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Les Hautes Fagnes

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 107: Chapitre 23.4
(par lambertine, ajouté le 31/12/09 00:15)


- C’est le week-end, Diane. C’est Dimanche.
« Lundi » a dit Camille. Nous aurons la réponse lundi. Demain… En attendant, je quitte la cuisine, où je ne suis pas censée me trouver, pour le salon. Je prends mon tricot. Une ligne à l’endroit… une ligne à l’envers… mes enfants ne devraient plus tarder. Un après-midi de plus en leur compagnie me remettra du baume au cœur. Une ligne à l’endroit… Frédéric est chargé de l’accueil. Une ligne à l’envers… Gabriel a sorti son carnet de croquis. Ben met un CD de musique techno dans le lecteur. Une ligne à l’endroit… Jacob et Aurélien sont penchés sur l’échiquier. Une ligne à l’envers… Patrick marmonne dans sa moustache. Philippe tire sur sa pipe. Une ligne… Le gling gling de la sonnette résonne dans la pièce. Je relève la tête. J’observe les arrivants. Christophe et les enfants d’Agnès. La fille de Philippe et son chien de chasse. Les parents – ce doit être ses parents – de Ben. Murielle. Pas mes enfants. Pas encore. Ils doivent s’être attardés au restaurant. Je me lève, pourtant. La maman de Célestin vient vers moi. M’embrasse. Cherche son enfant du regard.
- Il remet la cuisine en ordre, je crois. Il ne va pas tarder.
Elle est pâle, tendue. Elle semble retenir ses larmes. Plus à cran encore que son fils.
- Qu’est-ce qui s’est passé ? Pourquoi lui a-t-on supprimé son week-end ? Qu’est-ce qu’il a fait ? Qu’est-ce qu’il a encore fait ?
Fatiguée. Epuisée. Comme seule peut l’être une mère de toxicomane craignant pour son fils. Craignant à cause de son fils.
- Rien. Il n’a rien fait. Rien du tout. Cette sanction découle d’un malentendu. Vous voulez un café ?
Elle refuse. Elle est assez nerveuse comme ça. Nerveuse et inquiète. Angoissée, même.
- Mais s’il se fait renvoyer ? Qu’allons-nous devenir, s’il se fait renvoyer ? Que va-t-il devenir ? Il n’est pas prêt à sortir d’ici. Il retombera. Et s’il retombe… s’il retombe… il finira par en mourir, s’il retombe. Et où reste-t-il ? Mon Dieu, où reste-t-il ?
- Je vais le chercher.
Il est toujours dans la cuisine, même s’il a terminé depuis belle lurette de récurer les casseroles. Appuyé contre l’évier, il ne me regarde pas, lorsqu’il m’entend arriver. Il ne me demande pas non plus pourquoi je suis là. Il le sait très bien.
- Qu’est-ce qu’elle a dit ? murmure-t-il d’une voix à peine audible. Elle m’en veut, n’est-ce pas ?
- Elle a peur pour toi.
- Qu’est-ce que je peux faire ? Qu’est-ce que je peux lui dire ? Je voudrais bien la rassurer, mais je crève de trouille, moi aussi.
- Vas la rejoindre. Et dis lui…
Oh, bon sang, Célestin ! J’ai parfois envie de te dire de t’enfuir loin d’ici. De te dire qu’ils te briseront. De te dire qu’ils te changeront. Comme le pensait Stéfano. Comme le pensait Honoré. J’ai envie de te le dire, et puis je pense comme ta mère, que dehors, ce serait pire encore. Que tu as besoin de rester ici. Pour guérir. Pour…
- Dis lui ce que tu m’as dit dans le grand grenier, le jour où Pierrot s’est fait renvoyer. Dis-lui que tu n’as plus envie de mourir.

Le Centre est ce qu’il est, mais la région est superbe. Mes enfants m’accompagnent le long de la rivière bouillonnante, encaissée dans une vallée boisée. Une région de contes, de légendes et d’Histoire. Une région où les Nutons côtoient les fantômes des soldats de la dernière guerre. Où les ondines sortent des eaux pour séduire les princes-évêques. Où les chasseurs vivants croisent les Chasses diaboliques.
Où les alcooliques en cure se retrouvent nez à nez avec les éducateurs au détour d’un chemin. Salut poli, et chacun continue sa route. Noé dans sa poussette. Julie, main dans la main avec un grand gaillard musclé. Les membres de l’Equipe doivent être des êtres humains. Au moins, dans une autre vie.










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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.