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Mythopoeia
Yyr Wrote:Alors, la contradiction que j'énonce se situe plus exactement en ce que ceux qui nient une vérité qui dépasse l'ordre matériel soient eux-mêmes mus par une telle vérité.
Par contre je suis d'accord que j'exagère sans doute : je ne puis prétendre à une contradiction logique stricte, car ce n'est pas la capacité à croire/s'illusionner qui a été sélectionnée en tant que telle.
Jusqu'à la Modernité, elle l'a pourtant été au moins par accident. Pour Darwin, l'Histoire telle qu'elle se présente est celle d'une histoire où jusqu'à la Modernité (la précision est importante) s'est imposée, i.e. a été sélectionnée, la culture occidentale. Celle-ci apparaît comme celle qui a été plus efficace que les autres. C'est bien pourquoi il développe tout le chapitre sur la filiation de l'homme dont j'ai parlé pour rendre compte (à l'aide des instincts sociaux) de ce qu'il considère un progrès moral qui ressemble énormément au Christianisme (les liens sont difficiles à faire entre ses critères et bien des morales, mais très facile avec le Christianisme) — le propre passé personnel de Darwin n'étant sans doute pas étranger à cela.
C'est bien pourquoi aussi les positivistes seront gênés, me semble-t-il, et Auguste Comte proposera de résoudre le problème en décrétant la loi des 3 états, reléguant ce qui s'est passé avant la science expérimentale à l'enfance de l'humanité.

[small]J'ai été réveillé dans la nuit en ne pouvant m'empêcher de creuser la discussion, me disant d'abord : Céline a raison, je fais une erreur de raisonnement, puis une fois mon erreur établie, je me dis : ah mais non, il y a bien un problème dans la logique évolutionniste ... (j'ai des nuits palpitantes :)). Peut-être que cela m'aidera à me recoucher moi-même, je couche ici les précisions que j'ai besoin d'apporter (ou de m'apporter).[/small]

D'un côté mon bon Yyr il y n'a pas d'aporie dans l'évolutionnisme en ce que :
- ce que jusqu'ici les hommes ont pris pour essentiel dans leur progression morale (i.e. ce que l'on regroupe sous le terme très large de croyances à savoir un cadre « autre », au-delà du monde visible et matériel) ne l'était pas : l'essence de cette progression morale était en réalité la sélection naturelle de leurs instincts sociaux ; leurs croyances étaient en réalité accidentelles (c'est exactement ce que Freud entend par illusion : nous avions besoin d'être rassurés ... par un Père[small] — voyez là encore le décalque du seul Christianisme, le reste du monde religieux et moral intéresse peu les maîtres du soupçon[/small]) ;

D'un autre côté, il y a quelque chose qui cloche :
- admettons que cette progression essentielle ne fût que celle des instincts sociaux, pourquoi a-t-elle toujours été accompagnée de ces croyances car, peu importe que celles-ci aient toujours varié, elles ont en commun qu'il y en ait toujours eu, d'une façon ou d'une autre, au point qu'il est difficile de ne pas inclure ces croyances dans l'essence de cette progression.

Cela me fait immédiatement penser à ce que Tolkien rapporte de Müller pour qui les mythes étaient comme des maladies du langage : ici les croyances comme des maladies de notre progression morale (et les maîtres du soupçon comme médecins). Et c'est bien cela qui me paraît aporétique pour les tenants de l'évolutionnisme (comme Quinioui, je prends la matrice, je prend le premier principe : Darwin) : les seules causes matérielles et cumulatives suffisent à expliquer l'homme, mais leur trait le plus distinctif, leur progression morale, s'est faite sous couvert de l'illusion de causes non matérielles. La matière semble devoir se faire illusion d'un au-delà d'elle-même pour évoluer.
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