribution que Jean Lombard a participé à propager dans ses livres (2004, 2015) en encore en ligne en 2016 (sans jamais donner de référence...). Il est en effet étonnant, après une petite recherche en ligne, de voir un hélléniste attribuer à Aristote une description d'Hippocrate qui est en réalité une citation de ce même Hippocrate, issue d'un de ses écrits : De la bienséance, §5.[/small]
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