Yyr Wrote:J'ai traduits 4 vers en attendant les patients :
[colonne][gauche=Mythopoeia, §13a]In Paradise perchance the eye may stray
from gazing upon everlasting Day
to see the day-illumined, and renew
from mirrored truth the likeness of the True[/gauche][droite=Mythopoeia, §13a]Mais au Paradis il se pourrait que notre œil enfin
passe de sa longue fixation du Jour éternel
à sa contemplation dans la lumière, et renouvèle
sa parenté — non plus seulement son reflet — au Vrai.[/droite][/colonne]
Du coup je me suis mis à compter les pieds.
Mais avant tout mon but est de comprendre : dites-moi si vous pensez que j'ai commis un faux-sens.
Cher Yyr, je ne fais pas la même lecture que toi pour les deux derniers vers.
Voici ce que je comprends, en restant au plus près du texte :
[colonne][gauche=Mythopoeia, §13a][small]131[/small] <i> In Paradise perchance the eye may stray
</i>[small]132[/small] <i> from gazing upon everlasting Day
</i>[small]133[/small] <i> to see the day-illumined, and renew
</i>[small]134[/small] <i> from mirrored truth the likeness of the True.</i>[/gauche][droite=Mythopoeia, §13a]Au Paradis, l'œil pourra peut-être se détourner
de la seule contemplation du Jour éternel
pour voir ce que le Jour illumine et renouveler
l'image du Vrai grâce à la vérité reflétée[/droite][/colonne]
[séparation]
Rq :
v.133 De même que daylight signifie la « lumière donnée par le jour », [emphase]« day-illumined »[/emphase] est à comprendre par [emphase]« (ce qui est) illuminé par le jour »[/emphase].
Il n'y a pas de distinction ici entre le Jour, la lumière et le Vrai : les trois renvoient à Dieu. La distinction est par contre effectuée entre le Jour qui éclaire et ce qui est éclairé ([emphase]illumined[/emphase])...
v.134 ... mais aussi entre le Vrai, l'image du Vrai et la vérité reflétée.
Quelle est cette [emphase]« image du Vrai »[/emphase] ? Il s'agit d'une autre référence au texte de la Genèse :
[colonne][gauche=Genèse 1,26 (Douay-Rheims, 1899)]And he said: Let us make man to our image and <b>likeness</b>: and let him have <u>dominion</u> over the fishes of the sea, and the fowls of the air, and the beasts, and the whole earth, and every creeping creature that moveth upon the earth.[/gauche][droite=Genèse 1,26 (Segond)]Puis Dieu dit: Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu'il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre.[/droite][/colonne]
On a donc là (et c'est normal, pour une strophe qui se déroule au [emphase]« Paradis »[/emphase] !) les retrouvailles de l'homme et de sa nature, telle que Dieu l'avait souhaitée dans le texte de la Genèse, c'est-à-dire « dans son image et à sa ressemblance ». L'homme racheté et dans la gloire du Jour éternel retrouve ce qu'il avait perdu, à savoir la domination sur le monde par l'acte créateur dont Tolkien regrettait la disparition dans le §5, avec une première allusion à ce même texte de la Genèse :
[colonne][gauche=Mythopoeia, §5][small]57[/small] <i> Dis-graced he may be, yet is not dethroned,
</i>[small]58[/small] <i> and keeps the rags of lordship one he owned,
</i>[small]59[/small] <i> his world-<u>dominion</u> by creative act:</i>
[/gauche][droite=Mythopoeia, §5]En dis-grâce il paraît, il n’est pourtant pas détrôné,
et garde les guenilles de sa seigneurie passée,
son empire sur le monde par l’acte créateur: [/droite][/colonne]
Peut-être qu'il faudrait rendre plus évident l'allusion au texte biblique dans la traduction de ce dernier vers, qui pourrait être rendu ainsi (mais je suis obligé d'introduire l'allusion sous forme verbale) :
[citation]
En dis-grâce il paraît, il n’est pourtant pas détrôné,
et garde les guenilles de sa seigneurie passée,
lui qui dominait le monde par l’acte créateur:
[/citation]
et à nouveau, je trouve cela pas mal du tout à dire vrai. Normal, puisqu'on se rapproche du texte original en conservant [emphase]« dominion »[/emphase].
v.134 Par ailleurs, la [emphase]« vérité reflétée / mirrored truth »[/emphase], avec la métaphore du miroir associée à la fois à la relation entre Dieu et sa créature, à la notion d'image de Dieu, ainsi qu'au progrès de gloire en gloire (renouvellement?) de cette relation, est peut-être une allusion à la seconde épître aux Corinthiens (2 Co 3,18) :
[colonne][gauche=2 Co 3,18 (Segond)]Nous tous qui, le visage découvert, contemplons comme dans un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par le Seigneur, l'Esprit.[/gauche][droite=2 Co 3,18 (KJV)]But we all, with open face beholding as in a glass the glory of the Lord, are changed into the same image from glory to glory, even as by the Spirit of the Lord.[/droite][/colonne]
Il est possible de Tolkien use de métaphores bibliques dans ces vers pour soutenir un propos très personnel : Tolkien n'imagine pas les bienheureux sans activité et dépouillés des désirs profonds qui ont habité leurs cœurs pendant les temps qui ont précédé leur entrée dans l'éternité. Ce ne serait pas alors gratuitement que Tolkien ferait une allusion à 2 Co 3,18, car ce verset concerne la vie présente pour Paul & non la vie future ! Or, pour Tolkien, qui aime le monde pour ce qu'il est quand bien même il est blessé par la chute, la vie future ne va pas sans la restitution de la « gloire de ce monde », [small]ainsi que certains ont déjà pu le faire remarquer en leur temps ;-). [/small]
Je pense en effet que, pour Tolkien, cette image et ressemblance du Vrai est la création tout entière, et pas seulement l'homme et la femme qui, eux, sont image et ressemblance de Dieu en tant que Créateur. Et si le Jour est éternel, il faudra bien l'éternité pour connaître et le Jour lui-même et les objets dont il révèle l'être dans leur infinie richesse.
S.
PS :


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