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Apparence  

 

Les Hautes Fagnes

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 111: Chapitre 24.2
(par lambertine, ajouté le 03/01/00 01:36)


- Viens.
J’imagine Murielle tournant en rond dans sa salle à manger. Je l’imagine imaginer le pire. Pendant plusieurs heures encore. Et j’ai un téléphone portable dans mon sac. C’est interdit, et je le sais très bien. Mais je n’ai plus aucune envie de me conformer aux règles que je trouve absurdes. Je ne téléphone pas pendant les réunions. La sonnerie de l’appareil est réglée sur « silence ». Et, comme je suis loin d’être droguée aux SMS, je n’ai aucun besoin de m’en désintoxiquer.
- Où veux tu que je vienne ?
- Au cachot.
Dans la cave. Où m’attend toujours du linge à repasser. Qui reste toujours un excellent prétexte .
- J’espère qu’il y a du réseau.
Il comprend enfin. Ouvre de grands yeux étonnés. Plus surpris par ma transgression du règlement que par ma proposition de l’aider. Je ne suis plus une femme sage. Du moins, j’ai commencé à cesser de l’être, autrement qu’en afonnant des bières. Je m’installe devant la planche à repasser, et tends le téléphone à mon jeune ami.
- Fais-en bon usage.
Je ne suis pas une bonne compagne pour lui, en l’incitant à violer les règles. Sans doute a-t-il déjà trop tendance à le faire de lui-même. Tant pis. Je ne peux pas agir autrement. C’est plus fort que moi. Je repasse consciencieusement pantalons et tee-shirts. J’attends. Nous dînons dans une demi-heure. Ou à peu près.
- Merci.
Il glisse le téléphone dans ma poche, et un baiser sur ma joue. Il sourit. Je lui souris en retour. Lui conseille de remonter en vitesse. Je ne tiens pas à ce qu’il récolte une nouvelle sanction, « méritée », cette fois. Du moins, selon le règlement du Centre. Pas vu, pas pris : je commence à attraper, selon les critères de l’Equipe, une mentalité de toxicomane. Je soupire en terminant mon repassage. Je n’ai nullement honte de mes actes. C’est plutôt le contraire. Je me sens bien. Egoïstement heureuse. Pas parce que j’ai transgressé le règlement. Je me fiche du règlement. Je tente de le respecter en surface, pour éviter les embêtements. Sans plus. Je n’y crois pas. Je comprends que les règles sont nécessaires pour resocialiser les Résidents. Les obliger à se lever le matin, à se laver, à manger à heures fixes et à dormir la nuit. Je ne comprends que les règles sont nécessaires, mais je n’y adhère pas. Je ne peux pas. Je n’y arrive pas. Je n’y arrive plus. Et je ne sais pas pendant combien de temps je réussirai à garder le masque.

Je m’assieds à côté de Laura. La « nouvelle ». Elle est bizarre. Pas parce qu’elle est noire. Pas parce qu’elle est prostituée. Juste bizarre. Comme endormie. Anesthésiée. Par quoi ? Pourquoi ? Elle me paraît gentille. Serviable. Pas bête pour un sou. Elle a connu l’enfer dans son pays d’origine. Elle a une petite fille dont elle n’a pas la garde. Elle n’a pas l’air triste, pourtant. Elle a l’air ailleurs, même quand elle me parle.
Bizarre.
Ou est-ce moi qui me sens mieux, au point de trouver les nouveaux « différents » ? Etais-je comme Laura, le jour de mon arrivée ? Etrangement absente ? Pouvais-je parler de moi comme d’une étrangère ? Je n’en ai pas l’impression. Mais je peux me tromper.
- Elle a un problème.
Célestin ne m’apprend rien. Il est évident qu’elle a un problème. Elle ne serait pas ici, sinon. Nous en avons tous, des problèmes.
- Ce n’est pas ce que je veux dire, Diane. Cette fille a un problème. Elle est sous médocs.
Je le sais perspicace, mais comment peut-il savoir ça ? Et que fait une fille sous médicaments dans un centre de désintoxication ? S’il a raison, bien entendu.
- J’ai passé trois mois chez les dingues. Laura a le regard des malades sous Haldol. Exactement le même regard. Cette fille a besoin d’aide. Plus que nous tous. Même plus que moi.
- Tu en es sûr ?
L’Haldol est loin d’être un médicament anodin. Il est administré aux malades agités. Il l’était autrefois, derrière le Rideau de Fer, aux opposants psychiatrisés. Si elle en prend vraiment, comment Laura peut-elle être consciente ?
- A 90 %. Elle dort avec qui ?
- Avec Agnès. Pourquoi ? Tu crois qu’elle est dangereuse ?
- Je crois qu’elle est fragile.
Fragile, sans aucun doute. Elle fait son lit d’une façon mécanique. Puis sort dans le couloir. Viens à ma rencontre. Me demande ce qu’elle doit faire. Je devrais l’adresser à Marie-Line, mais préfère bavarder. De tout et de rien. De sa tenue, très élégante. De sa fille, dont elle me montre la photo. D’elle.
- J’étais à l’hôpital, avant, me dit-elle spontanément.
- A la clinique ? A côté du Centre ?
- Non. Chez les fous. On dit que je suis folle. C’est pour ça qu’on m’a pris ma fille.

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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.