Chapitre 101:
Chapitre 22.4
(par
lambertine, ajouté le 23/12/09 01:24)
|
- Honoré ! Frédéric se racle la gorge. Sa sanction a été levée ce matin. Il a repris son poste de coordinateurs des Rouges, et c’est donc à lui que revient l’honneur de faire le discours de sortie de l’ancien éducateur. Et ancien ivrogne. - Honoré, je suis très honoré… Rires. Même si le jeu de mot est téléphoné, et qu’Honoré doit l’avoir entendu au moins cent mille fois depuis sa naissance. - … d’avoir à t’honorer… Re-rires. - … aujourd’hui. Je n’étais pas là lors de ton arrivée. Mais tu étais là lors de la mienne… Les discours de sortie sont à la fois émouvants et drôles, et celui-ci ne manque pas à la règle. Anecdotes, traits d’esprit, tout y est. Chacun y va de sa petite larme. Moi-même, je suis émue lorsque Ben remet son cadeau au vieil homme, et que celui-ci le serre paternellement dans ses bras. Moi-même, je ris, lorsque Fabien offre au héros du jour un énorme pot de mayonnaise. Moi-même, j’espère être un jour à sa place, prête à sortir d’ici par la grande porte, heureuse et guérie, prête à recroquer la vie. Nous l’espérons tous, même si peu y arrivent. Trop peu. Beaucoup trop peu… - Le bar est ouvert ! Les verres sont servis. Les zakouskis trônent sur les tables du salon. Je quitte mon poste d’organisatrice en sous-chef pour me mêler à l’assemblée. Le cocktail de jus de fruits est bon, selon Damien. Pas trop mauvais, selon moi. Honoré me serre contre lui et m’embrasse sur les deux joues. - Ton jour viendra, ma belle ! Je ne suis pas belle, et n’en suis pas si sûre. - Et pourquoi ? Tu as toutes tes chances. Tu sais, je n’étais qu’une cause perdue en arrivant ici. Pas toi. - Il n’y a pas de causes perdues. - Je l’ai cru, longtemps. Et puis… et puis la vie m’a prouvé le contraire. Du moins, c’est ce que je pensais. Mais maintenant… aujourd’hui, j’ai à nouveau la foi, ma belle. Tu as raison. Il n’y a pas de causes perdues. Du moins tant que l’on se bat pour elles. - Tu as recommencé. Aujourd’hui. - Je n’ai rien fait, aujourd’hui. Qu’emmener un gamin se défouler en soulevant de la fonte. C'est-à-dire, pas grand-chose. - C'est-à-dire beaucoup. Tu le sais bien. - Non. Beaucoup, ce serait convaincre Thomas et les autres qu’ils ont tort. Que c’est toi qui as raison. Il n’y a pas de causes perdues. Et le petit n’a rien fait de mal. - Tu l’avais dit le premier jour, Honoré. Qu’ils le briseraient. - Ce n’est pas encore arrivé. Il tient encore le coup, même s’il a du chagrin. Il est, pour l’instant, assis dans un coin du salon. Dans un de ces fauteuils mous qu’il affectionne autant que moi. Il parle à voix basse avec Aurélien. Lorsque je m’approche, il lève vers moi un visage de cire, aux grands yeux éteints. - Tu parts en week-end, demain, Diane ? Je ne peux que dire « oui ». - Alors, personne ne parlera pour moi, au Night Meeting.
Je dors mal. Je tourne et je me retourne dans ce lit trop petit. Je me sens mal. Triste. Furieuse. Inquiète. Inquiète pour ce foutu gamin auquel je me suis attachée contre ma volonté. Parce qu’il n’est pas prêt à retourner dans le monde réel. Parce qu’il est encore moins prêt à retourner dans le monde réel en ayant été victime d’une injustice. Parce que ce serait criminel de le renvoyer là-bas. Autant lui envoyer directement une dose d’héroïne dans les veines. Et aussi, je dois l’avouer, je suis inquiète pour moi. Parce qu’il m’aide à tenir le coup, ce gosse. Par son rire. Par sa gentillesse. Par ce reflet de moi que je vois en lui sans bien savoir pourquoi. Je déteste Thomas. J’en veux à l’Equipe. Je me sens impuissante et je m’en veux à moi-même. Comme dans ce tribunal, il y a vingt-six ans, face à cet autre gamin. Ce gamin pour qui je n’avais rien pu faire. Ce gamin vis-à-vis de qui, dans mon âme, je me sens toujours avoir une dette. Je déteste cette impuissance. Je la hais. Si, au moins, je pouvais parler au Night Meeting ! « Personne ne parlera pour moi ». J’avais envie de dire à Célestin qu’il se trompait, qu’il se trouverait un autre résident pour prendre sa défense en public, comme certains l’avaient fait en privé. Mais c’aurait été un mensonge. Il le savait, et je le savais. Parler en ce sens en réunion, c’est affronter l’Equipe, et affronter l’Equipe, c’est se mettre en danger. En danger d’être sanctionné. Et, plus encore, en danger intime de perdre confiance. Seul Raoul, quelquefois, a ce courage, ou cette inconscience. Et moi. Sans doute parce que je n’ai pas réellement confiance, même si je le voudrais. Sans doute aussi parce que ma révolte est plus forte que ma peur. Je ne suis pas plus courageuse qu’une autre. Je me trouve bien souvent très stupide et très lâche. Mais je suis en colère.
|
|
Voir le
chapitre 101 sur 395
|
|
|
Script fourni par
,
adapté et modifié par .
|