Accueil » Fervent hommage » Votre Nouvelle
Apparence  

 

Les Hautes Fagnes

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
Add Chapter
Stories List
Voir les Options:
Sommaire | Plein texte
additions are not allowed l'auteur interdit les ajouts

Chapitre 117: Chapitre 25.2
(par lambertine, ajouté le 10/01/00 00:16)


L'éducateur saisit la jeune femme par le bras et l'écarte violemment du garçon. Laura sursaute, le regarde d'un air égaré, ne comprenant visiblement pas ce qui arrive.
- Dans le bureau de Camille! Tout de suite!
Elle suit l'homme, d'un pas hésitant. Ben la suit des yeux. Il ne comprend pas non plus. Du moins, pas très bien. Laura n'a rien fait de mal. Rien du tout.
- Les contacts physiques sont interdits, Ben, tente de lui expliquer Damien. L'Équipe estime qu'ils peuvent prêter à confusion. Être à l'origine de relations privilégiées. Ou, du moins, ambigües.
Ça, Ben le sait très bien. Mais il n'y avait rien d'ambigu dans le geste de Laura. Seulement de la reconnaissance, et un peu d'amitié.
- Elle en avait besoin. Elle est terrifiée, Damien. Et elle se sent seule. Terriblement seule. Tout le monde la regarde comme une bête curieuse, et elle le ressent. Elle ressent tout, cette fille. Elle est sensible à en mourir.
A en mourir... Ce qui finira par arriver, un jour ou l'autre.

C'est Marc qui surveille le sport aujourd'hui. Et Marc, lui, accepte les jeux de ballon. Minifoot, donc, pour ceux qui le désirent. Pas pour moi, bien entendu, malgré les invitations insistantes d'Agnès et de Célestin. Pas pour Philippe non plus, à son grand regret, son pied le faisant encore trop souffrir. Il restera au Centre, à lire des magazines. Moi, je me contenterai de jouer au badminton contre Jean-Marc. "Me contenter" n'étant d'ailleurs pas l'expression adéquate. Sous ses airs d'intellectuel bonhomme, le bibliothécaire se révèle un joueur redoutable. Un adversaire sans pitié pour mon souffle, mes jambes, et ma condition féminine. Pour lui, le sport et la galanterie sont incompatibles. Il me ballade d'un côté à l'autre du terrain, passe de smashes violents à amorties sournoises, se déplaçant lui-même à la vitesse de l'éclair. Je tiens bon, malgré tout. Je refuse de demander grâce. Mais je ne peux que m'avouer vaincue au score. Jean-Marc est trop fort pour moi, et trop honnête pour me laisser gagner. Mais il n'est pas une machine pour autant. Il a besoin de boire, comme tout le monde. Et je jubile d'avoir tenu bon, jusqu'à ce que lui-même propose une pose.
Pose pendant laquelle je vais jeter un œil sur les footballeurs du dimanche. Ou plutôt, du Mardi.
Ils jouent comme des gamins, se disputant âprement le ballon, poussant des hurlements de guerriers barbares. Gervaise et Agnès comprises. Elles se battent comme des lionnes, leurs partenaires masculins ne leur faisant pas de cadeau. Mais ce ne sont pas elles qui m'étonnent le plus. Renaud, s'il n'a pas de bras, ne manque pas de jambes, et se faufile partout comme une anguille sombre. Il n'est pas le dernier à marquer des buts. Marc, lui, semble avoir oublié qu'il est éducateur et responsable. Il n'est plus qu'un joueur parmi d'autres. Il feinte, dribble, et râle quand il perd le ballon. Pas plus raisonnable qu'un Célestin qui s'amuse comme un gosse déchaîné. J'en regrette presque de devoir retourner à ma raquette et mes volants. Mais je suis contente de ne pas avoir cédé à mes jeunes cocuristes. Les voir jouer ainsi me fait vraiment prendre conscience du ridicule qui aurait été le mien si j'avais "combattu" parmi eux.

- Tout va bien ?
Agnès transpire, souffle comme un boeuf, mais paraît aux anges. Elle a réussi ! Elle a tenu deux heures au milieu des garçons, alors qu'elle n'avait jamais joué au football.
- Génial! Vivement... qu'on... recommence !
Ses cheveux roux sont collants de sueur, et ses yeux brilles comme des braises. Mis à part sa tenue, elle ressemble à une guerrière barbare.
Mis à part sa tenue...
Un legging noir, et un tee-shirt moulant, aux couleurs de la Jamaïque, sur lequel l'image de Bob Marley fume ostensiblement.
- Ils te laissent porter ça ?
Elle baisse les yeux sur sa poitrine. S'étonne.
- Qu'est-ce qu'il a, mon tee-shirt ? Il est indécent ?
- Il te va très bien. Seulement... il est suggestif.
- Il moule trop mes formes ?
Pas plus que ses autres vêtements de sport. Visiblement, Agnès est naïve.
- Ce n'est pas le modèle qui risque de poser problème. C'est le dessin qui l'orne.
- Bob Marley ?
- Il fume.
- Oui, et alors ? Tout le monde fume, ici. Pour de vrai.
- Marley ne fumait pas que du tabac, Agnès... Fais attention. Tu risque de te voir accuser d'incitation à la consommation de cannabis.
- Mais je n'ai jamais fumé de cannabis !
- Toi, non ! Mais d'autres, si. Et l'Equipe n'est pas toujours très tolérante.
Ce qui est normal, après tout.

Mais l'Equipe, autrement dit Marc, ne réagit pas. Peut-être parce qu'Agnès est une jeune femme naïve. Ou parce que l'éducateur est bien trop pris par ses exploits sportifs.
- Alors ? demande Philippe d'un air penaud après notre retour. Vous vous êtes bien amusés ?
- Comme des fous ! Tu aurais dû voir ça !
Célestin part dans une narration épique de la séance de sport, qui arrache des soupirs désespérés au juriste à la pipe.
- Petit sadique !

Voir le chapitre 117 sur 395



Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.