Accueil » Fervent hommage » Votre Nouvelle
Apparence  

 

Les Hautes Fagnes

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
Add Chapter
Stories List
Voir les Options:
Sommaire | Plein texte
additions are not allowed l'auteur interdit les ajouts

Chapitre 124: Chapitre 26.4
(par lambertine, ajouté le 20/01/00 21:21)


Je laisse là mon tricot, Gabriel et son chat philosophe, et me rends aux cuisines. Seule. Je n'ai besoin de personne pour ouvrir des boîtes de ravioli, même si elles sont presque aussi grandes que moi. Je n'ai besoin de personne pour verser ces pâtes dans des plats en pyrex. Je n'ai besoin de personne pour les parsemer de fromage râpé. Je n'ai besoin de personne pour glisser les plats dans le four que j'allumerai le moment venu. Je n'ai besoin de personne pour pleurer.
Pour pleurer, seule dans mon coin.
J'ai envie de m'enfuir. Loin. Loin d'ici. Je suis fatiguée. J'en ai marre. Plus que marre. Marre de vivre en communauté. Marre de supporter perpétuellement le regard des autres. Marre de me sentir jugée à tout bout de champ. Marre de ne pouvoir faire confiance à personne, ou presque. Marre de ce règlement à la con. Marre de me méfier de l'Equipe. Marre de douter de la compétence de ceux qui sont censés m'aider.
Marre...
Ras-le-bol !
Partir.
Retrouver mes enfants. Retrouver Flora et Gilles. Et Constance. Et Rémy. Et les autres.Mes amis. ceux qui m'ont empêché de sombrer tout à fait.
Ceux qui m'ont empêché de mourir.
- Diane ?
Je sursaute. Je me retourne. Brusquement. En colère.
Je ne veux pas qu'on me voie pleurer. Je ne veux pas qu'on me voie comme ça. Personne. Même Célestin. Surtout Célestin.
- Ça ne va pas ?
Évidemment, que ça ne va pas. Pourquoi toujours poser cette question idiote quand quelqu'un est en train de pleurer ?
- Laisse-moi tranquille. Tu n'as pas le droit d'être ici. Et je n'ai pas envie que tu me voies dans cet état.
Il arrache une bonne longueur d'essuie-tout et me la tend. Sérieux comme un pape. Et sans jugement dans ses yeux bruns.
- Trop tard. Je t'ai vue. Chacun son tour, non ?
Chacun son tour, peut-être.
Il n'empêche. J'ai honte. Lui avait de bonnes raisons d'être à bout de nerfs. Je n'en ai d'autre que mon mal de vivre.
- Elle a l'air gentille, ta copine.
- Elle est gentille.
gentille, jolie, et bien plus encore. Disponible. Sincère. Intelligente.
Et peu importe.
Elle est Flora, et ça suffit.
- Ça t'a fait mal, de la voir s'en aller.
Oui, ça m'a fait mal. A quoi bon nier. Il le sait bien, de toutes façons.
- Les visites font plaisir. mais, quand les amis s'en vont, on se sent encore plus seul. Loin de tout. On se sent...
- ... en prison ?
En prison, oui. Parce que je suis tombée. Parce que je le mérite. Parce que je ne suis pas quelqu'un de bien.
- Ta copine a l'air de penser le contraire. Moi aussi, je pense le contraire.
- Tu me connais à peine.
- Plus vraiment. Et je vois les gens, Diane. Je te vois, toi. Fais attention.
Attention ? C'est lui qui me dit ça ? Lui qui n'arrête pas de transgresser, de provoquer, de faire des bêtises ?
Je suis injuste. Il ne transgresse pas plus que les autres. Et certainement pas plus que moi.
- Je ne parle pas de l'Equipe, ou des autres. Fais attention à toi. Tu es sur le point d'exploser. J'aimerais bien t'aider, mais je ne sais pas comment.
Tu ne sais pas comment ? Mais tu le fais, Célestin. Tu viens de le faire...
- Prends garde à toi. Et reste tel que tu es. la came en moins, mais tel que tu es. Tu...
- Communautaire !

Dominique, essoufflée, dévisage Célestin.
- Qu'est-ce que tu fais ici, toi ? Tu n'es pas de cuisine.
Je soupire lourdement.
- Laisse tomber, Dominique. On discutait, c'est tout.
- Oui... mais... Enfin, s'il veut se faire punir, c'est son problème. Communautaire au Grand Grenier. Hermann a fait une bêtise.
Célestin et moi nous regardons, abasourdis.
Hermann ?
Hermann, si sérieux, si soucieux de respecter les règles, si...
Hermann ?
N'importe qui, mais pas Hermann !

Voir le chapitre 124 sur 395



Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.