Chapitre 132:
Chapitre 28.1
(par
lambertine, ajouté le 07/02/00 19:19)
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En cercle. Pour toutes les réunions, nous nous mettons en cercle. Pour celle-ci aussi. Positionnement. La réunion pendant laquelle nous sont attribués nos « points de liberté ». Pendant laquelle nous devons argumenter notre demande. Nous présenter sous notre plus beau jour. Ou sous le jour le plus favorable à l’attribution de ces fameux points. - Diane, déclare Raoul, qui fait office de secrétaire, demande ses points 4 et 5. - Diane ? fait l’éducatrice en se tournant vers moi. Je me racle la gorge, cherche mes mots. Je n’ai rien préparé. A quoi bon ? Je sais très bien pourquoi je demande mon point 4 : pour pouvoir sortir quand aucun point 7 n’est disponible. - Je demande mon point 4 pour pouvoir proposer des activités culturelles, aller à la bibliothèque ou au cinéma, avec d’autres points 4. Pour pouvoir sortir sans être à charge d’un point 7, et apprendre à mieux connaître la ville et la région. - C’est tout ? - Oui. C’est tout. - En quoi ce point pourrait-il t’aider dans ton projet d’abstinence ? J’ai envie de dire « en rien ». Parce que, sincèrement, je ne vois pas en quoi sortir avec Aurélien et Béatrice plutôt qu’avec Frédéric ou Lambert m’aiderait dans mon « projet d’abstinence ». Mais je ne pousse pas la franchise – ou le masochisme – jusqu’à l’avouer à l’équipe. - Il pourra m’aider parce qu’il m’obligera à organiser des sorties, à prendre des initiatives, à aller vers les autres pour leur proposer mes projets. - Et ? - Et rien d’autre. - Tu n’as pas parlé de la coresponsabilité. Tu ne t’es pas engagée à dénoncer tout manquement au règlement qui pourrait avoir eu lieu durant la sortie, à toute difficulté qu’aurait pu connaître le groupe. Non, je ne m’engagerai pas à « dénoncer » quoi que ce soit. Tant pis si ça dérange l’Equipe ou les coordinateurs. - Nous sommes sur pied d’égalité lors de ces sorties. Il me semble que la coresponsabilité va de soi. Et je peux m’engager à faire part à l’Equipe des problèmes que pourraient rencontrer mes compagnons. Les coordinateurs se concertent. Donnent un avis positif à ma demande. L’éducatrice les suit. J’ai mon point 4. Raoul le note sur sa fiche. Au tour du point 5, maintenant. - Je demande mon point 5, afin de pouvoir aider mes compagnes de l’équipe des Bleues à assurer l’accueil et le téléphone. Je n’ai rien d’autre à ajouter, et je ne vais pas user d’artifices pour obtenir un point auquel je ne tiens pas plus que ça. Que je ne demande, en fait, que pour pouvoir faire ma part du travail. Je ne mentirai pas. J’ai horreur de répondre au téléphone, et le faire au centre ne m’aidera aucunement dans mon abstinence. Pas plus que de passer des après-midi à accueillir les visiteurs des Résidents, et à remplir le registre des sorties. Ce qui, par contre, me serait plutôt agréable. - Et en quoi ce point pourrait-il t’aider dans ton projet d’abstinence ? - En rien. - Pourquoi le demandes-tu, alors ? - Pour pouvoir accomplir ma part de travail. - Ce n’est pas la réponse que nous attendons, Diane. - Je n’en ai pas d’autre à donner. Je pourrais mentir, mais je n’en ai pas envie. Je pourrais prendre le règlement, lire ce qui se rapporte au point 5 et le déclamer devant la communauté, mais je ne le ferai pas. Tant pis. Je n’aurai pas mon point 5. Du moins… - Tu as oublié de parler de la possibilité de devenir coordinatrice, qui est liée au point 5. - Béatrice prend ses fonctions lundi. Ensuite, ce sera le tour de Gervaise. J’ai tout le temps de penser au poste de coordinatrice. Et je ne veux pas devenir coordinatrice. Je ne suis pas ici pour ça. Je suis ici pour guérir, pas pour juger les autres. Autres qui, eux, ne se privent pas de me juger, moi. - Nous ne te trouvons pas prête à avoir ton point 5. Nous te demandons de réfléchir à ce qu’il pourrait t’apporter. A toi. Pas à la Communauté. Pas aux Bleues. A toi. C’est tout réfléchi. Mais je me tais. Je n’aurai pas mon point 5. Je suis vexée, mais rien de plus. Non. Ce n’est pas vrai du tout. Je suis terriblement vexée. Et braquée dans mon orgueil. Je ne céderai pas. Je ne leur dirai pas ce qu’ils veulent entendre. C’est peut-être stupide. C’est sans doute infantile. Mais c’est comme ça.
Aurélien franchit la porte d’entrée. Je suis soulagée de le voir revenir. Mon côté mère-poule me rendait inquiète pour lui. Il ne devait pas faire grand-chose, certes. Seulement se rendre à la Maison communale, en compagnie de sa mère, pour mettre ses papiers en ordre. Mais j’étais inquiète quand même. J’avais tord. Il n’a rien consommé. Il est de retour. Et il va bien. Pour l’instant.
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