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Les Hautes Fagnes

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 113: Chapitre 24.4
(par lambertine, ajouté le 03/01/00 18:52)


Elle n’est pas la seule à être passée par l’hôpital psychiatrique. Célestin, bien sûr, mais aussi Gabriel et Gervaise ont connu ces murs-là avant les murs du centre. Peut-être d’autres aussi, qui préfèrent ne pas en parler. Laura, elle, n’en fait pas mystère. Pas plus que de sa profession. C’est sa vie, et elle n’en a pas honte. Pourquoi en aurait-elle honte ? A-t-on honte d’être diabétique ? Alors, pourquoi d’être schizophrène ? Une maladie est une maladie. Elle n’en est pas responsable. Et elle n’a jamais fait de mal à personne. Même sous héroïne. Malgré tout, j’ai du mal à ne pas me braquer. Certains mots font peur. Schizophrénie en fait partie. Je suis comme tout le monde. Et comme tout le monde, j’ai peur des fous. Instinctivement. Sans raison valable. La schizophrénie n’est pas contagieuse, et Laura ne se promène pas un couteau entre les dents. Bon sang. Il faudrait que j’apprenne à me raisonner. A ne plus avoir peur des mots. Ni des fous. Nous sommes tous fous, à l’intérieur du Centre. Nous faisons peur aux bonnes gens. Combien refuseraient de nous servir, changeraient de place dans le train, écarteraient leurs enfants de nous, s’ils savaient ce que nous sommes. Ce que nous avons pris. Ce que nous avons fait. Le Centre n’est pas un havre de paix pour enfants innocents. Même les plus jeunes d’entre nous ne sont pas innocents. Même moi. Surtout pas moi. Alors, de quel droit ai-je peur de Laura ? De Laura qui le sens. De Laura qui le voit. De Laura à qui j’affirme que je ne la crains pas. Qu’elle est la bienvenue.
Elle est la bienvenue.
Je reste tracassée quand je prends possession de la cuisine. Plus par mon attitude, par mes craintes, par ma méfiance, que par Laura elle-même. Ou par la charge qui est la nôtre depuis 14 heures. Cuisine ! Ce que redoute tout curiste normalement constitué. Ce que j’attends avec impatience depuis mon arrivée au Centre. Je déteste le ménage, et j’adore cuisiner. Marie-Line ouvre le classeur contenant instructions et recettes, me donne quelques ordres. Laver la salade. Répartir le fromage et la charcuterie sur différents plats. Remonter de la cave les pois cassés pour la soupe de demain.
- Où sont les pois ?
- Dans l’armoire BTR.
J’ai beau chercher, je ne les trouve pas. J’interpelle Gabriel qui passe par là. Il regarde à son tour. Pas de pois.
- Ils doivent pourtant être là, ces pois !
- Ils n’y sont pas.
- Cherche mieux.
Elle m’agace. Ils ne sont pas dans l’armoire. Point final. Marie-Line finit par accepter l’état de fait. Mais pas question de remplacer le potage prévu par un autre. Du moins, pas sans l’autorisation de Maria, l’Intendante en chef. Et Maria est rentrée chez elle.
- Ce n’est pas grave. La soupe ne doit être prête que pour demain midi.
- Mais les pois doivent…
- Il-n’y-a-pas-de-pois !
Elle sera mal à l’aise pendant toute la soirée, la pauvre, si nous ne trouvons pas de solution tout de suite. De guerre lasse, je lui suggère de s’adresser à l’éducatrice de garde. Et passe à autre chose.
Que de tracas pour une simple soupe, alors que la cave déborde de légumes !
L’accueil des nouveaux se passe sans problème. La routine, en quelque sorte. Hubert, le grand maigre au chapeau de cow-boy, en est à son second séjour au Centre, et connaît bien les us et coutumes de la maison. Il a dû mettre ses compagnons au parfum. Francis, l’ingénieur barbu, a les larmes aux yeux et semble perdu.
- Il dort avec moi ! me chuchote Célestin en me tendant un verre de jus.
- Avec toi ? Et Aurélien ?
- Tout seul. Au deuxième étage. Il a du bol, hein !
- Il ronfle ?
- Il n’arrive pas à se lever le matin.

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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.