23-12-2025, 19:39
Elendil Wrote:Yyr Wrote:1. Pour faire tenir l'homme dans son schéma de départ, ce dernier est modifié : le critère de la sélection naturelle passe ici subrepticement de la maximisation de la descendance (1859) à celle du bien-être collectif (1871, synchronisation avec l'utilitarisme de l'époque). Je n'ai pas lu tout Darwin et je ne sais pas s'il s'explique là-dessus, en tout cas il ne le fait pas dans ce chapitre.
Sauf erreur, l'argument qui sous-tend celui-ci est que la maximisation du bien-être collectif facilite la survie de la descendance de tout le groupe, si bien qu'en moyenne, agir collectivement au détriment de son intérêt personnel à court terme a pour conséquence de meilleures chances de survie de sa propre descendance.
Oui c'est exactement ce que propose Darwin dans son chapitre. Ce qu'il ne m'explique pas, c'est le grand écart que je perçois chemin faisant où la sympathie pour « le groupe » prend tellement d'importance qu'elle me semble finir par éclipser le principe premier de lutte pour la survie au point de le contredire ... dans la mesure où « le groupe » finit lui-même par se dissoudre. Un passage assez caractéristique que je n'ai pas cité :
[citation=Darwin, <i>op. cit.</i>]Les règles supérieures sont fondées sur les instincts sociaux et se rapportent au bien-être des autres. Elles sont soutenues par l’approbation de nos pareils et par la raison. [...] À mesure que l’homme avance en civilisation, et que les petites tribus se réunissent en communautés plus larges, la plus simple raison devrait aviser chaque individu qu’il doit étendre ses instincts sociaux et ses sympathies à tous les membres de la même nation, même s’ils lui sont personnellement inconnus. Une fois ce point atteint, seule une barrière artificielle peut empêcher ses sympathies de s’étendre aux hommes de toutes les nations et de toutes les races. Il est vrai que si ces hommes sont séparés de lui par de grandes différences d’apparence ou d’habitudes, l’expérience malheureusement nous montre combien le temps est long avant que nous les regardions comme nos semblables. La sympathie portée au-delà de la sphère de l’homme, c’est-à-dire humanité envers les animaux inférieurs, semble être l’une des acquisitions morales les plus récentes. […] Cette vertu, l’une des plus nobles dont l’homme soit doué, semble provenir incidemment de ce que nos sympathies deviennent plus délicates et se diffusent plus largement, jusqu’à s’étendre à tous les êtres sensibles.[/citation]
À partir de là, j'ai du mal à suivre la cohérence avec la doctrine de départ.
Incidemment, ici comme ailleurs, l'universalisme chrétien (pas forcément bien compris, et retraduit en termes modernes) transpire par toutes les pores : c'est lui que Darwin veut expliquer ...
Nietzsche récusera ce qu'il appellera là une morale d'esclave ... (même si je ne crois pas qu'il lève le marteau directement sur son père ;)).
Quote:A noter que la découverte de la génétique renforce cette constatation, car si la survie concerne les gènes plutôt que la descendance directe, il peut être avantageux de faciliter leur survie en ligne collatérale (cas des insectes sociaux comme les abeilles domestiques ou les fourmis).
Absolument et c'est ce qu'il est convenu d'appeler le néo-darwinisme, que l'on fait volontiers remonter à Julian Huxley (c'est lui je crois qui parle le premier de « théorie synthétique de l'évolution »).

