Chapitre 12:
Chapitre 4.1
(par
lambertine, ajouté le 23/07/09 23:31)
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La préparation du Carnaval bat son plein. Des masques ornent les murs du réfectoire que nous devons nommer « restaurant ». Des serpentins déroulent leurs boucles sur les appuis de fenêtre. Des confettis piquent de couleurs vives mon propres papier à lettre. Juliette raconte sa triste histoire banale à Sébastien qui boit ses paroles. Peut-il y avoir « R.P. » entre une femme mûre et un tout jeune homme ? N’est-ce pas ridicule, ou scabreux, d’imaginer une telle chose ? Il n’empêche que la relation qui prend vie là, sous mes yeux, est belle et bien « particulière », à l’image de l’affection d’une mère pour un fils que la femme abandonnée retrouve en Sébastien. Elle l’avoue sans honte : elle aime ce gamin paumé. Énormément. Peut-on lui reprocher d’éprouver ce sentiment ? En quoi cette affection met-elle sa cure en danger ? Il n’existe pour moi aucune réponse à cette question. Pourtant, je continue à me les poser en montant au « poulailler » participer à une nouvelle « réunion phase 1 » en compagnie des autres « nouveaux » qui n’ont, comme moi, présenté ni leur roman, ni leur courbe. Nous nous installons en cercle dans une petite pièce sombre et vieillotte. Les autres posent leurs farde sur leurs genoux. Je n’ai pas pensé à prendre la mienne, ce qui me vaut une remarque acide de l’éducatrice. Je maudis la désinvolture qui me vaudra sans doute de passer dans l’aquarium ce soir.
Silencieusement, Célestin me tend un bloc de feuille et un bic. Je le remercie d’un sourire. Il sourit à son tour. Il ressemble à cet instant au petit garçon sage qu’il n’a peut-être jamais été.
L’éducatrice, une femme mûre aux abondantes boucles noires et à l’accent germanique prononcé, nous donne un quart d’heures pour répondre à trois questions : qu’est-ce qui nous fait le plus peur ? Combien dépensions nous par mois pour assouvir notre addiction ? Quelle sera notre priorité à notre sortie du Centre ? Je n’ai pas à réfléchir pour répondre à la première. J’ai peur, une peur cruciale de perdre ceux que j’aime. Non pas de perdre leur affection. De les perdre, eux. J’ai peur de la mort des autres , bien plus que la mienne. Elle me semble à l’affût, prête à frapper, comme elle à frappée il y à vingt ans. Vingt ans déjà…
Il n’y a pas vingt ans que je dépense cent vingt Euros par mois pour m’abrutir de bière et d’alcool. Cent vingt, plus les extras. Médicaments et cannabis. Allons, mettons cent cinquante. Tout ça ? Quelle horreur.
Je me fais horreur.
Je veux avant tout retrouver un logement et du travail. Il me faut travailler pour payer le loyer d’un appartement décent. Travailler, donc. Voilà ma réponse à la troisième question.
Je dépose mon bic, je veux remettre ma feuille. Refusée. Je dois moi-même exposer mon travail. Même si je n’ai jamais eu peur de parler en public, je n’en ai pas envie. J’attends. J’entends Dominique raconter sa peur du regard des autres et Juliette celle de la solitude, Aurélien celle de se tromper de voie, Raoul de la trahison de sa femme. Je me lance. Et évite la vérité.
- J’ai peur de la misère.
La misère. Pas la pauvreté, qui peut être réconfortante. La misère. Noire. Sordide. Celle où l’on vit à quatre dans dix mètres carrés, sans chauffage ni lumière.
- Moi aussi, fait écho Célestin. J’ai peur de la misère.
Je croise son regard brun, triste. Il ne détache pas ses yeux des miens.
- J’ai peur de la misère, reprend-il. De la vie dans la rue. L’été quand personne ne vous voit. Qu’il fait chaud. Qu’on a soif, et rien à boire. L’été est plus dur que l’hiver. J’ai peur de l’été dans la rue.
Il se mort la lèvre et se tait. Passe la parole à Mohammed. « J’ai peur de perdre mes enfants ». À Sébastien « J’ai peur de l’indifférence de ma mère ». À Stefano « j’ai peur d’être incompris » . |
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