Chapitre 130:
Chapitre 27.4
(par
lambertine, ajouté le 04/02/00 22:10)
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- Diane ? - Oui, Jean-Jacques ? - Tu sais où se trouvent les toasts ? - Dans l’armoire BTR, à la cave. - Ils n’y sont pas. Je ne trouve pas non plus les salades pour les garnir, ni les tomates-cerises, ni aucun des ingrédients nécessaires à la préparation de mon apéro. Il reste planté devant la chambre froide ouverte. Ailleurs. Hagard. Il part demain. C’est sa fête, aujourd’hui. Il est responsable de la préparation de son apéritif de sortie, et ne trouve rien, trop nerveux sans doute. Jean-Jacques n’a jamais été un cordon bleu. Jean-Jacques est plutôt… - Attends. Ne t’énerve pas. Je vais aller voir. Je prends les clefs, et descends à la cave. Jean-Jacques est plutôt… je ne sais pas, moi… je ne sais rien de Jean-Jacques. Rien, ou presque. Ce qu’en a dit Thomas à la Staff. Qu’il est gauchiste. Syndicaliste. Employé aux Chemins de Fer. Qu’il n’est pas prêt à sortir, selon l’équipe, mais qu’il n’a pas le choix, selon son employeur. - Qu’est-ce que tu cherches ? Célestin a les bras chargés de fruits. Oranges, bananes, citrons. Je suppose qu’il s’est engagé à préparer le cocktail de Jean-Jacques. - Les toasts. Et je ne le trouve pas. - Ils n’y sont pas. Il n’y a pas de toasts. Il n’y a pas de chou-fleur non plus, ni de tomates-cerises pour les dips. En fait, il n’y a rien. - Rien ? Je suis estomaquée. Je suis certaine qu’il a mal cherché. - Non. Je te jure, j’ai cherché avec Jean-Jacques et je n’ai rien trouvé. On l’a oublié, Jean-Jacques. On n’a rien prévu pour sa sortie. Alors, on va se débrouiller. Je ne veux pas le croire, mais je suis obligée de me rendre à la raison. L’intendance a complètement oublié le départ du cheminot. Le discret Jean-Jacques est passé entre les mailles du filet du Centre. Le plus triste, c’est qu’il trouve cela normal, ou presque. Lui, peut-être. Mais pas moi. Pas Célestin. Pas Damien. Pas Ben, surtout. Ben qui décide de prendre les choses en main. De préparer pour notre cocuriste « un apéro dont on se souviendra ». - Mais on ne peut pas servir les restes ! On ne peut pas utiliser la trancheuse ! On n’a pas le droit… - Tu veux une belle fête de sortie, oui ou non ? - Oui… oui, mais tu… - Ce sont eux qui sont en tort. Maria, l’Equipe. Alors, tant pis. Je prends le risque. Je suis cuisinier, Jean-Jacques. Je ne suis pas bon à grand-chose, mais ça, je sais le faire. Je sais bien le faire. Et il le fait. Bien. Avec les moyens du bord. Feuilles de chicon garnies de mousse de jambon au safran, bruschetta italienne, canapés au tartare de porc, sauce gribiche. Il a raison, le gamin. Il le fait bien. Il goûte le cocktail de Célestin, fronce les sourcils, y ajoute quelques gouttes de Tabasco, goûte à nouveau, apprécie. Il a dit vrai, Jean-Jacques aura un apéro de sortie dont on se souviendra longtemps. Nous apportons nos plats au salon, sous les yeux ébahis de nos cocuristes, sous le regard courroucé de quelques éducateurs. Qui se taisent, pourtant. Pour l’instant. Qui laissent Aurélien réciter son discours, avec humour et charme, et Hermann offrir à l’heureux partant un énorme paquet-cadeau rouge vif. - Un sac de voyage ! Merci, merci à tous ! Jean-Jacques a les larmes aux yeux. Il embrasse l’un, l’autre, sans pouvoir dire un mot. Il serre surtout Ben dans ses bras. Longuement. - Ca vaut bien une punition, non, de le voir comme ça ? me dit le jeune cuistot, la fête terminée.
Aquarelle bleue et pastel vert. Pastel gras. Je compose un fond sur une grande feuille de papier. Agnès travaille en rouge et noir. Gabriel joue avec les des teintes sourdes. Pascal déchire son dessin, découragé. Renaud étonne le professeur en maniant adroitement le pinceau de son bout de bras. Frédéric esquisse la forme d’une énorme araignée. Damien dessine des cercles imbriqués, dans divers tons de mauve. - Dis, Diane, toi qui aimes bien raconter des histoires, ça te dérangerais d’animer le Loup-garou, samedi ? - Le Loup-garou ? Les Rouges sont équipe loisir. Et partent en week-end. Incompatible ? Pas vraiment, selon la logique du Centre. - Si tu ne veux pas… Il semble ennuyé de me demander ce service. Je suis heureuse de le lui rendre. Comme il le dit très bien, j’aime raconter des histoires.
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